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IMMATÉRIALITÉ DES AMES. LA GÉNÉRATION

l'homme. — Elle est une loi pour l'espèce humaine, et non un devoir pour chaque individu. — Conséquences importantes de cette doctrine, en fO' veur du célibat volontaire.

Puisque nul phénomène de la nature ne se fait que par le mouvement , la génération des êtres n'est et ne peut être, elle aussi, que l'œuvre du mouvement; et, par conséquent encore, point de mouvement, point de génération; ce qui ne se meut pas n'engendre pas; et la stérilité est la conséquence obligée, nécessaire de I'inertie.

Il est vrai que les naturalistes, et saint Thomas lui-même, ont l'air d'admettre que même certains corps non vivants, et par conséquent essentiellement ijwrtex, engendrent leur semblable : comme lorsqu'ils disent que le feu engendre h feu. Il est vrai qu'on parle souvent d'êtres vivants errgendrés par les astres, par la chaleur naturelle et même par les pierres. Il est vrai enfin qu'on appelle géne'ration même l'opération par laquelle certaines formes de composés inorganiques transsubstantient des substances étrangères en leurs propres substances, et étendent et aecroiaaent leur matière : comme la forme de la chair fait et augmente la chair dans tout le corps de l'animal, et la forme des minéraux fait et augmente le minéral dans les entrailles de la terre. Mais, en pareil cas , le mot génération n'est pris que dans un sens étendu et métaphorique, pour signifier toute opération par laquelle une cause produit son effet, et non pas dans le sens propre et particulier de ce mot.

Dans ce dernier sens, la génératioyi, ainsi qu'on Ta vu plus haut, n'est que «la naissance d'un être vivant, dans la même a espèce, et conservant le principe de son origine : OrigoviverUis « avivente, in eadem speçie, cuin princfpio cunjuncto. )•>

D'après cette belle définition, \^ génération véritable n'a lieu qu'à ces cinq conditions : i^ Que l'engendré soit produit de la substance de son principe générateur; 2" Que ce qui engendre et ce qui est engendré soient tous les deux dans la catégorie des êtres vivants ; 3" Que l'engendré soit de la mrme espèce que l'engendrant, ou son i-cmblabic; 4" Que l'engendré soit un produit distinct de l'individualité de laquelle il sort, et qu'il soit une individualité complète lui-même ; et 5° Qu'il hérite de la vertu

génératrice qui le fait naître, en sorte qu'il puisse devenir générateur à son tour et transmettre à d'autres la vie qu'il a reçue. Si une seule de ces conditions manque, dans la production natu^ relie d'un être d'un autre être, il n'y a pas de génération.

Or, dans ce qu'on appelle « la génération du feu par le feu , « de la chair par la chair, du métal par le métal, » nul être vivant ne naît d'un autre être vivant; ce qui engendre et ce qui est engendré sont bien de la même espèce, mais ne sont pas deux individualités; l'engendrant ne produit pas un être complet, hors de lui et distinct de son individualité; seulement une forme, plus puissante que les formes des substances qu'elle saisit, détruit par son énergie ces formes, et change ces substances dans sa propre substance; et voilà tout. Dans tous ces phénomènes, il n'y a donc pas même l'ombre d'une génération véritable.

Quant à l'action des corps célestes dans la génération de certains corps terrestres, voici à quoi se réduit cette action, d'après saint Thomas : «Le corps céleste, dit-il, coopère certamement « par sa vertu à la génération naturelle des animaux parfaits. En « effet, indépendamment de ses autres causes connues, la géné- « ration de l'homme et des autres animaux parfaits exige aussi « un lieu tempéré. C'est que, comme il est évident, la production « d'une chose parfaite demande un plus grand nombre de cir- « constances et de conditions que la production d'une chose im- « parfaite. Conséquemment la génération de certains animaux « très-imparfaits n'a pas besoin d'autre principe générateur que «la vertu du corps céleste, agissant sur une matière disposée (( pour une telle œuvre (1), » c'est-à-dire sur une matière renfermant en elle-même les germes, la semence des animalcules qu'elle est destinée à produire, avec le secours de la vertu du corps céleste qui les fait éclore. Car saint Thomas a dit ailleurs que les corps cf'lestes ne concourent pas à la génération des êtres

(I) «Ad generationem nafuralem animalium perfectorum cooperalur virtus « cœlestis corporis. Et exinde est quod exigitiir locus temperatus al gerera- « tionem hominum et aliorum animalium pcrfectorum. SufHcit autem virtus « cœlestium corponiin ad generandum quœdam animalia iniperfectiora, ex man ieria di.sposUa. Maniiestum est eniin quod piura requiruntur adproduclio- 'i iicm rei perfecta^, quam ad productionem rei imperfectae (l p., q. 91, ad ser cundum). «

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terrestres par influence, mais par mouvement ; non jn/luendo, sed movendo. Ainsi donc, dans ces prétendues générations, œnvre des astres on de la chalenr naturelle, le principe générateur n'est pas vivant; il nVngendrc pas de sa substance; il ne produit pas d'être qui lui ressemble, ou de sa même espèce, et dès lors la génération n'a pas lieu.

Enfin, si l'on rencontre quelquefois de petits animaux vivants, dans les entrailles de la terre, et même au milieu d'une pierre , ce n'est que parce que, d'après l'observation qu'en a faite saint Thomas, et qu'il a ex])riinée très-élégamment, il a plu au Créateur de répandre partout certaines /orces séminales, ou des forces capables de produire des êtres vivants, même au milieu des pierres : Sî(nt gv.rdam in ipsifi lapidibus vires séminales. Encore une fois donc , ce ne sont pas les pierres qui engendrent de leur substance ces animaux qu'on retrouve dans le sein des pierres; la pierre n'engendre pas plus que le soleil: tout composé inorganique ou inanimé, étranger à la vie, l'est aussi à la génération, et la stérilité est une condition essentielle de sa manière d'être autant que l'immobilité.

Mais, au contraire, étant animé, tout composé organique vit ; vivant, il jouit du principe intrinsèque et intime du mouvement par soi; se mouvant par lui-même, il possède l'ineffable et mystérieuse faculté d'engendrer son semblable, de se reproduire dans un nombre infini {en puissance) d'individus de sa même espèce, et de leur transmettre le mouvement et la vie. C'est la condition, non-seulement de l'homme et de la brute, mais aussi du plus petit, du plus frêle parmi les végétaux (1).

(l) « Puisque la génération des corps vivants, dit encore saint Tliomas, a son « origine par la st^nience, et que dès lors il est bien naturel que tout .inimal « engendré , au cominenrenu'ut , soit dune p^^tite grandeur, il faut de toute « nécessité qu'd ait en lui la puissnme de Vdme; mais le corps nnnvivant, n n'étant cngindré que par i n agent extérieur et d'une matière déicrn inée n (et non d'une semence), nçoit en même tpm|)3 et son esfiéce et tonte sa " grandeur , proiiortionnée à !a quantité de la matière d'où il est sorti ; il ne n faut donc pas lui supjw er une Ame : il est inminté. Quia generatio viven- •' Inim est ah aliquo seniine , oporlet rj)ind in principio animal generelnr << parViV qiiautitalis , et proplor hoc necrsse est t/riod habcnt pntcnlinm « anima', per quant ad debitam quantilalem perducalur ; xed cfiipiis in- « animatum generalur maieria delerminata ab agcnte cxirinscco; et idco

En effet, toute plante 1°, "produit de sa propre substance d'autres plantes ; 2° être vivant elle-même , elle produit des êtres vivants , car toute plante est et enfante des plantes vivantes ; 3" elle produit son semblable, car tout végétal produit le végétal de sa propre espèce ; -4" elle produit des êtres complets hors d'elle-même, et des individualités distinctes de son individualité; et 5° enfin elle dépose dans sa semence son principe végétatif, par lequel cette s(!mence peut multiplier à l'infini les individualités de son espèce. La génération des "égétaux réunit donc, dans toute leur réalité, les conditions de la génération, et est, dans toute la rigueur du mot, une génération véritable.

En traitant la question de la distinction des sexes, dans ses rapports avec la génération, saint Thomas a dit: «Il y a des êtres vivants qui n'ont pas en eux-mêmes la vertu active de la génération, et qui, par conséquent^ sont (en quelque sorte) engendrés par un agent d'une autre espèce , comme certaines plantes et certains animaux qui ne sontpasproduitsd'une semence (spécifique) , mais d'une matière ayant des dispositions qui lui tiennent lieu de semence, et sur laquelle s'exerce la vertu active des corps célestes (1). »

« D'autres êtres vivants ont en eux-mêmes la vertu active jointe à la vertu passive de la génération : ce sont les plantes, qui s'engendrent par la semence. La raison de cette jonction des deux sexes dans un même individu est que, la génération étant l'œuvre la plus excellente de la vie des plantes , il est dès lors convenable qu'en elles la vertu active soit en tout temps jointe à la vertu passive de la génération , afin qu'elles

« simul recipit speciem et quantilatem secundum materix conditionem « (I p , q. 78, art. 2, ad 3). » Ainsi donc, piiur faint Thomas, tout composé naturel qui est engendré par la semence, engendre «n corps vivant et a une âme; mai^ la plante engendre par la somi-nce, et engendre un vrai corps vivant; donc la plaute a au-si une ;\ine, cl ccttti Ame est d'une nature lout à fait diCfcreiite de celle des Cormes substantielles des composés inorganiques et non vivants.

(1) " Suiit quœdam vivenda quœ in scijisis non liahent virtufein activam « generatioiiis, sed ah agente alterius speciei generantur -. sicut planta; et ani- « malia , qua» generantur sine semiue ex materia conveniente, per virtutem « activam cœlestium corporum. »

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