‹ La philosophie chrétienneChapitre 113 sur 249 · INFINITE DE LA VERTU GÉNÉUATIVE · texte numérisé non relu

INFINITE DE LA VERTU GÉNÉUATIVE

vue tout à fait du principe propre, intrinsèque du mouvement, la matière subit le mouvement, mais ne le produit pas; est mobile par une force extérieure, et n'est pas se mouvant elle-même, et moins encore pouvant se mouvoir par elle-même. Si donc Fâme de la plante a en elle-même le principe du mouvement, puisqu'elle le confère hors d'elle-même, elle est une substance étrangère à la passivité du mouvement propre à la matière; elle est douée de l'activité du mouvement que la matière ne partage pas ; elle n'est pas matière ; elle est essentiellement et nécessairement immatérielle.

En second lieu, quoique tout ce qui est engendré, dans la nature forpo;-e//e, jaillisse d'une semence, et que rien ne s'y engendre sans semence, cependant, comme saint Thomas va nous l'apprendre plus loin par sa sublime théorie sur la génération, ce n'est pas la semence qui engendre. Loin de cela, l'être vivant ne sort de la semence qu'après que la semence s'est altérée, s'est corrompue, et, comme l'a dit l'Évangile, qu'elle est morte : Nisi granum frnmevti mortuum fuerit. Car toute génération d'un nouvel être se fait parla corruption d'un autre être : Corruptiounius est generatio alterius. La semence est, en quelque sorte, la condition, le véhicule, le moyen matériel de la génération, et non le principe générateur. Ce principe est dans la semence, mais il n'est pas la semence elle-même. Et comment serait-il la semence, lui qui ne se développe et n'étale sa puissance qui confère la vie, qu'autant qu'il s'est dégagé de la semence, et que la semence a disparu, perdu son être et sa forme par la corruption? Mais, si ce principe triomphe de la corruption et sort plein de force et de vie de la semence qui le renfermait, il est donc d'une nature essentiellement différente de celle de la semence. Car l'incorruptible et le corruptible diffèrent essentiellement par leur nature. Si la semence se corrompt, elle est donc matérielle, car la corruption est le partage obligé de la matérialité des choses; et, au contraire, si le principe générateur ne se corrompt pas, il est immatériel, car l'immatérialité est inséparable de l'incorruptibilité. Ce donc en quoi le principe générateur diffère delà semence, c'est qu'il est immatériel. C'est une vertu, ou une puissance, ou une force renfermée dans la matière, se transmettant par la matière, dominant la matière, changeant la

324 § 102. IMMATÉRIALITÉ DE L'aME. LA. GÉNÉRATION.

matière, et l'obligeant à se soumettre à une forme nouvelle, et qui cependant n'est pas matière.

Qu'on n'oppose pas que la matière ne saurait contenir une chose inmiatérielle et lui servir de véhicule. Car, résultat du jeu de la langue et de l'oscillation de l'air, la voix humaine est évidemment un phénomène tout matériel ; et cependant elle porte en elle-même, elle fait passer, de l'esprit de celui qui parle dans l'esprit de celui qui entend, ce qu'il y a de plus immatériel au monde, la pensée, l'idée; on dirait presque l'intelligence ellemême. Et, dans un ordre de choses encore plus élevé, la matière des Sacrements, toute matière véiitable qu'elle suit, ne renferme-t-elle pas aussi et ne transmet-elle pas, en quelque sorte, à l'âme ce qu'il y a de plus spirituel, déplus divin, la grâce; et, serait-ce trop dire, presque Dieu lui-même ?

D'après saint Thomas, qu'on va entendre tout à l'heure, cette vertu générative, déposée dans la semence, mais essentiellement différente de la semence, n'est qu'une impulsion mystérieuse, mais énergique, puissante et indestructible (1), que Tàme du composé générateur y a imprimée, et qu'elle n'a puisée que dans sa propre substance. C'est une espèce de rayonnement de la vertu de 1 ame hors d'elle-même : Virins semini.s est a virtiite animx generantis. Mais on vient de voir que celte vertu est quelque chose d'évidemment immatériel, et que rien d'immatériel ne peut sortir de la matière, en tant que matière, mais qu'elle tient d'un principe immatériel ce qu'elle a l'air de produire audessus de l'ordre matériel. Donc l'âme de tout composé générateur, par cela même qu'elle confère à la semence une vertu imiiiatérielle, est de toute nécessité immatéri(41e elle-même. ' Eu troi&ième lieu, que le lecteur se rappelle ici la théorie scholastique sur I'Infini, que nous avons exposée dans le premier volume (§ 37, p. 266). D'après cette théorie, l'Infini est de deux

(1) Ou >icnt de découvrir, à côté d\ine inoiiiie, iirOc des ancions tombeaux de rh".gNl>le, du Iroiiicid. Ce IVoinent esl donc demeure enloi nu- dans la même Loitc (jut la momie dc[iuis trois mille ans au moins; cqici.daut, avant été semé, il a germé aussi Inen (jne ttuit autre fiomonl de fiaiclie date. Après un si long lijjs (le tdn; s, la vertu générative continue dans celte semence n'a doue rien perdu de son énergie vitale.

Page 1