‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 63 sur 76 · VBAI MOYEN DE LA CONNAITRE. 1G · texte numérisé non relu

VBAI MOYEN DE LA CONNAITRE. 1G

II est vrai que c'esl en un clin d'œil qu'il fait ces raisonnements; et même sans penser actuellement à Xquvs prémissef^, ou, au moins, à leur proposition universelle; mais il n'en est pas moins vrai que, dans cette opération, il part toujours d'une proposition universelle sous-entendue, proposition qu'il a contracté l'habitude d'appliquer, en vertu de sa raison raisonnante, qui n'est que l'habitude des premiers principes : Uahitus primo mm principiorum. Par conséquent, tous les actes humains sont de vrais syllogismes, des inspirations de la raison , comme les actes de la brute le sont de l'imagination et de l'instinct. Et , comme ces espèces de raisonnements lui sont très-faciles, trèsnaturels, et que rarement il s'y trompe , on est dans le vrai en affirmant que le raisonnement est le moyen simple, naturel, commun^ donné à l'homme pour atteindre les vérités conséquences, concernant les objets corporels et leurs rapports avec l'homme môme.

Mais il n'en est pas ainsi des équations entre l'intellect et les êtres spirituels et leurs rapports : équations auxquelles, comme on l'a vu^ se rapporte principalement le mot « Vérité » en philosophie . Bien qu'elles soient saisi ssables par le raisonnement, cependant, à cause de certaines circonstances toutes particulières, elles ne sont pas du domaine exclusif &e la raison, et le moyen simple, naturel , commun de les atteindre n'est pas le raisonnement seul, et moins encore la philosophie.

1" Bien parler et bien écrire n'est le privilège que d'un petit nombre d'hommes; mais bien vivre, c'est le devoir de tous. Or, comment peut-il bien vivre celui qui ne croit pas bien? Ou bien croire celui qui ne connaît pas les vérités conséquences que nous venons de défmir, lesquelles constituent spécialement ce qu'on appelle « la Vérité » en philosophie , et que , par cela môme , nous appellerons dorénavant simplement «la vérité? » La connaissance de la vérité est donc le patrimoine nécessaire de tout le monde. L'homme fait^ comme l'homme à former, l'homme comme la femme, Thomme haut placé comme l'homme du peuple, tous en ont un besoin permanent , naturel , irrésistible. Dès lors, de par la nature môme, le moyen de connaître la vérité doit être UNIVERSEL ou commun à l'homme de tout âge, de tout sexe, de toute condition.

2° L'homme ne vient pas au monde pour étudier la sagesse, mais pourla pratiquer^ et. en la pratiquant, se rendre heureux pendant cette vie et après la mort. Il n'a pas deux vies à passer sur cette terre, de manière qu'il puisse pratiquer, dans la seconde de ces vies, ce qu'il aurait appris dans la première. Il doit faire les deux choses dans une vie unique, d'ailleurs si courte, si incertaine, si pleine d^embarras et de soucis. Il a donc besoin de connaître de bonne heure la vérité qui lui apprenne son origine, sa nature, ses destinées et ses devoirs. Il a besoin de la rencontrer au berceau, l'accueillant dans ses bras; il a besoin de l'avoir toujours à ses côtés, sous ses yeux, sous sa main, pour en faire la maîtresse de sa vie et la conseillère de toutes ses actions. Cette connaissance doit même précéder l'usage de sa raison, parce qu'elle entre aussi pour quelque chose dans la formation de la raison, et doit précéder l'usage de la liberté, parce qu'elle est la règle de la liberté. C'est-à-dire qu'elle est la règle de ce que Thomme doit croire et de ce qu'il doit aimer; la règle de son esprit et de son cœur, de son intellect et de sa volonté. S'il n'avait donc toute prête, dès le premier instant de son entrée dans le monde , cette connaissance, et s'il ne pouvait l'obtenir qu'après de longues années d'études et de travail, il serait obligé de passer la plus grande partie de sa vie, et même sa vie entière, sans avoir une règle pour se conduire. Il a donc besoin de faire le plus tôt possible l'apprentissage de la vérité, de la connaître, de la posséder avant même de se connaître, de se posséder lui-même et d'être en état de penser à la chercher.

Les sociétés humaines ne subsistent pas par des rapports purement matériels et physiques, mais par la connaissance et la pratique des devoirs mutuels des hommes qui les composent : ce sont les conditions essentielles de l'existence de toute société humaine, et même de l'humanité entière. Cette connaissance et cette pratique doivent s'être trouvées à l'origine de toute société et même de l'humanité entière : faute de quoi , loin de pouvoir exister, une société quelconque et l'humanité entière n'auraient même pu naître ni se former.

Ni l'homme donc ni l'humanité ne pouvant se passer un seul instant de la vérité, et devant la trouver, dès l'origine, toujours en leur compagnie^ le moyen naturel de la connaître doit aussi

Page 1