‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 69 sur 76 · MOYEN NA.TUREL DE CONNAITRE DIEU · texte numérisé non relu

MOYEN NA.TUREL DE CONNAITRE DIEU

rhomme n'avait pas eu l'idée de la vérité, et n'avait pas connu la vérité^ il n'aurait jamais eu le désir, la pensée de la chercher par la philosophie, et jamais il n'y aurait eu de pliilosophie.

Il en est de la philosophie comme de la raison : elle suppose, de toute nécessité, la connaissance préalable de la vérité ; elle peut se rendre compte de la vérité et la démontrer ; mais elle ne l'invente pas. Comme on ne peut se mettre à la recherche d'un trésor, sans avoir l'idée de son existence et du lieu où on peut le trouver; de même on ne peut commencer aucune investigation sur Dieu, sur l'âme, sur les devoirs de la vie présente et les conditions de la vie future, saus avoir une notion préalable de ces choses. Ce qui a fait dire à Aristote : « Toute connaisc( sance découle d'une connaissance précédente : Omnis coynitio « ex prœcedenti cogniiione Jieri solet. » On peut dire aussi que comme, d'après la belle sentence de Rousseau : « La parole était « nécessaire pour inventer la parole; » de même la connaissance de la vérité était nécessaire pour entreprendre la recherche de la vérité, et a nécessairement précédé toute investigation scientifique de la vérité et toute philosophie.

Comme l'opération physique de l'homme ne crée pas, n^invente pas les corps , mais ne fait que travailler sur les corps existants, sur les corps connus, les combiner, les modifier, les transformer et en tirer des avantages toujours nouveaux pour le bien-être de la vie matérielle; de môme l'opération intellectuelle de l'homme ne crée pas, n'invente pas la vérité, qui est, en quelque sorte, la matière des opérations de l'intellect. L'intellect ne fait que s'occuper des vérités qui lui ont été transmises, qu'il a reçues d'ailleurs, et, par conséquent, des vérités découvertes et connues déjà; il ne fait que les étudier, les pénétrer, les comparer entre elles, les développer, chercher à en comprendre Pimportance et l'usage, et à en déduire des conséquences toujours nouvelles pour le bien-être de la vie morale. En sorte que toute aftirmation et même toute négation d'une chose, et à plus forte raison son étude, en suppose toujours la conaissance préalable ; car on ne peut ni aftirmer ni même nier ce dont on n'a aucune idée, et la connaissance de la vérité précède toujours même sa négation. Si donc nulle vérité n^avait été jamais connue avant la philosophie, la philosophie elle-même

n'aurait jamais existé , elle aurait été et serait toujours impossible.

Mais, bien ou mal, on a toujours philosophé parmi les hommes, c'est-à-dire, on a toujours cherché à se rendre compte de la vérité, à l'étudier, à l'approfondir; on a toujours désiré, aimé la vérité. Donc on l'a toujours connue , on en a toujours eu ridée ; et ce n'est que cette idée, cette connaissance de la vérité qui en ont enfanté le désir, l'amour; qui ont donné lieu à la naissance de la philosophie, ou « l'amour de la sagesse,» et qui, par conséquent, ne sont pas l'œuvre de la philosophie. L'existence donc de la philosophie elle-même prouve évidemment que la connaissance de la vérité a précédé la philosophie , et que la philosophie n'est pas le moyen premier, naturel, unique pour atteindre la vérité.

La grande et première vérité, la plus importante, la maîtresse, la source de toutes vérités , et sans laquelle tout est vanité , doute, ignorance, erreur, misère, malheur, désespoir; cette vérité : DIEU EXISTE , a été connue par tous les hommes, dans tous les temps, dans tous les lieux. Le genre humain entier l'a confessée, l'a réalisée de la manière la plus éclatante par le culte public qu'il a rendu à Dieu, bien longtemps avant que la philosophie eût daigné s'en occuper, pour la démontrer ou bien pour la nier ; et elle n'a pu , à certaines époques de la vie de l'humanité, être environnée des hommages des vrais savants, ou combattue par les impies, que parce qu'elle était déjà connue par tout le monde.

II en est de même de toutes les vérités qui constituent l'ordre intellectuel, moral, social. La philosophie était encore à naître, à être inventée, quant au mot et quant à la chose ; tandis que ces ordres existaient depuis plusieurs milliers d'années, et que , par conséquent aussi, on connaissait les vérités intellectuelles, morales, politiques, qui en sont les bases, les liens et la garantie. Avec la foi d'un Dieu unique, éternel, tout-puissant, gouvernant l'univers par sa providence, les hommes ont toujours et partout possédé la foi de l'immortalité de l'âme , des devoirs de l'homme à l'égard de Dieu, des autres hommes et de soi-même ; de l'obligation de faire le bien et d'éviter le mal dans ce monde, afin de se bien trouver dans l'autre.

LES ALTHES YÉRITÉS NECESSAIRES AU GEiNBE HUMAIN. 177

Plus on remonte haut^ par la pensée, vers l'origine des choses, plus on trouve ces vérités pures, dépouillées de tout mélange d'erreur. C'est même en quoi ces vérités diffèrent infiniment des faits physiques; car les faits physiques sont mieux connus dans la suite , tandis que les vérités morales ont apparu plus rayonnantes de lumière dès le commencement.

Cette thèse est même confirmée par tous les livres, les histoires, les commentaires de philosophie. Car rien ne s'y trouve, rien n'y est affirmé, nié, démontré, développé, qui n'ait précédemment été connu par l'humanité. Tous les principes qui forment la raison, tous les devoirs qui constituent la société, ont été connus, réduits en pratique avant que les Grecs et les Romains eussent pensé à en faire le sujet de leurs études. Toute vérité a précédé l'existence des sectes et des écoles des philosophes; et même il n'y a pas une seule de ces vérités qu'on appelle naturelles, dont la philosophie puisse s'attribuer la découverte et l'invention.

Il n'y a pas une seule de ces vérités dont on puisse dire : Qvf ignorée dans un temps^ elle ait été découverte dans un autre par un philosophe. On connaît les philosophes qui ont, les premiers, nié, combattu telle et telle vérité; mais le philosophe qui, le premier, ait trouvé, découvert et révélé au monde telle et telle vérité, est encore à découvrir.

On peut citer des philosophes qui ont transporté dans un lieu, d'où elle avait disparu et où elle s'était obscurcie, une vérité qu'ils avaient apprise à l'école de la tradition sociale ou de la religion de leur patrie. On peut citer bien des philosophes missionnaires de la vérité (les Juifs n'étaient que cela) ; mais on ne peut citer un seul philosophe premier inventeur d'une seule vérité. Comme toute vérité révélée a existé dans TÉglise, avant toute théologie, de même, toute vérité naturelle a existé dans l'humanité avant toute philosophie.

11 est vrai que la vérité est sortie de la terre : Veritas de ferra orta est (Psal . 84, 1 2) ; mais ce n'est qu'après qu'elle y est descendue du ciel. Car, en créant le monde des intelligences, l'Agriculteur divin, le Dieu Père, la première chose qu'il fit, ce fut d'y semer sa semence, la vérité : Pater meus agricola est (Joan. XV, 1). Exiit qui seminat seminare semeri suum (Matth. XIllj 3). Et lorsque ce m. 12

Froment DES élus : Frumentum electorum (Zac. IX, 17) s'y fut corrompu, ce n'est pas par les philosophes, mais par son propre FILS, qu'il Ta renouvelé^ et Ta même amélioré^ au moyen d'un ensemencement nouveau. En sorte que nulle vérité^ même naturelle, n'a germé sur la terre que d'une semence céleste. Nulle de ces vérités n'a été inventée par l'homme , mais toutes ont été enseignées^ la première fois, de Dieu; et^ dès l'origine du monde^ la Vérité a été, toujours et partout, enseignée aux hommes^ et non inventée par les hommes.

Il était réservé à nos tristes jours d'entendre un prétendu philosophe pousser le courage du blasphème et l'outrecuidance du mensonge au point d'affirmer que a le dogme d^un Dieu uni- « que et spirituel ne date que de l'époque de Socrate et de Xé- «nophane (Saisset^ Christian. eiPhilosoph., pag. 306). » Mais^ cet insolent et sacrilège démenti, donné à l'histoire du genre humain, ne saurait obscurcir le fait certain et éclatant que , dès son origine, le monde a toujours et partout cru et qu'il croit encore toujours et partout, avec une foi ferme et inébranlable, à l'existence d'un Dieu unique et spirituel, incréé, infini, éternel, Cause première de tous les êtres, et Maître absolu de l'univers, qu'il a créé du néant par sa toute-puissance, qu'il gouverne par sa Providence, et réservant aux hommes, dans une autre vie, des récompenses éternelles ou des châtiments également éternels, selon que, pendant la vie présente, ils auront observé ou foulé aux pieds ses lois éternelles; et que l'humanité n'a, à aucune époque, méconnu ou renié son auteur.

Il est vrai qu'une grande partie des hommes sont tombés dans l'idolâtrie. Mais, d'abord, le polythéisme n'est que l'altération de la vraie foi au Dieu unique. C'est en commençant par croire en un seul Dieu qu'on s'est laissé entraîner à croire, dans la suite, à plusieurs dieux. En sorte que la vraie foi à l'unité de Dieu a toujours et partout précédé les fausses croyances à la pluralité des dieux, comme l'innocence a toujours précédé le crime, la santé la maladie, et la vie la mort.

En second lieu , comme l'ont évidemment démontré Tertullien, dans son Apologétique et dans son Traité de l'âme; Eusèbe, dans sa Préparation évangélique; Huet, dans sa Nouvelle Démonstration évangéliquey et, de nos jours, le savant cardinal

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