DE LA VRAIE ET DE LA FAUSSE PHIL. FAUSSES DÉFINITIONS
vérité, — De la connaissance de la vérité^ — Recherches philosophiques, — Systèmes comparés sur l'origine des connaissances humaines, et le premier chapitre de tous les traités de logique est intitulé : Be invenienda veritaie. Ainsi nos professeurs de philosophie ne sont que des chercheurs^ apprenant à leurs écoliers à chercher, eux aussi^ sans savoir ni les uns ni les autres se rendre compte de l'espèce de vérité perdue qu'ils doivent retrouver, ni de l'espèce de vérité cachée qu^ils doivent découvrir.
Encore si ce n'était qu^une sottise , un jeu, une plaisanterie, on pourrait n'y pas faire attention. Mais rien n'est plus dangereux^ ni plus propre à fausser l'esprit de la jeunesse étudiante, qu'une pareille doctrine sur le rôle de la philosophie.
Cette doctrine, comme nous l'avons démontré dans la Tradition, est la base de la grande hérésie du jour. Rationalisme de toutes les nuances. Car, à l'exception près que les rationalistes absolus prétendent que tout homme peut, par sa propre raison, conquérir TOUTE vérité, et que, selon les semi-rationalistes qu'on appelle mitigés^ ou les semi-pélagiens de la philosophie, l'homme ne peut, par sa propre raison, atteindre qu'UN CERTAIN NOMBRE de vérités; dans toutes les écoles rationalistes et leurs succursales, tout le monde est complètement d'accord sur ce dogme : « Que la connaissance plus ou moins développée, plus ou moins étendue de la vérité, n'est et ne peut être que l'œuvre de la raison de chaque homme, et que la philosophie n'est que cette même raison, cherchant, poursuivant, saisissant la vérité, et en faisant sa conquête.
Ensuite, faire de la connaissance de la vérité le but immédiat de la philosophie, c'est insinuer tacitement aux chrétiens: Que le divin Auteur du christianisme, en promettant à ses disciple; que le Saint-Esprit leur enseignerait toute vérité : Ipse docebit vos omnemveritatem (Joan., XYI, 13), n'a fait que plaisanter ou se moquer d'eux; car cet Esprit-Saint n'aurait enseigné aucune vérité à l'Église, puisque Y homme ^ le citoyen et même le chrétien, sont obligés d'aller demander à la philosophie toute vérité. C'est même déclarer ouvertement qu'en dehors de la philosophie, il n'y a pas de connaissance possible de la vérité; que ni la Tradition, ni le consentement universel de l'humanité, ni Tinstruction sociale, ni l'enseignement de l'Eglise, ne fournissent rien
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de certainement vrai ; et que, dans la découverte de la vérité^ il ne faut pas tenir compte de la foi et de l'autorité, mais procéder uniquement à l'aide des raisonnements, des fantaisies, des rêves de l'esprit particulier.
Ainsi, la première leçon qu'on donne, en philosophie^ aux enfants de l'Éghse, c'est que, loin d'être la colonne et le boulevard DE la vérité (I Tim,^ m), et la Dépositaire et la Maîtresse de toute vérité, propre à former l'homme , le citoyen, le chrétien, l'Église n^est qu'une vieille femme, débitant des légendes, bonnes seulement à amuser et à endormir les enfants. Ainsi, la première chose que Ton fait, en philosophie, c'est de présenter aux jeunes gens la religion comme une odieuse rivale de la raison, et contre laquelle la raison ne saurait se tenir assez sur ses gardes. Ainsi, la première idée qu'on souffle à la jeunesse chrétienne, c'est que l'enseignement du christianisme est un ensemble de doctrines dont il faut se défier, et n'admettre que, comme on le dit, sous bénéfice d'inventaire , sous la réserve des droits, de l'action et du bon plaisir de la raison, et que cet enseignement, n'offrant en lui-même rien de certain, de solide, d'important, de sérieux pour l'homme d'esprit, n'est bon que pour le peuple, pour les femmes, pour les gamins et pour les imbéciles.
Or il faut être bien niais ou bien aveugle pour ne pas voir que de pareils préjugés, jetés dans des esprits vierges, ne peuvent que les corrompre ; que c'est leur inspirer une confiance sans bornes en eux-mêmes ; que c'est les pétrir d'orgueil et de présomption, en les berçant de la folle pensée : que la vérité peut bien être la conquête d'une intelligence de quinze ans.
Ce qui est certain, c'est que, dès cet instant, ils commencent à r garder avec méfiance, si ce n'est pas avec indifférence et ave • mépris, tout ce quils ont appris de choses divines et humaii es au foyer domestique, par la voie de la foi; que chacun d'eux commence à se croire assez autorisé, assez fort pour refaire sa religion et même sa raison, et finit par perdre avec toute raison toute religion. C'est ainsi que, même dans les écoles les plus réputées de philosophie, on trahit , bien plus qu'on ne les instruit, les malheureux êtres qu'on leur confie, et c'est à peine si l'on en voit sortir un chrétien sur mille incrédules.