‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 66 sur 76 · MOYEN NATUREL DE CONNAITRE DIEU · texte numérisé non relu

MOYEN NATUREL DE CONNAITRE DIEU

la philosophie, sauf quelques esprits d'élite qui, après de longs et pénibles travaux , parviendraient à deviner quelque chose de Dieu : Cognitio Dei nonnisi quibusdam paitcis etiam post temporis longiliidinem perveniret, le genre humain entier serait condamné à rester dans les ténèbres de l'ignorance la plus complète par rapport à Dieu : Remaneret igilur humanum genus, si sola rationis via ad Deum cognoscendum pateretj in maximis ignorantiœ tenebris. Qu'elle a donc été admirable , conclut saint Thomas, la clémence divine, voulant pourvoir au salut de riiomme, d^avoir ordonné qu'il crût d'une foi divine , comme lui ayant été révélées, même les vérités qui ne surpassent pas la portée de la raison ! car c'est là le seul moyen par lequel tous les hommes peuvent facilement et certainement arriver à la connaissance de Dieu, séparée de toute erreur : Salubriter ergo divina providit clementia, ut ea etiar/i, qux ratio invesiigare potest^ fide tenenda prseciperet, ut sic OMNES de FAGILI possent divinœ cognitionis participes esse, et absqiie DUlilTATIONE et ERRORE.

Dans la première question de la première partie de la Somme théologique, saint Thomas a établi la même doctrine : « Il fut « nécessaire, dit-il, que Thomme fût instruit par la révélation « divine, même des vérités concernant Dieu, qui peuvent être « recherchées par la raison. Parce que, par les investigations de « la raison, la vérité concernant Dieu ne pourrait être atteinte (( que par un très-petit nombre d'hommes, après longtemps , et (( mélangée à une foule d'erreurs, inconvénient immense, car (i c'est de la connaissance de la vérité de Dieu que dépend tout « le salut de Phomme, qui n'est qu'en Dieu. Afin donc que les c( hommes pussent recevoir d'une manière plus complète et « plus certaine leur salut, il fut nécessaire qu'ils apprissent , « par la révélation divine, les vérités divines (1). »

(1) « Ad ea etiam quao de Deo ratione humana investigari possunt, necessarium « fuit hominem instrui revelatione divina : quia \eritas de Deo, per rationem « investigata, paucis et { er longiim tempus, et cum admixtione multorum erro- « rum, hominibus proveniret ; a cujus tamen veritatis cognitione dependet « tota hoininis salus, qua^ in Deo est. Ut igitur salus hominibus et convenien- « tius et certius proveniat, necessarium fuit quod de diviuis per divinara reit veiationem iostruerentur. »

Voilà la doctrine que saint Thomas a mise entête de ses deux plus merveilleux et plus importants ouvrages, la Somme contre les Gentils, et la Somme théologique. En sorte que la première leçon qu'il donne dans ces deux chefs - d'œuvre de la vraie science et de la vraie philosophie, c'est une leçon d'humilité pour la raison humaine ; c'est une leçon sur la nécessité de la foi et sur l'impuissance où est la science ou la philosophie, purement humaine , de fournir à l'homme la connaissance commune, facile et certaine de la vérité.

Dans la seconde section de la seconde partie de la Somme théologique, le même saint Docteur revient et insiste d'une manière toute particulière sur cette impossibilité où est l'homme d'atteindre, par d'autres moyens que la révélation, la connaissance cer/ame, même de ces vérités que la raison peut démontrer. Car, dans un article intitulé : la foi est nécessaire,

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