‹ La philosophie chrétienneChapitre 116 sur 249 · IMMATÉRIALITÉ DE L'AME 8ENSIT1VE · texte numérisé non relu

IMMATÉRIALITÉ DE L'AME 8ENSIT1VE

c'est ainsi qu'on ne peut percevoir les couleurs que par la vue, les saveurs que par le goût, les odeurs que par l'odorat; et que le mouvement, la distance, l'intégrité, la grandeur^ le poids, la forme extérieure, la dureté, la mollesse, la chaleur, le froid, les qualités tangibles, en un mot, des objets sensibles ne peuvent être jugées, iV une manière certaine, que par le toucher.

De là, ce canon de la philosopliie scholastique : Que les sens sains, employés à une certaine distance, ne nous trompent jamais, tant que nous ne leur demandons que le témoignage de leur sensible propre : SeJiaus, circa aensibile proprhim, semper est vcrus; et qu'ils ne nous égarent que lorsque nous exigeons qu'ils nous attestent un sensible qui n'est pas de leur ressort. Si nous nous rapportons à la vue pour juger de la distance, de la grandeur, de la tigure d'un objet , nous pouvons en être trompés. A une grande distance, une tour carrée nous parait ronde ; le cou blanc de la colombe, diversement coloré; ce qui est grand, petit; ce qui ne se meut pas, se mouvant; ce qui est éloigné, tout [)rès ; le bâton plongé dans l'eau nous semble cassé. C'est que le jugement de ces accidents des objets extérieurs n'appartient pas à la vue, mais au tact. En effet, si nous y appliquons le tact, si nous mesurons la distance par bra<<, \i^v i^ieds, si nous j)r('nons l'objet dans nos mains, si nous touchons le bâton, même pendant qu'il est plongé dans l'eau , nous reconnaîtrons d'une manière certaine tous les accidents des objets; car, dans le jugement des qualités tangibles, le toucher ne trompe jamais, ni la vue non plus, par rapport aux vraies couleurs des objets regardés de près. Cela posé, voici la théorie scholastique sur le skns COMMUN d'abord.

L'anatomie a constaté qu'il existe, dans tous les animaux parfaits, et particulièrement danslhonnne, différents nerfs partant de chacun de nos sens et aboutissant au cerveau. Ces nerfs sont les véhicules nécessaires des sensations. C'est par le nerf optiqve que passent dans Tâmc les sensations des couleurs. Le nerf auditif lui transmet les sensations des sons. Les nerfs olfactifs lui font arriver les sensations des odeurs, et les nerfs du tact, qui s'étendent à tous les points du corps, et ceux du goût, sont les moyens'par lesquels l'Ame sensitive perçoit toutes les sensations des saveurs et des impressions variées des objets tangibles.

La preuve en est que^ dès l'instant où , par une cause quelconque, l'un de ces nerfs ne peut plus fonctionner, l'âme ne reçoit aucune des espèces sensibles qu'il est chargé de lui faire parvenir. Ainsi, la paralysie du nerf optique entraîne la perte de la vue ; Poreille devient dure, au fur et à mesure que le nerf auditif s'affaiblit. 11 en est de même des autres sensations : elles cessent aussitôt que les nerfs qui leur sont propres se sont altérés.

Ces nerfs sont donc des organes, des conducteurs entre la faculté sensitive et la sensible. Mais ces nerfs, qui se répandent par tous les sens, et même par tout le corps, sortent tous du cerveau, comme de leur principe commun, et refluent au cerveau comme à leur terme commun. Tout en étant donc des organes des différents sens particuliers, ils constituent ensemble un orf/ane commun. Par conséquent, outre les organes propres aux sensations particulières, il existe aussi, dans le corps de tout animal parfait, un organe commun de toutes les sensations, de quelque part et de quelque sens particulier qu'elles arrivent.

L'expérience apprend que, comme, le nerf propre de chaque sens une fois lésé, l'animal ne connaît plus le sensible propre de ce sens; de même, le cerveau troublé, toute l'économie sensitive est troublée et même interdite. Comme donc les nerfs sont les organes de puissances ou de sens particuliers, le cerveau est l'organe d'une puissance ou d'un sens commun.

Or « les puissances de l'âme, dit saint Thomas, n'existent pas pour les organes, mais ce sont les organes qui existent pour les puissances. Par conséquent l'être animé n'a pas différentes puissances parce qu'il a différents organes, mais, par contre, il a différents organes parce qu'il a différentes puissances à faire jouer. La nature n'a donc mis à sa disposition une grande diversité d'organes qu'en vue de la variété des puissances dont elle l'a doué; et pareillement elle n'a donné aux divers sens divers moyens pour sentir, que toujours dans l'intention de les rendre des organes convenables pour les actes des puissances (1). »

(1) "Non eiii n potentùie ^unt propter orgaiia, sed organa i)ropter potentias. limle non propter hoc siiiit tliversa3 potenlife, quia siint diversa organ;), et ideo natura in tituit diversitatein organornm nt congrueret diversitati potenlia-

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