‹ La philosophie chrétienneChapitre 105 sur 249 · QUALITÉS PABTICULIÈBES DE LEUR MOUVEMENT · texte numérisé non relu

QUALITÉS PABTICULIÈBES DE LEUR MOUVEMENT

Les composés non vivants ont bien, eux aussi, leur forme substantielle ; car tout composé naturel résulte de l'union d'une forme substantielle avec la matière. Mais, en leur donnant l'être et la substance, cette forme ne leur donne pas la vie : ils sont donc ce qu'ils sont, mais ils ne vivent pas; ils ont une forme, mais cette forme n'est pas une âme. La forme substantielle des composés vivants, au contraire, leur donne, avec l'être et la substance, la vie. Leur forme substantielle est donc une âme véritable; car toute âme est forme substantielle, mais toute forme substantielle n'est pas une âme.

Sous le mot âme on n'entend, comme on l'a vu, que le principe intrinsèque du mouvement. Ayant une âme, les composés vivants ont donc le principe du mouvement en eux-mêmes; c'est pourquoi ils se meuvent eux-mêmes, en eux-mêmes et hors d'eux-mêmes, par eux-mêmes.

Voyez la plante : «La puissance végétative, dit saint Thomas, a « troisactes ; parce que le composé végétatif a, pour son objet pro- « pre, son corps, vivant par l'âme, et que ce corps a trois besoins « essentiels. Il requiert donc une âme jouissant de trois facultés, « et capable d'accomplir en lui trois opérations. La première a est celle par laquelle le corps reçoit son être, et ce but s'obtient a parla puissance genérative ; la deuxième est celle par laquelle « le corps vivant atteint la quantité ou la grandeur conforme à « sa nature, et c'est la fonction propre de la puissance augmen- « iative ; la troisième enfin est celle par laquelle le corps du comte posé vivant se conserve dans son élre et dans sa quantité, et « c'est à quoi sert la puissance nutritive (i;. » Or c'est en vertu du principe du mouvement résidant en elle que la plante accomplit ces trois fonctions, ou qu elle germe, se développe, grandit. Elle n'emprunte à ce qui l'entoure que les substances dont elle a besoin, et qu'elle transforme en véritables aliments pour

(1) « Ties sunt potentise vegptativir parles. Vegelativuin eiiini habet pro ob- « jeclo ipsum corpus viveiis per aniniain; ad quoJ (piicleni corpus tiiplex animœ « operalio est necessana. Uiia quidem per quaiii esse acquirit, et ad \\w ordiua- « tur poteiilia5(C)ie/a/(i"«; alla vero per quain corpus vlvum acquirit debitam « quanUtatem, et ad hue ordiuatur vis auymtntalïva; alia vero per qiiaiu cor- K pus vivciitis salvalur et in esse et in qualitate débita, et ad lioc ordinatur vis « nutriliva (I p., q. 78, art. 2). »

304 § 100. IMMATÉKIALITB DES AMES, DEUXIÈME ABGUMENT.

se nourrir et croître. Quant an mouvement par lequel elle accomplit les trois fonctions de la vie végétative, elle ne le reçoit pas du dehors : elle le trouve en elle-même. Sous le rapport du mouvement, qui fait sa vie, elle n'a besoin que d'elle-même; elle se meut par elle-même.

Au contraire, les composés non vivants et qui n'ont pas d'âme sont naturellement et essentiellement inertes. Ils ne peuvent changer de lieu, ni même occuper un nouveau point de l'espace par un développement successif d'eux-mêmes, dans le même lieu. Les mines, dans les entrailles de la terre, les montagnes, à sa surface, sont, depuis plusieurs milliers d'années, toujours dans le même lieu où elles étaient, occupent le même espace quelles occupaient au premier instant de leur formation. Nul composé inanimé ne se meut en lui-même, ni hors de luimême, ni par lui-même. La dent dévorante du temps peut l'user, le détruire même; mais, tant qu'il reste quelque chose de lui, il sera toujours là où il a été, et l'éternité elle-même ne le fera pas changer de place. Nul composé non vivant ne se meut que i)ar une impulsion qui lui vient du dehors. Nul composé non vivant n'a donc en lui-même le principe du mouvem(;nt. S'il passe d'un lieu à un autre, ce n'est que parce qu'une force extérieure est venue le tirer de son inertie et troubler son repos; ce n'est que par un mouvement d'emprunt, an-dessus de ses forces et en dehors de sa nature. Le mouvement est aussi étranger à tout composé inanimé qu'il est propre, naturel, intrinsèque, intime, essentiel à tout composé animé.

Ces principes posés, voici le raisonnement qu'à la suite de saint Thomas fait la philosophie chrétienne.

C'est en vertu d'une force intérieure ou extérieure que les corps se meuvent. Or le mouvement ne pourrait convenir au corps qu'en tant que le corps est corps, ou en tant qu'un corps est ce corps, et non pas tel autre. Si le mouvement convenait au corps en tant que corps, le mouvement devrait se trouver dans tous les corps; il serait l'une des propriétés essentielles des corps, et tous les corps devraient se mouvoir. Mais il est faux que tous les corps se meuvent : au contraire, les cor|)S, en générai, sont bien mobiles ou capables d'être mus par une force extérieure, miiis ils ne se meuvent pas eux-mêmes;

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