‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 70 sur 76 · ABSURDITÉ DES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

ABSURDITÉ DES PHILOSOPHES

Gousset;, dans sa Théologie dogmatique, en honorant d'un culte religieux plusieurs dieux , la superstition païenne elle-même ne les a jamais égalés au Dieu suprême^ appelé par elle : le PÈRE DES HOMMES et DES DIEUX ! Patcr hominiimque DEORUMQUE. Les dieux du paganisme n'étaient que des dieux subalternes, créés, eux aussi, comme tout le reste, par LE DIEU souverain, et dépendants de lui ; n'étaient que ces petits esprits^ bons ou mauvais, dont, d'après saint Paul, le grand Esprit, Dieu, se sert, comme de ministres, pour accomplir les desseins de sa justice ou de sa bonté dans le gouvernement du monde : Omncs sunt adminUtratorii spiritus (Heb. I, 14); n'étaient, dans le vrai, que des démons, ou des honuPxes endiablés; mais on ne les confondait pas avec le Dieu vrai qui a fait le ciel : DU gentium dœmonia; Dominus autern cœlos fecit (Psal. 95, 5). L'abomination de l'idolâtrie n'est donc pas dans la croyance, commune à tous les peuples: qu'il existe des bons et des mauvais esprits, agissant, comme causes secondes, sous l'empire du Dieu, Cause première de tout; car tout cela est vérité; mais ^idolâtrie est, comme Ta remarqué saint Paul, dans l'horrible pensée de rendre aux images de l'homme corruptible, et même des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles, la gloire et le culte qui ne sont dus qu^au Dieu incorruptible; de prostituer la vérité au service du mensonge^ d'adorer et servir la créature plutôt que le Créateur : Et mutaverunt gloriam incorniptibilis Del in similitudinem imaginis covriiptibilis hominis, et voliicrinn et quadrupeduni et serpentum,.. qui commutaverunt veritatem Dei in mendacium, et servierunt creaturœ poiius quam Crm/fon (Rom. I). En sorte que l'idolâtrie est un crime, et le plus grand et le plus abominable de tous les crimes, plutôt qu'une erreur.

Il est vrai aussi que chez les Juifs seulement la connaissance de Dieu s'était conservée pure, complète et parfaite : Notus in Judœa Deus {PsaL 75, 2) ; mais il est vrai aussi, nous le répétons, que cet horrible crime, dont tant de peuples se sont rendus coupables, et qui a égaré loin du culte du vrai Dieu leur cœur, n'a cependant pas entraîné leur esprit au crime, plus abominable encore, de la négation de Dieu, et que, s'il y a eu dans le monde des insensés dont le cœur a osé articuler le blasphème : Dieu k'est PAS, Dixit insipiens in corde suo : Non est Deus, l'humanité

180 PRÉAMBULES DE LA PHILOSOPHIE. DELA CErxTITCDE.

n'a jamais été athée. C'est un fait incontestable qu'elle a toujours et partout possédé et conservé la foi à l'existence d'un Dieu unique et spirituel et à ses principaux attributs. C'est un fait incontestable que, malgré les profondes altérations qu'il a subies, en différents lieux et à des époques différentes, dans son application, le court symbole, que nous venons de formuler, est resté toujours et partout pur et intact par rapport à ses principes, et a formé et forme le fond commun des croyances religieuses du genre humain, ou bien de ce qu'il y a de vrai dans toutes les religions. C'est-à-dire que c'est un fait incontestable que l'universalité des hommes a, toujours et partout, possédé et possède encore d'une manière prompte et facile, avec une certitude fixe et immuable et sans m.élange d'erreur : omnes, de facili, fixa certitudine, et absque duhitatione et errore, la première, la plus importante et la plus absolue de toutes les connaissances, la connaissance de Dieu.

Un pareil fait n'est pas et ne peut être l'œuvre des spéculations, des recherches de la raison particulière ni de l'enseignement de la philosophie.

D'abord, d'après des témoignages non suspects, c'était la doctrine commune aux anciens philosophes: Que, de même que, dans Pordre politique, le genre humain n'existe que pour le bonheur d'un petit nombre de personnages puissants : Humanum paucis vivit genus (Sé^èque) , de même, dans l'ordre intellectuel, la sagesse n'est que le partage d'un petit nombre de savants, et que sa spécialité est de se dérober aux yeux de la multitude : Estautem sapientia paucis consensa judicihus , multitudinem consulta fugiens (Cicéeo.n). Comment donc les anciens philosophes auraient-ils propagé la connaissance d'un Dieu unique, telle qu'elle se trouvait répandue dans toute l'humanité, eux pour quiTuniversalité des hommes éidii naturellement étrangère à la lumière de la vérité , aussi bien qu'au bonheur de la liberté, et qui, par une criante injustice, connne la leur reproche saint Paul, tenaient captive et cachée la vérité de Dieu : Qui veritatem Dei in injusiitia detinent [Rom. Ij?

En second heu, il était reconnu parles mêmes philosophes que, par la voie des recherches et des investigations de la raison particuhère, même le petit nombre d'hommes à qui la nature aurait

Page 1