MOYEN NATUREL DE CONNAITRE DIEU
Ainsi , pour connaître ce qu^il avait besoin de connaître, le genre humain n'a pas dû, selon Thomas, attendre que Socrate arrivât à savoir quelque chose; qu'Anaxagore rencontrât la lumière du vrai dans les ténèbres ; que Démocrite tirât la vérité du puits; qu'Empédocle dilatât les sentiers de l'esprit de l'homme. Il connut la vérité dès le commencement; il la trouva assise à son berceau. Toute vérité, selon la gracieuse expression des Livres saints, alla à la rencontre de Thomme à son entrée dans le monde, pour l'éclairer, comme une mère accueille dans ses bras l'enfant qui vient de naître, pour le soigner.
En créant le premier homme avec la main caressante d'un ami plutôt qu'avec le ton impérieux d'un maître. Dieu Tinstruisit de tout ce qu'il devait savoir : en se faisant son père , il se fit aussi son instituteur. L'hypothèse de l'homme, bête muette et stupide à son origine , changée en homme raisonnant et parlant après plusieurs siècles de la vie sauvage, hypothèse que nous avons exposée et llétrie au commencement de ce Traité^ n'est que le rêve sacrilège d'esprits immondes, aimant, à l'imitation des animaux immondes, à se rouler dans la fange et à souiller la noble et belle figure de l'homme : Sicut sus Iota in volutabro luti (II, Peir, II) ; n'est que le délire d'intelligences dégradées au-dessous de la brute qui n'a pas d'inteUigence.
La raison des enfants d'Adam, comme on vient de le voir aussi, ne s'est formée que de la même manière que celle de leur père, par l'enseignement traditionnel ou par la révélation. La discussion n'est possible que sur la possibilité qu'il en eût été autrement. Quant au /a/^ de cette révélation primitive, qui, par l'enseignement traditionnel , s'est répandue et s'est établie dans toute l'humanité, il ne peut être contesté que par des esprits assez impies pour rejeter le témoignage de la Bible, et assez insolents pour donner un démenti à la foi de l'humanité entière elle-même.
« Ratio enim huraana in rébus divinis est multum deficiens. Cujus signum est « quia philosoplii de rébus divinis naturali invcstigatione perscrutantes in mul- « tis erraverunt. Ut ergo esset indubitata et certa cognitio apud homines de a Deo, oporluit quod divinaei, per nioduni fidei, traderentur, quasi a Deo dicta « qui meiitiri noupotest (II p., q. 2, art. 4). »
Voici encore une conséquence de la même erreur. Si Dieu n'avait donné à l'homme d^autre moyen que Pétude de la philosophie pour s'instruire de la vérité, il se serait mis en contradiction avec lui-même; il aurait créé Phomme pour la vérité, et il lui aurait refusé le moyen prompt et facile de Patteindre, c'està-dire le moyen de satisfaire le premier et le plus noble de ses désirs, le plus légitime, le plus pressant de ses besoins. Il lui aurait fourni en abondance la nourriture du corps, dans la variété des productions de la terre, et il l'aurait privé de la nourriture de l'esprit, en lui laissant ignorer son origine, sa nature, ses devoirs et ses destinées. Ces contradictions, ces défauts de providence, répugnent à la Vérité infinie, à la Sagesse infinie, à la Bonté infinie. Si Dieu n'a donc pas, ainsi que le prétend le rationalisme , parlé dès le premier instant à l'homme pour l'instruire, il ne l'a pas non plus créé pour vivre; et, plutôt que d'admettre que Dieu se soit oublié jusqu'à ce point dans la création de Phomme, il faudrait admettre que Dieu ne l'a pas créé du tout.
Mais, si l'homme n'est pas l'œuvre de Dieu , il est Pœuvre du hasard, de la combinaison fortuite des atomes, ou de la fermentation de la matière éternelle. Si la matière, les atomes, le hasard, ont créé Phomme, on ne peut leur refuser la puissance d'avoir créé l'univers; dès lors, ce sont là les vrais dieux, et DIEU n'existe pas.
Ainsi donc, l'hypothèse rationaliste : Que l'homme na d'autre moyen naturel que la philosophie pour se co7inaître lui-même et pour connaître ses rapports naturels avec les autres êtres, implique essentiellement l'athéisme , ou , nous le répétons , c'est Pathéisme même. En elfet, c'est aux philosophes matérialistes et athées que, comme on Pa vu, M. Cousin a emprunté son horrible doctrine de l'homme, devenu bête à son origine, et ensuite, la hêie-homme, par ses inopres efforts ; et, semblable à celle d'Épicure, toute sa philosophie, prétendue spiritualiste, est au fond tout à fait matérialiste; car, en admettant Dieu par les mots, il le nie par le fait.
Il n'y a pas de désir, de pensée possible d'une chose dont on n'a pas la moindre idée : ISihil volitum quin praecognitum. Si donc, indépendamment de la philosophie et avant son invention ,