QUATRIEME PARTIE
De la Traie et de la faiisi^e pliilosopliie.
PREMIER CHAPITRE
DE CE QUE LA PHILOSOPHIE N'eST PAS, DU TORT QU'ON A DE DÉFINIR LA PHILOSOPHIE LA CONNAISSANCE RATIONNELLE DE LA VÉRITÉ, ET, A CETTE OCCASION , DE CE QU'eST LA CONNAISSANCE ET DE CE qu'est 1A RAISON, ET DU MÉCANISME DU RAISONNE- MENT-
1". Fausses définitions de la philosophie.— Dangers qu'elles renferment. — Différentes manières de connaître. — L'intellect et les premiers principes. — Opérations de l'intellect.
Avant d'établir ce qu'est vraiment la philosophie, il faut dire ce qu'elle n'est pas ; comme la lumière ne se fait que par Téloignementdes ténèbres, la vérité ne brille qu'après qu'on a dissipé les nuages de l'erreur.
On vient de voir que les définitions de la philosophie , données dans les modernes cours de cette science^ se ressemblent, et que, par des mots différents, elles expriment toutes la môme pensée, c'est-à-dire qu'il appartient à la philosophie de conduire par le raisonnement l'esprit de l'homme à la connaissance de la vérité.
La vérité est la nourriture de Tesprit, comme le pain est la nourriture du corps; et comme^ en tant qu'être corporel, Thomme ne vit que de pain ou de ce qui en tient lieu, en tant qu'être intellectif il ne vit que de vérité. Puisque donc, d'après la doctrine de la sagesse moderne ;, ce n'est que la philosophie qui fournit à l'homme cet aliment spirituel, la connaissance de la vérité, l'étude de la philosophie lui est autant nécessaire que le soin de se procurer des aliments corporels, et tout homme doit être philosophe, sous peine de ne pas vivre de la vie de Tesprit.
Cette conclusion se trouve affirmée en toutes lettres, soutenue avec un sérieux qui serait ridicule s'il n'était pas funeste, dans tous les susdits cours ; c'est même la première leçon qu'on y donne, afin d'inspirer à la jeunesse l'estime et l'amour de cette discipline. Et, chose aussi surprenante que regrettable, non-seulement les purs rationalistes, les philosophes antichrétiens et athées, mais des hommes de foi, des professeurs cathohques , et même des prêtres et des rehgieux, présentent, eux aussi, à la jeunesse chrétienne la philosophie comme source unique de toute lumière, de toute certitude, et son étude comme la condition 5me^?^« 7lOn de C0.\NAÎTEE LA VÉEITE.
C'est le P. Gudin, ce savant dominicain, cet ardent zélateur de la philosophie de saint Thomas, ce fléau redoutable du cartésianisme, qui, le premier, au commencement du dernier siècle, a professé de la manière la plus explicite et la plus formelle, en tête de son cours de philosophie, cette doctrine. Il y soutient sérieusement ces trois thèses : Que la philosophie est nécessaire à Vhomme^ 1° en tant qu'homme ; ^° en tant que citoyen ; 3"* et en tant que chrétien. Ce qui est affirmer que, sans avoir étudié la philosophie, on ne peut être ni bon chrétien , ni bon citoyen, ni même vrai homme.
Depuis lors, cette doctrine, qui est le point de départ de la philosophie de Descartes, n'a pas cessé d'être enseignée partout, même par les plus chauds adversaires des théories cartésiennes, même dans les écoles demeurées fidèles à l'orthodoxie catholique, même dans des livres approuvés par des autorités ecclésiastiques. Presque tous ces livres ne portent en tête que ces titres ou d'autres qui leur ressemblent : De la recherche de la