‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 64 sur 76 · VRAI MOYEN DE LA CONNAITRE · texte numérisé non relu

VRAI MOYEN DE LA CONNAITRE

être PROMPT et prêt à être mis en usage à toutes les époques de la vie de l'homme et de Thumanité.

3° La masse du genre humain, occupée des soins de la vie du corps, est empêchée de se livrer aux spéculations intellectuelles et de se procurer^ par le raisonnement, la connaissance complète de la vérité qui fait la vie de l'esprit; elle en aurait même le temps^ qu'elle n'en aurait pas la capacité. Car, même chez les peuples les plus liseurs^ les plus instruits et les plus civilisés du monde , combien n'est-il pas petit le nombre de ceux qui raisonnent ou sont capables de raisonner sur des sujets purement intellectuels^ moraux , spéculatifs, abstraits! Le reste des hommes, pétrifié dans ses croyances traditionnelles, n'essaye pas même une seule fois d'atteindre^ par le raisonnement^ une seule de ces vérités conséquences qui cependant ne dépassent pas la portée et les forces de la raison, et sont accessibles, saisissables par la raison. Voilà donc un besoin bien évident et bien constaté, pour la masse des hommes, d'un moyen non-seulement universel et prompt^ mais aussi FACILE et à la portée de tous, de connaître la vérité,, sans être obligé de faire de longues études, de minutieuses recherches, de grands efforts d'esprit: tout cela étant au-dessus de la capacité du commun des hommes et en dehors des conditions naturelles de l'humanité.

A" La connaissance de la vérité implique sa certitude. Avoir une idée vague, un léger soupçon, une opinion probable, incertaine, faible, inconstante, sur une chose quelconque, et douter de son existence et de ses propriétés, c'est ne pas la connaître. L'incertitude exclut la vraie connaissance. On ne connaît vraiment que ce dont on est certain; une chose qu'on hésite à croire et qu'on ne croit pas fermement, est une chose qu'on ne connaît pas vraiment. Devant donc^ de par la nature , connaître vraiment la vérité; de par la nature, aussi, l'homme doit avoir à sa disposition le moyen d'en être certain ; c'est-à-dire que le moyen naturel de la connaissance de la vérité doit être CER- TAIN, ou de force à en engendrer la certitude.

5° Enfin , la vérité mêlée à l'erreur n'est pas plus la nourriture naturelle de l'esprit, que le pain mêlé à des substances vénéneuses n^est la nourriture naturelle du corps. L'homme a donc besoin de connaître la vérité toute pure ; et dès lors la dernière

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condition du moyen naturel de connaître la vérité est de la présenter à l'esprit dans sa simplicité , dans sa pureté native et sans mélange d*erreur.

Or, 1^ il n'est pas donné à tout le monde d'être philosophe. Les enfants^ les femmes, les paysans, les ouvriers, et tous les individus des basses classes de la société, qui forment l'immense majorité du genre humain, loin de pouvoir s'adonner aux études de la philosophie, n'en savent pas et ne peuvent en savoir même le nom. La philosophie n'est donc pas et ne peut être le moyen UNIVERSEL et commun d'apprendre aux hommes la vérité.

S'il en était ainsi, tout homme devrait s'y appliquer, sous peine d'ignorer la vérité. Il faudrait créer des écoles de philosophie en plus grand nombre que les halles de comestibles; car la vérité est la nomTiture de l'esprit comme les aliments sont la nourriture du corps. Tous les hommes de toutes les classes, de tous les âges, de tous les sexes, de toutes les conditions, devraient, de toute nécessité, suivre leur cours de philosophie. Aucun être humain ne pourrait s'en dispenser, sans se placer en dehors de sa nature, qui lui fait un besoin inévitable de connaître la vérité. En effet, ceux des anciens philosophes, selon lesquels seule la philosophie était le véhicule naturel de la vérité, soutenaient sérieusement que la philosophie est et doit être l'étude propre et nécessaire de tout le monde. Zenon invitait à son école même les femmelettes, les pauvres et les serfs. Épicure ouvrit même aux hommes les plus grossiers ses jardins voluptueux. Et, sauf que ces vendeurs de la pensée vendaient fort cher leur marchandise, leurs boutiques étaient ouvertes à toutes les heures à tout le monde. Et, dans ces derniers temps, Voltaire et son acolyte Condorcet, prétendant faire du genre humain une seule famille, unie par des rapports purement philosophiques, se sont épuisés en efforts pour l'engager à étudier leur philosophie.

Mais ce sont là des rêves d'esprits malades, car, d'après les conditions naturelles de l'humanité, les longues et fortes études que la philosophie demande ne sont et ne peuvent être que l'occupation d'un nombre imperceptible d'hommes, et la philosophie n'est rieu moins, pour les hommes, que la voie commune d'arriver à la vérité.

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