INFINITE BE LA VERTU GÉNÉRATIVE
espèces : l'Infini en acte et l'Infini en puissance. L'Infini en acte n'est que Dieu et tout ce qiii est à Dieu, car tout est infini en acte en Dieu , et ses attributs , et ses perfections le sont autant que son être. Mais quant à l'Infini en puissance, le Créateur a daigné, dans son ineffable bonté, le partager parmi ses créatures, en leur accordant, non Vactualilé (ce qui n'était pas possible), mais la capacité de l'Infini ou la puissance d'opérer toujours dans le cercle de leur action. Ainsi l'âme humaine, par exemple, peut toujours connaître et toujours aimer; l'activité de son intellect et de sa volonté n'ont pas de bornes, et, être fini en acte, elle est infinie en puissance.
Tout ce qui engendre participe d'une manière toute spéciale à cette singulière prérogative; car la vertu générative, que toute âme puise dans sa propre substance et dépose dans la semence de laquelle doit sortir l'être vivant, est infinie, sinon en acte , an moins en puissance , en tant qu'elle peut se perpétuer ^jwjours , peut se reproduire toujours, et que ses effets ne sont déterminés par aucune limite, ni par rapport au temps, ni par rapport au nombre.
(yest de la vertu générative d'un seul homme que sont sortis les hommes qui, pendant six mille ans, ont traversé la terre, et que sortiront tous les hommes qui la traverseront encore jusqu'à la fin du monde; et si le monde ne devait jamais finir, la même vertu, toujours immortelle au sein de l'humanité dans laquelle son premier chef l'a déposée, pourrait faire naître des hommes à l'infini et pour toute l'éternité.
Qu'on remarque encore que, si le genre humain venait à périr tout entier, un seul couple excepté (comme cela est arrivé au temps du déluge), la vertu génératrice de ce seul couple pourrait peupler de nouveau la terre et mille millions de terres, et toujours, pendant toute une éternité. Le lieu et le temps pourraient lui manquer; mais, à moins d'être étouffée, éteinte par une force supérieure, elle ne ferait jamais défaut ni au temps ni au lieu.
Il en est également de même des animaux et des plantes. Un seul couple de l'espèce chevaline suffirait pour peupler de chevaux , et un seul pommier suffirait pour couvrir de pommiers notre globe, fùt-il mille fois plus grand que le soleil, et cela
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toujours, indéfiniment^ par rapport au temps et par rapport au nombre.
Ainsi donc l'infinité (en puissance) de la vertu générative demeure toujours tout entière dans chaque être générateur; et toute forme du composé animé, ou toute âme, possède en puissance la vertu d'engendrer à l'infini.
Les formes substantielles des composés inanimés ont, elles aussi, comnie on l'a vu, une vertu expansive qui a quelque rapport avec la génération : car la forme de la chair produit et augmente la chair dans le corps de l'animal ; la forme des métaux a produit et augmenté les métaux dans les entrailles de la terre. Mais, outre que ces formes ne produisent rien de vivant, leur force augmentative est enfermée dans certaines limites. La chair ne produit la chair que jusqu'au point où l'animal en a besoin, pour se dédommager de ses pertes, ou pour atteindre la grandeur que la nature lui a déterminée. Et les mines, soit qu'on les suppose des créations primitives, soit qu'on les croie des productions des âges postérieurs du globe, toujours est-il qu'elles ne se prolongent pas indéfiniment, que leurs sillons commencent dans un endroit et finissent dans un autre; toujours est-il qu'une fois qu'on en a extrait le minéral qu'elles contenaient , il ne s'y en reproduit plus, et moins encore, en enterrant une quantité quelconque d'un minéral, peut-on obtenir qu'elle croisse et forme une mine nouvelle. Les formes donc des composés inorganiques non-seulement sont stériles et n'engendrent pas, mais leur augmentation même se trouve arrêtée par le temps et par les lieux, et elles n'ont de vertu infinie pas plus en puissance qu'en acte.
C'est que ce qui est matériel, étant essentiellement tnii de tout côté, ne peut d'aucune manière s'allier à l'infini , ni posséder une vertu infinie d'aucune espèce. Mais si l'infini, même en ^îwî.-îsawce, est essentiellement incompatible avec la matière, et n'est ni ne peut être une propriété de la matière, il est évident que nul être possédant une vertu infinie n'est ni ne peut être matière.
Ainsi donc, par la vie qu'elle transmet, par l'incorruptibilité de sa nature et par l'infinité en puissance de son action, la vertu générative commune à toutes les Ames, aussi bien que leur indivisibilité et leur principe intrinsèque du mouvement, prouvent
INFINITE DE LA VEBTU GÉNERATIVE. 327
évidemment l'immatérialité de leur substance et la simplicité essentielle de leur être.
Indépendamment de ces trois grands arguments qui assurent limmatérialité même à l'âme végétative, l'âme semitive peut en invoquer six autres, et plus décisifs encore, en faveur de son immatérialité.
On a vu que, forme substantielle, et, en même temps, végétative, outre les trois actes communs à toutes les formes substantielles, de substantier, de spécifier et (Vindividiiuliser sa matière, et outre les trois actes de la vie végétative, de nourrir, d'augmenter et de reproduire son corps, l'âme sensitive exerce, en outre, les trois actes qui lui sont propres et spécifiques, les actes de sentir, d'estimer et de se mouvoir progressivement.
Or, comme la faculté intellective est double (car elle est intellect agissant et intellect possible), la faculté sensitive est double, elle aussi, car elle est sens commun (1) et fantaisie; et de mèmeque^ par l'intellect agissant, nous nous formons les idées et distinguons entre elles les idées que nous nous sommes formées, et, par V intellect possible, nous conservons les idées et nous nous en souvenons ; de même, par le sens commun, nous nous formons les fantômes et les distinguons entre eux, et, par la fantaisie, nous conservons les fantômes et nous nous en souvenons. Ainsi donc, comme la faculté intellective , la faculté sensitive exerce, elle aussi, quatre fonctions, savoir, les fonctions : l°de créer les fantômes; 2° de les distinguer; 3" de les conserver, et 4° de s'en souvenir. Or, des six arguments auxquels nous venons de faire allusion, les quatre premiers découlent de ces quatre fonctions de l'acte de sentir ; le cinquième se déduit de la vertu estimative , et le dernier de l'acte de In vertu locomotive. Ce sont ces arguments que nous allons faire valoir maintenant, et d'autant plus volontiers que, par cette exposition, on pourra mieux connaître l'âme de la brute, que, dans les
(1) Ce senx commun 'de Vdme n'a rien à faire avec ce qu'on appelle mlgairement le sens commun des hommes, et (jui est la conformité des jugements et des senlinients de riitnnanilé entière sur ceitaiiis sujets.
328 § 103. IMMATÉRIALITÉ DE l'AME SENSITIVE.
cours ordinaires de philosophie, on laisse trop ignorer, au grand préjudice de 1 ame humaine elle-même, dont la connaissance complète dépend beaucoup de la connaissance préalable des âmes d'un ordre inférieur.