‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 8 sur 76 · FAUSSES DEFINITIONS DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

FAUSSES DEFINITIONS DE LA PHILOSOPHIE

Or, la philosophie étant la science de la Raison, comme la théologie est la science de la Foi , il est manifeste qu'en ignorant ce qu'est la raison, nos philosophes ne peuvent savoir ce qu'est la philosophie : de même qu'en ignorant ce qu'est la Foi , certains théologiens ne peuvent savoir et ne savent pas ce qu'est la Théologie. Dans tous les cas , vous ne trouverez pas deux philosophes rationalistes répondant de la même manière à cette question : Qu'est-ce que la philosophie? &q m^mQ que vous ne trouverez pas deux théologiens protestants répondant de la même manière à la question : Qu'est-ce que la théologie ?

Dans la Philosophie de Lyon , le Cours classique du cartésianisme et sur lequel sont calqués presque tous les autres Cours à l'usage des écoles , la philosophie est définie : « La connaisc( sance évidemment déduite des premiers principes : Cognitio « exprimis principiis evidenter deducta [Prolegomen. ,cap . IL).)) Mais raisonner, comme nous allons l'expliquer tout à l'heure, n'est que déduire évidemment une connaissance des premiers pri7icipes. Ainsi donc, de par la définition lyonnaise, tout raisonnement est philosophie, et tout être qui raisonne, ou qui n'est pas une bête, est philosophe. Nous ne connaissons rien de moins clair^ de mohis exact, de moins philosophique que cette définition de la philosophie, et nous défions toute l'école cartésienne de se former, par une telle définition, Fidée claire, nette de cette science.

11 en est de même des définitions entassées dans une note à cet endroit de la Philosophie de Lyon. Car « la connaissance de «la vérité acquise par le raisonnement, cognitio veritatis va- « tiocinio acquisita; le jugement discursif par la raison, judi- « cium ex ratione discursivum y et la connaissance des êtres et « de leurs rapports, obtenue par le raisonnement , cogîiilio en- « tiumy eorumque relationuniy ratiocinio comparata,)) reviennent au même, sont la même chose que la connaissance déduite évidemment des premiers principes. En sorte qu'accepter ces définitions, c'est admettre toujours ou que la philosophie n'est que le raisonnement, ou que tout raisonnement est philosophie. Seulement il doit nous être permis de trouver tout à fait singulier que l'illubtre auteur de cette note n'adhère à la dernière de ces pauvres définitions que sous la réserve qu'on la borne aux êtres

purement spirituels (1); et qu'il exclue par là, d'un trait de plume, de la philosophie, la /?A</5/(/?/(?, qui cependant a, elle aussi, le droit d'en faire partie.

La définition de M. de Bonald : « La philosophie est la connaissance de Dieu, de l'homme et de la société , » et celle de M. de la Chambre : «La connaissance de Dieu, dePhomme et du monde, » ne méritent pas que nous nous en occupions; car la coNKAissANCE dc Dicu, dc l'homme, de la société et du monde étante indépendamment de la philosophie^ le partage de tout homme venant dans ce monde , ces définitions ne conviennent pas plus à la science dont il est question, qu'elles ne la définissent. Nous accordons donc qu'elles sont claires et simples, pourvu qu'on nous accorde qu'eUes sont claires jusqu'à la banalité, et simples jusqu'au néant.

§ 2. Selon les Rationalistes, Vhomme-philoso-phe n'est sorti que de Vhommebête. — Horace et Cicéron, témoins de cette tradition de Vccole rationaliste ancienne. — Vico et Descartes ont professé la même doctrine

Vhommc-bête et la bête-philosoplie de M. Cousin, — Dégradation du siècle, applaudissant de tels hommes.

C'est la manière d'envisager la philosophie, propre aux Semirationalistes, qui passent pour les rétrogrades, les pédants, les valets de l'école cartésienne. Quant aux progressistes, aux docteurs, aux maîtres souverains de la même école, les Rationalistes pur sang, ils s'y prennent d'une manière fort différente. A les entendre, on dirait que, pour ces philosophes, Thomme de la philosophie n'est pas de la même espèce que l'homme de la nature; car ce dernier, étant sorti complet et parfait de la main créatrice de Dieu, n'a pas subi de transformation dans son être humain, tandis que le premier, n'ayant été à son origine qu'une bête en chrysalide , ce n'est qu'après le travail de plusieurs siècles qu'il serait sorti de sa coque et se serait transformé en homme.

(l) « Quidam, diim hanc postremara admiltunt defmilionem, volunt tamen « philosophiam esse tautunimodû de spiiitualibus; et ideo dicunt eam esse a corjnitionem entium spiritualiumeorumque relationum, etc., quibus om- « ni'iO adhîereuuis. »

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