‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 74 sur 76 · UTILITÉ ET DÉFINITION DE LA. PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

UTILITÉ ET DÉFINITION DE LA. PHILOSOPHIE

restreinte^ actuelle et individuelle, propre à tout homme, et la manière large, constante et expansive, propre à Phomme vertueux, et que cette dernière manière seule constitue la vertu ; de même il y a h ois manières de connaître la vérité: la manière uniquement sensible et déterminée, propre à la brute; la manière intellectuelle et universelle, propre à tout homme, et la manière approfondie, complexe et communicative, propre au savant, et seule cette dernière constitue le savoir; et comme la première de ces manières de connaître constitue la sensation, et la deuxième est la base de la raison , la dernière a toujours été considérée comme formant la science véritable, la sapience humaine.

En effet, Aristote a dit : « On ne croit que nous avons la science c( d'une chose que lorsque nous sommes censés en connaître les « causes. La vraie sapience est la connaissance des premières et (( des plus hautes causes (1).» «La sapience, a dit à son tour Gi- « céron, est la science des choses divines et humaines, et la con- (( naissance de la cause par laquelle toute chose est ce qu'elle est. « CY'st pourquoi, s'élevant jusqu'à Timitation de Tœuvre divine, « la science regarde avec dédain les choses humaines (2). »

Enfin saint Thomas s'exprime ainsi : c( La science du vrai ne « s'obtient que par la connaissance des causes... Nous n'appe- « Ions savant, dans toute science, que l'homme qui sait assigner « la raison et les causes sur chaque sujet sur lequel on rince terroge : Scientia verinon habetur nisiper causas;... sapien- « ieminomni sapientia dicimus. qui potest assignare causas cu^ a jusque quxsiti (3).» C'est donc ainsi bien définir la science que la dire : « L'habitude de démontrer tout ce qu'on affirme : Hahitus asserta demonstrandi. »

(1) « Tum scire aliquid dicimur, cum rci causas nosse putamur. Sapientia est « cogriitio primarum et altissiinarutn causarum {Metaphys., lib. I). »

(2) «Sapientia est divinarum humanarumque scientia, cognitioque qiiîie « causa cujusquft rei sit. K\ quo efficitur ut divina imitetur, humana vero om- « nia virtute inleriora ducat (TuscuL, lib. IV). w

(3) Comme toute conriaissance n'est pas de la science^ de même toute science n'est pas la sagesse; càv, de ce qu'on connaît un petit nombre de choses par leurs causes, il ne s'ensuit pas qu'on est savant. Les savants ne sont que ceux qui possèdent la science d'une série de choses, ou bien la science de toutes les choses qui sont l'objet des spéculations et des recherches de l'esprit humain.

Or la philosophie, ainsi que le mot l'indique , n'étant que Vamour ou V étude de la sapience, et la sapience n'étant que la connaissance des choses par leurs causes , la philosophie est l'amour, le désir, le soin constant de connaître par leurs causes les choses existantes ou possibles et leurs rapports les plus intimes et les plus éloignés.

« Tout homme^ dit Origène, appète la science, comme l'es- « tomac appète les aliments et la boisson : Sicut stornachum ci- « bum et potum. » Et saint Thomas ajoute : « C'est Dieu même a qui a donné à l'homme l'appétit naturel de la science : Natu- « ralem scientix appetitum mentibus hominum Deus inserit. » Cependant il n'y a qu'un petit nombre d'hommes, dans chaque nation, qui s'applique aux études et aux travaux intellectuels, pour conquérir la science et la professer.

Ces hommes d'élite, qui passent leur vie à sonder les secrets de la nature, à expliquer, à enseigner la vérité, ont toujours joui de la plus grande considération chez tous les peuples. On les a appelés To^ftw^.s chez les Hébreux, Mages chez les Assyriens , Chaldéens chez les Perses, Gyranosophistes chez les Indiens, Druides chez les Gaules, Sophoi chez les Grecs, et Sophistes chez les Romains. Ainsi, par le mot nouveau « philosophe, » introduit par Pylhagore, les Grecs n'ont indiqué qu'une chose trèsancienne; car, des le commencement du monde, il s'est toujours et partout trouvé un petit nombre d'esprits élevés qui ont consacré leur talent et leur vie aux investigations des causes les plus cachées, à attirer les hommes à la connaissance de la vérité et à la pratique de la vertu, par conséquent la sagesse, ou la philosophie, n'a jamais manqué à aucun âge du monde. Voilà donc ce que c'est que philosopher. ^Maintenant il reste à dire le sujet de la philosophie.

L'objet de la science, dit saint Thomas, est ce dont on cherche à connaître les raisons et les causes : Subjecium scieniiœ est cv.jus causas et rationes qu^rimus. Et puisque l'on peut chercher et trouver, pour son propre compte, et apprendre aux autres les raisons et les causes propres de toutes les choses capables d^être connues par V esprit humain, toutes ces choses sont et peuvent être l'objet de la pliilosophie.

Qu'on remarque bien que nous avons dit les raisons et les

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