QUALITES PARTICULIERES DE LEUR MOUVEMENT
et ce n'est pas le mouvement, mais l'inertie, ou l'incapacité de tout mouvement intrinsèque, qui est une propriété essentielle des corps. Si donc certains corps se meuvent par eux-mêmes ce n'est pas en tant qu'ils sont corps, mais en tant qu'ils sont tels corps. Or ou cette chose par laquelle, contrairement à ce qui arrive à tous les autres corps, ces corps sont se mouvant, ou cette chose, disons-nous, est elle-même un corps, ou elle est différente du corps et au-dessus de la nature du corps. Si elle est corps, il s'ensuit toujours que tous les corps devraient se mouvoir, parce que tout corps est corps et n'est que corps. Il faut donc conclure que le principe du mouvement des corps animés n'est pas corps, n'est pas un être continu, ayant des parties en dehors des parties, mais un être tout à fait différent du corps, d'une nature autre que celle du corps, un être n'ayant pas de parties, un être simple, indivisible, immatériel. Cet être ne peut être un accident; car le mouvement est bien un accident, mais le principe ou la cause du mouvement ne Test pas et ne saurait lelre. Cet être est donc substance; car ce qui est est ou substance ou accident, et ce qui n'est pas accident est substance. Donc la cause, le principe intrinsèque du mouvement des corps animés, est une substance simple immatérielle ; mais c'est là le principe qu'on appelle âme. Nulle âme , soit intellective, soit sensiiive, soit végétative, n'cbt donc matière, n'est donc corps ; mais toute âme, par cela même qu'elle est âme, est immatérielle et incorporelle.
L'étude de la deuxième condition du mouvement propre aux corps animés nous donne la même conclusion.
Nul être ne peut disposer de ce qui n'est pas à lui. Or, puisque, lors même qu'il se meut, le composé inanimé ne se meut ([ue par un mouvement d'emprunt, par un mouvement étranger à lui, par un mouvement qui n'est pas à lui ; il peut bien subir le mouvement, mais il ne peut en disposer. Le mouvement est pour lui une passion, une souffrance, et non un acte ni une opération. Par la même force d'inertie, essentielle à sa nature, par laquelle il est impuissant à commencer son mouvement, il l'est aussi à le faire cesser. Cette même force qui l'empêche de se mouvoir lui-même l'empêche de s'arrêter dans son mouvement. Par la même raison qu'il ne peut, à lui seul, passer du
repos au mouvement, il ne peut non plus, à lui seul, revenir sur ses pas, et passer du mouvement au repos. Nécessairement immobile dans son repos, il l'est aussi dans son mouvement. Et de même qu'il demeurerait éternellement en repo si nulle force extérieure ne le mouvait, de même il se mouvrait éternellement si nulle force extérieure ne l'arrêtait.
Que la condition de l'être animé est différente ! Même la plante, bien qu'appailenant à la plus faible, à la plus imparlaile des trois espèces des êtres animés, non-seulement a en elle-même le principe du mouvement et se meut elle-même, mais encore elle grandit ou se rétrécit elle-même, elle croit ou maigrit en ellemême, et, selon qu'il lui convient, s'élève ou s'abaisse, s'épanouit ou se restreint, prolonge ou arrête son mouvement. Elle se repose et dort dans un temps, et se réveiilti et reprend son œuvre dans un autre. Mais c'est toujours par une puissance qui lui est propre, qu'elle parait s'endormir pour se reposer, et se réveiller pour accomplir les opérations de sa vie.
Cette grantle faculté de pouvoir disposer du mouvement est encore plus sensible , plus frappante dans la brute et dans l'homme. Car, tandis que le mouvement dont dispose la plante n'est que propre à elle, celui de la brute est non-seulement itropr, mais aussi spontané; et celui de l homme est non-seulement propre et spontané, mais encore libre. En différentes manières , donc, ou d'une manière plus ou moins parfaite, les trois diverses espèces des composes animes disposent toutes les trois du mouvement. Mais ce n'est que par leur âme que ces composés usent de celte grande prérogative ; car le composé naturel n'opère (jue par sa forme substantielle, cl la forme bubstanlielie de tout composé animé est son àme.
Ainsi donc, puisque, parmi toutes les formes substantielles, seules les âmes disposent du mouvement, il faut de toute nécessité admettre quelles sont d'une nature essentiellement différente de celle de toutes les autres formes substantielles. Et puisque la disponibilité du mouvement est essentiellement incompatible avec la matérialité de la nature, il faut aussi de toute nécessité admettre que la dillérence qui distingue les âmes de toutes les autres formes substantielles , est qu'elles sont toutes simples et immatérielles.