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QUALITÉS PARTICULIÈUES DE LEUR MOUVEMENT

Mais,, tout en se mouvant elle-même par un principe intrinsèque et inhérent à elle-même, et tout en disposant de son mouvement^ la plante ne bouge pas, ne change pas de lieu, tandis que la brute, outre la faculté de se mouvoir et de disposer du mouvement, comme la plante, possède aussi la faculté de se mouvoir d'une manière progressive, de se transporter d'un lieu à un autre et de promener partout son corps, et que, plus heureux que la brute, l'homme, tout en ayant en lui-même, comme la plante, le principe intrinsèque et la disposition des mouvemenis de son corps, dans un lieu déterminé, et, tout en pouvant changer corporellcînent de lieu, comme la brute , jouit de l'incomparable et sublime faculté de discourir par son intelligence, do se transi)orter, par sa })ensée, dans toutes les régions de l'univers visible, et de parcourir aussi le monde intellectuel et invisible. Tandis donc que le mouvement de la plante n'est que stationnuire , et celui de la brute stafionnaire lui aussi, et, de plus, locomo/if; le mouvement dont l'homme dispose, en maître, est en même temps stationnaire , locomotifet discursif.

Mais, si le simple mouvement stationnaire est tout à fait inconciliable avec la matérialité de l'âme de la plante, à plus forte raison le double mouvement stationnaire et tocoinotifesiil radicalement inconciliable avec la matérialité de l'ànie de la brute, et, à plus forte raison encore, le triple mouvement stationnaire, locomotifei discursif esl-il absolument inconciliable avec la matérialité de l'âme humaine.

La troisième condition, ou la variété du mouvement, propre à toutes les âmes, est encore plus concluante en faveur de l'immatérialité de leur nature.

Dans son mouvement précaire et d'emprunt, le composé inanimé ne peut lui-même dévier d'une ligne, d'un point, ni à gauche ni à droite. Il suit toujours la même direction ([ui lui a été donnée ; il avance ou recule en ligne droite. Il oppose même toute la résistance qu'il trouve dans sa masse à la puissance qui prétend le forcer d'abandonner celte ligne. Obligé de la quitter, il fait les plus grands efforts pour la reprendre ; impuissant à diriger son mouvement, il l'est encore davaiitageà le varier; et, comme Timmobili lé est la condition essentielle de sonrepos.

runiformité ou une monotonie inaltérable est la condition essentielle de son mouvement.

Le plus chétif, parmi les composés vivants, l'emporte, sous ce rapport, sur les astres mêmes.

Maltresse, en quelque sorte, de l'extension, la plante l'est aussi (le la direction et de la variété de son mouvement. Suivant la première des lois architectoniqucs, elle lance d'autant plus loin ses racines dans les profondeurs de la terre, qu'elle aspire à élever plus haut sa tige vers le ciel. En même temps qu'elle se meut par en haut et par en bas, elle s'épanouit, se dévelop|)e de tous les côtés j elle pousse dans toutes les directions imaginables SCS branches et ses petits rameaux.

La variété de ses mouvements intérieurs est plus étonnante encore. Saint Thomas a observé qu'afin qu'on puisse connaître,, même par leur différente configuration extérieure, les différents degrés de perfection et la diversité de la destinée des trois espèces d'êtres animés, l'homme, la brute et la plante, l'homme est tourné, par la plus noble partie de son corps, vers le ciel; les plus nobles organes de la brute sont dirigés vers la circonférence; la plante est, parla plus noble partie de son organisme, enfoncée dans la terre (1). En effet, les nerfs, et leurs infinies ramifications, qui, dans la brute et dans l'homme, partent plus ou moins directement du cerveau, dans la plante, partent du centre de sa racine; c'est donc là que se trouve, en quelque sorte , sa tête (2), sa poitrine et son estomac, ou les organes les plus importants de sa vie; car c'est de ce centre que sortent les différents mouvements qu'elle exerce dans l'intérieur de tout son corps. C'est 1° le mouvement de respiration ; car, ainsi que la science moderne l'a constaté, les plantes respirent, elles aussi. On dirait même qu'elles respirent mieux que l'homme et la brute; parce que ceux-ci ne respirent que par la bouche, et, en

(1) « Hoino liahct superiiissui, idest capnt, versus Mijrriiis niiimii; et iiilerius « sui viisii^^ inf-Tiiis Miumli, ot iileo c-t optinie ilisposilus, s- tiin iinii disposiiio- " nem toliiis. Planta' veto lnbeiil siij)prius ,-ui versus inreriiis niuivii, nain ra- " dices sunloii (l'acifi) iiroporlionales; inli rins aulein sui versus superiusmuadi. '< Aniiiialia vcro briita imedio ii;odo (I p., q. 101, arl. 4, ad teitium). »

(2) La botanique moderne appelle chevelure des plantes les filaments qui terminent leurs racines.

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