‹ La philosophie chrétienneChapitre 122 sur 249 · PBOUVÉE PAR S\ FACULTÉ DE SENTIR · texte numérisé non relu

PBOUVÉE PAR S\ FACULTÉ DE SENTIR

porels, par les sens , la sensation ne saurait être qu'un phénomène tout corporel. Car ce qui implique contradiction est que la matière soit cause efficiente, principe actif, mais non qu'elle soit caiise instrumentale, organique d'un effet immatériel. Car le sculpteur ne parvient-il pas. à l'aide du ciseau, à traduire dans le marbre ses propres pensées, à y tracer des sentiments , des passions, et presque à lui donner la vie et à le faire parler ? Le peintre n'en fait-il pas autant à l'aide du crayon et des couleurs? Voilà donc des phénomènes qui, pour être obtenus avec le secours d'instruments tout à fait matériels, n'en sont pas moins des phénomènes intentionnels, spirituels eux-mêmes. C'est ainsi que, pour être accomplie par l'organe du corps, la sensation n'en est pas moins l'œuvre d'un principe incorporel, et n'en est pas moins un phénomène incorporel elle-même.

Enfin, comme, seule, une puissance universelle peut former une conception universelle; seule aussi, une puissance immatérielle peut former une conception immatérielle ; et, comme l'universalité d'es conceptions que se forme l'âme intellectiveest une preuve sans réplique d'i sa nature universelle , l'immatérialité des conceptions que se forme l'àme sensilive est une preuve sans réplique de sa nature immatérielle.

Nul être ne peut donner ni transmettre ce qu'il n'a pas. Le matériel donc, qui n'a rien de spirituel, ne peut produire le spirituel, pas plus que le spiritueî, qui n'a rien de matériel , ne peut produire, de soi, le matériel. Si donc l'àme sensitive se forme, engendre, en quelque sorte d'elle-même, en elle-même, les fantômes, qui sont des conceptions immatérielles, c'est qu'elle est immatérielle elle-même.

§ 105. De la seconde fonction chi sens mtériexn\ de dislingner les différents sensibles. — La brûle exerce, elle aussi, cette fonction. — Trois arguments qui en résultent enjuveur de iitnmatérialite de son dnie.

C'est un fait que nous distinguons non-seulement les différentes espèces du sensible propre de chacun de nos sens, mais encore le sensible propre d'un sens, du sensible propre des autres sens. Non - seulement nous distinguons les différentes couleurs qui sont le sensible propre de la vue, mais aussi les

344 § 105. IMMATÉRIALITÉ DB l'AMK SENSITIVE '

couleurs, des sons qui sont le sensible propre de l'ouïe ; les sons, des odeurs qui sont le sensible propre de l'odorat ; et les odeurs, des saveurs et de toutes les impressions que produisent sur noire corps les qualités sensibles, et qui forment le sensible propre du goùl et du toucber.

Or il est certain que chaque sens particulier ne peut distinguer que son propre sensible. Par la vue nous ne pouvons distinguer que le blanc du noir, le vert du rouge ; mais nous ne pouvons distinguer les couleurs, des sons, des saveurs, des odeurs, et vice versa. Si donc nous distinguons non-seulement les différentes espèces du sensible propre de chaque sens, mais encore les différentes espèces du sensible propre de chaque sens , des différentes espèces de sensible propre de tous les autres sens , cela ne peut se faire par aucun des cinq sens particuliers, dont l'opération est bornée au sensible propre, et ne peut la dépasser ; mais, par un autre sens, tout à fait différent des cinq sens particuliers, et dont l'action n'est déterminée à aucun sensible propre, mais s'étend aux sensibles propres de tous les sens, pour les comparer entre eux, pour les discerner et les juger. Et ce sens est le sens commun.

Ce raisonnement appartient à saint Thomas. « Le sens propre, dit-il , ne juge que de son projyre sensible et ne distingue les impressions de ce sensible que des impressions du même sensible qu'on reçoit par le même sens. Ainsi la vue , par exemple, distingue bien le blnnc du noir et du vert , mais elle ne peut distinguer le blanc du dmix, pas plus que le goût ne peut distinguer Vanier du rouge. C'est que, pour discerner deux choses, il faut les connaître toutes les deux, et, le sensible propre de la vue n'étant que la couleur, comme le sensible propre du goût n'est que la saveur, ni la vue ne connaît les saveurs, ni le goût les couleurs, et par conséquent ils ne peuvent les discerner. Il faut donc attribuer le discernement de toutes les sensations à un sens qui connaît, en même temps, tous les sensibles propres de chaque sens particulier, et il faut admettre qu'au sens conimuji seul appartient la faculté de distinguer les sensations qu'on reçoit par les différents sens et de les juger, parce que c'est à ce sens commun que vont aboutir, connue à leur terme commun, toutes les appréhensions de sens, et que c'est

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