‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 62 sur 76 · LES VÉRITÉS CONSEQUENCES. ICI · texte numérisé non relu

LES VÉRITÉS CONSEQUENCES. ICI

pour arriver, par le raisonnement, à conclure quelque chose sur les propriétés, les accidents, les habitudes d'un être spirituel, et sur ses rapports avec les êtres de la même nature, on doit: 1° connaître le monde des esprits , et avoir des idées universelles des choses spirituelles, et 2° savoir que ces choses existent ou sont possibles. Or, si toutes ces notions précèdent nécessairement le raisonnement et sont les conditions préalablement requises du raisonnement, elles ne s^obtiennent pas par le raisonnement; elles ne sont pas des découvertes, des créations de la raison , puisque^ sans elles, la raison n'opère pas, et même la raison n'est pas.

Ainsi donc, si la Vérité n'est que Véquation entre rintellect et la chose ^ ou l'intellect concevant en lui-même la chose telle qu'elle est en elle-même; si la Connaissance n'est que cette même conception de la chose par Tintellect, ou la chose même reproduite dans l'intellect^ non selon son être physique, mais selon son être intentionnel ; si la Raison, enfin, n'est que l'habitude des premiers principes, ou l'intellect placé dans la condition de pouvoir appUquer ces principes aux choses qui, à leur tour, lui sont présentes ou connues; si, enfin, la raison suppose la connaissance de ces principes et de ces choses, mais ne l'engendre pas , il est évident que la connaissance des vérités principes ou de vérités universelles, et des objets auxquels on les applique lorsqu'on raisonne, n'est pas une connaissance rationnelle ni l'œuvre delà raison; et qu'au moins, par rapport à la connaissance de ces vérités et de ces objets, définir la philosophie : (( la connaissance rationnelle de la vérité^ d c'est méconnaître la vérité, la raison, la connaissance même; c'est tomber dans l'irrationnel et dans l'absurde.

§ 2. Autres opérations de Vintellect- — >• Les vérités conséquences. — Le vrai

moyen de les connaître.

Outre les vérités universelles et ^particulières ^ ou les vérités principes, les vérités prémisses , dont la connaissance précède nécessairement la raison, il est certain qu'il y a des vérités conséquences qu'on atteint par le raisonnement, et qui sont le fait réel de la raison. Ce sont les équations entre l'intellect et cer- III. 11

tains accidents , certaines qualités , certaines habitudes des choses connues. Ainsi , dans ces raisonnements :

1° L'Être infiniment parfait et parfaitement infini possède à un degré infini toutes les perfections ;

2° Mais Dieu est l'Être infiniment parfait et parfaitement infini;

3° Donc Dieu possède à un degré infini toutes les perfections^ c^est-à-dire qu'il est tout-puissant, omniscient , immQnsQ ^ éternel, etc.

1° L'esprit est une substance intelligente, incorruptible , immortelle ;

2° L'âme humaine est esprit ;

3" Donc l'âme humaine est une substance intelligente, simple; incorruptible, immortelle.

La première proposition est une vérité universelle, la seconde est une vérité particulière ; et toutes les deux sont des vérités principes ou prémisses : la dernière est une vérité conséquence, à laquelle on parvient, en composant entre elles les deux premières vérités, ou en raisonnant, et qui, par conséquent, est un produit de la raison.

Il en est de même de la troisième proposition de ces deux autres syllogismes :

4° L'homme ne doit pas faire à l'homme ce qu'il ne veut pas que l'homme lui fasse ;

2^ Mais l'homme ne veut pas que l'homme le tue, le déshonore ou le vole ;

3° Donc l'homme ne doit pas tuer l'homme, ni le déshonorer, ni le voler.

Or, même par rapport à ces vérités conséquences , auxquelles on arrive par le raisonnement, il est absurde de dire qu'elles sont du resssort de la philosophie , et que la philosophie est la connaissance rationnelle de CES vérités.

Être essentiellement rationnel, l'homme tient de sa nature de ne rien décider, de ne rien dire, de ne rien faire, dans Tordre matériel et sensible, qu'à la suite d'une des vérités conséquences atteinte par le raisonnement. C'est après avoir conclu, par le raisonnement, que telle chose est utile ou nuisible, qu'il la fait, ou bien s'en abstient.

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