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DIXIÈME CHAPITRE

SDITE DU MÊME SUJET, l'iMMATÉBIALITÉ DES AMES. GRANDE PHI- LOSOPHIE DE LA SEMSATION. DU NOMBRE, DE L'ÉCOTNOMIE DES FACULTES DE l'AME SENSITIVE, ET DE LEURS FONCTIONS. DE l'AME DES BRUTES, ET DE SON IMMATÉRIALITÉ EN PAUTICULIEB.

§ 103. Outre les sens extérieurs, tout animal possède deux sens internes : LE SENS COMMUN ct L\ FANTAISIE. — Tout sens , duns les choses de son ressort , est un témoin fidèle du vrai. — Qu'est-ce que le sens commun interne? son existence et sa double fonction : 1° déformer les fantômes ou de sentir, et T de distinguer tous les sensibles propres des sens. — ]\'écessilé qu'a la brute de sentir, pour accomplir sa fonction spécifique de connaître. — Différente manière de sentir des animaux imparfaits et des animaux parfaits. — Pourquoi ceux-là n'ont que deux ou trois sens, tandis que ceux-ci en ont cinq.

i ARMi les crimes de la philosophie moderne, ce n'est pas le moindre que d'avoir nié toute puissance sensitive inférieure, capable de connaître proprement les objets extérieurs. Elle daigne parler, il est vrai , des sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût, du tact, puisque tout cela se touche du doigt; mais, tout en admettant les sens, en réalité elle méconnaît la sensation. Car, d'après cette philosophie , l'âme est purement passive, par rapport à toute connaissance, tant intellectuelle que sensible, tant universelle que particulière. Connue c'est Dieu qui comprend pour 1 ame, c'est aussi Dieu qui sent pour elle; et les sensations, aussi bien que les idées, ne sont que dos modifications, ou plutôt des joux de l'action divine sur le corps, aussi bien que sur l'âme de l'honnue.

La philosophie chrétienne est à labri de ce reproche ; elle ex-

plique tout, et ne nie rien. C'est pourquoi elle seule est philosophie, et vraie philosophie. Loin donc de nier la réalité de l'action des sens extérieurs, elle établit l'existence de plusieurs se7is intérieurs, et soutient avec le même zèle l'activité de Tâme sensitive par rapport à la sensation, que l'activité de l'âme intellectuelle par rapport à l'intelligence.

Plein d'égards pour Aristote, le philosophe des croyances universelles de l'humanité... lorsqu'il ne s'égare pas, saint Thomas a donné sa théorie sur le nombre des sens internes de l'âme sensitive, et en énumère quatre, savoir : le sens commvn, la fantaisie, la vertu cogitative et la mémoire. Mais cette division présente un double inconvénient. D'une part, elle ne distingue pas assez la vertu sensitive proprement dite, ou la vertu de l'âme sensilive de transformer en fantômes immatériels les impressions des objets matériels ; et , de l'autre, elle place parmi les fonctions sensiiives la vertu cogitative, qui, d'après saint Thomas lui-même, s'exerce sur des choses non senties {insensatas), et qui est plutôt du ressort de la faculté estimative, le deuxième acte de la vie sensitive. C'est pourquoi le saint docteur s'est, dans la suite, éloigné de cette théorie, et, à en juger par l'ensemble de sa propre doctrine sur la sensation, pour lui les sens internes ne sont en réalité que deux , le sens commun et la fantaisie, exerçant chacun la double fonction que nous venons d'indiquer : le SENS COMMUN, la fouctiou de former et de distinguer les fantômes; la FANTAISIE, la faculté de les conserver et de s'en souvenir. Nous suivrons ici cette division, et, tout en établissant la réalité de ces deux sens et de leurs fonctions respectives, nous en déduirons des preuves de tout genre en faveur de Vimmatérialité de l'âme sensitive. Mais, avant d'entrer en matière, nous devons rappeler la doctrine scholastique sur le sensible, qu'ailleurs nous n'avons pu qu'indiquer, et qu'il faut avoir toujours présente lorsqu'il s'agit de la sensation.

Le sensible, d'après cette doctrine , esl de deux espèces : il est commun ou propre. Le sensible commun est ce qui peut être perçu par plusieurs sens, comme la distance et la figure d'un corps, qui peuvent être jugées par la vue aussi bien que par le tact. Le sensible propre est ce dont le jugement appartient exclusivement à un sens, et qui ne peut être saisi par un autre sens;

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