‹ La philosophie chrétienneChapitre 104 sur 249 · IMMATÉRIALITÉ DES AMES · texte numérisé non relu

IMMATÉRIALITÉ DES AMES

différents rapports. Elle se trouve tout entière dans toute la toile^ selon sa quantité; car une superficie blanche d'un mètre carré renferme en elle tout entière un mètre carré de blancheur. Mais, si vous coupez en différentes parties cette toile, la blancheur ne se trouve plus tout entière dans chacune de ces parties, sons le rapport de la quantité; car nulle de ces parties ne renferme un mètre carré de blancheur. Cependant chaque partie demeure toujours aussi blanche qu'elle l'était avant d'être retranchée du tout. C'est-à-dire que chacune de ces parties réfléchit tous les rayons de la lumière qui tombe sur elle, ce qui constitue la nature et l'essence de la blancheur: comme l'absorption de tous les rayons de la lumière reçue constitue la nature et l'essence de la noirceur.

Mais l'essence des choses est indivisible. Si donc chaque partie de votre toile demeure blanche, elle retient tout entière la blancheur, selon ses constitutifs essentiels ou selon son essence. La forme accidentelle de la blancheur se trouve donc tout entière, dans tout le corps blanc, selon sa quantité^ et tout entière dans chaque partie du corps, mais seulement selon son essence (i).

Il en est de même des formes substantielles des composés inanimés et inorganiques. Dans un globe d'or, la forme substantielle de cette masse d'or se trouve tout entière dans tout le globe, par rapport à sa quantité; mais, si vous mettez ce globe en morceaux, comme chacun de ces morceaux est toujours de l'or, et a tous les constitutifs essentiels de l'or, la forme substantielle de l'or s'y trouve tout entière selon son essence.

Or on vient de voir que, différemment du grain d'or, qui est de l'or, et de la goutte de vin, qui est toujours du vin, une branche détachée d'un arbre n'est plus une branche, et un membre coupé du corps d'un animal ou d'un homme n'est plus un membre. Il est donc évident que ni la forme substantielle de l'arbre, ni la forme substantielle du corps de l'animal ou de l'homme, ne

(l)« Siciil ajiparet in formis accideiitalil)us, qua-, secuiiduin aicidens, quan- « tiiatein habeiit. Albedo eiiini est tota in qualibel jtaite superliiiei, .si accipia- « tur totalitas cs.sentiœ; q.iia, secunduni perfeclaiii ralionem suu' speciei, iii- » venitur iu qualihet parte superliciti ; .^i autcin accipiatur lutalilas bccuudum « quauiitateiu, sic uon est tula iu qualibel parte superûciei (1 p., q. 8, a. 3). »

PREMIER ARGUMENT TIRÉ DE LEUR INDIVISIBILITÉ. SOf

se trouve plus dans la partie qui en a été séparée, ni selon la quanti lé ni selon V essence.

Mais il est évident aussi que, si la branche conservait une partie de la forme substantielle de l'arbre dont elle a été détachée, et si le membre conservait une partie de la forme substantielle du corps dont il a été coupé, et la branche et le membre conserveraient, comme le grain d'or et la goutte de vin, la forme substantielle du tout, sinon selon toute sa quantité, au moins selon son essence; et dès lors il est évident enfin que, s'ils ne conservent pas même quant à l'essence la forme du tout, ils ne la conservent pas non plus par rapport à sa quantité ; que les formes substantielles de l'arbre et du corps n'ont pas de quantité divisible ; qu'elles sont indivisibles et par conséquent immatérielles.

On a entendu saint Thomas nous dire que « l'âme humaine « se trouve tout entière dans le corps, et tout entière dans « chaque partie du corps, comme Dieu est tout entier dans tout « l'univers, et dans les êtres et dans chaque être : Sicut anima est « tota in qualibet parte corporis ; sic Deus est tutus in omuibus « et singulis. » Or Dieu, comme on l'a vu aussi, se trouve tout entier dans tout l'univers (et même hors de l'univers) par son essence; et se trouve tout entier dans chaque être particulier, et selon son essence et selon la vertu particulière qu'il y exerce, parce que la vertu de Dieu n'est pas séparable de son essence. De même l'âme humaine, n'ayant pas, selon l'expression de s.iint Thomas, de totalité quantitative, et devant se trouver par son essence là où elle exerce sa vertu, se trouve tout entière dans tout le corps selon son essence, et tout entière selon son essence et sa vertu, à la fois, dans chaque partie du corps : Anima totalitatam quantitalivam non habet; secl, secunduin total itatem essentix et virtutis, est tota in qualibet parte corporis. Lors donc qu'on coupe une main à un homme, l'âme n'exerce plus sa vertu sur ce membre retranché; et, si Cile n'y est plus par sa vertu , elle n'y est plus non plus par son essence ; et de là le fait : Que ce membre n'est plus une main d'homme, mais de la chair morte, entourant de petits os.

Or il est certain qu'il en est de la branche détachée d'un arbre, et d'un pied coupé à un animal, ce qu'il en est d'une main enlevée à un homme. Il en est donc de la forme substantielle, ou de

l'âme de la plante et de la brute, ce qu'il en est de la forme substantielle ou de Tâme do riioiiinie, à savoir qu'elles sont des formes qui n'ont pas de totalité quantitative; qu'elles sont indivisibles; et que, par conséquent, toutes les formes substantielles des composés vivants et organiques, ou toutes les âmes, sont immatérielles. Rien n'est plus simple ni plus logique qu'une pareille démonstration.

§ 100. Deuxième argument en faveur de l'immatérialité des âmes , déduit de la nature toute spéciale de leur mouvement. Tandis que le mouvement des composés inanimés : 1° leur est étranger ; 2" leur est imposé; et 3" est invariable : te muuvemcnt des composés animés, même des plantes, au contraire : l" leur est propre; T ils en disposent ; et 3° c'est un mouvement prodigieusement varié. — Un mouvement ayant cei dernières qualités ne peut èlre l'œuvre que de substances immatérielles. — Toute plante' est un composé vivant.

De même que rien ne se fait dans le monde surnaturel que par la grâce, de même rien ne se fait dans le monde naturel que par le mouvement. Le mouvement est pour les corps ce que la grâce est pour les esprits. Cependant il ne se trouve pas de la même manière dans les corps inanimés et dans les corps animés. Il a, dans ces derniers, des qualités toutes différentes de celles qu'il a dans les premiers. Le mouvement de tous les corps animés est : l^un mouvement qui leur est propre; 2° un mouvementdont ils disposent; 3° un mouvement multiple et varié: tandisque le mouvement des corps inorganiqueset inanimés est, an contraire: \^ un mouvement étranger et d'emprunt ; 2° un mouvement nécessaire et dont ils ne peuvent disposer ; et 3" un mouvement unique, monotone, uniforme. Or, étudiées seulement dans les végétaux, lu classe infime des êtres vivants, ces grandes qualités du mouvement des composés animés prouvent évidemment l'immaléi ialité de leurs âmes.

Les composés naturels sont, nous le répétons, de deux espèces : ils sont ou vivants ou non vivants. La plante, la brute, l'homme, appartiennent à la première espèce; les pierres, les métaux, les lluides, pondérables ou impondérables, et tous les êtres qui n'ont pas d'organes, forment la seconde espèce.

On ne vit que par râine. Les composés vivants ont donc une âme, les non vivants n'en ont pas.

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