IMMATÉRIALITÉ DE L'AME SE^SITIVE
ne les sent. Vous pouvez chauffer une pierre, et, en même temps y sculpter des figures saillantes, la peindre avec les plus éclatantes couleurs, et répandie sur elle des substances douces ou odoriférantes: mais elle ne saurait distinguer la chaleur, des formes et des couleurs; les saveurs, des odeurs que vous lui avez données, pas plus qu'elle ne saurait les sentir. La distinction des impressions des objets sensibles répugne à la matière, autant que leur sensation. Et comment distinguer ce qu'on ne sent pas? L'être donc qui, comme l'âme sensitive, non-seulement sent, c'est-à-dire, reçoit les objets extérieurs selon leur être spirituel, mais en distingue les différentes impressions, n'est ni ne peut être matière.
En secondlieUjdiscerner, c'est séparer intentionnellement deux ou plusieurs choses qu'on connaît. Il n'y a donc pas de discernement possible sans connaissance. Mais la matière ne connaît ni ne peut connaître ; elle ne peut donc rien discerner. Par conséquent, par cela même que toute âme sensitive discerne les sensations qu'elle reçoit, elle n'est ni ne peut être matérielle.
En troisième lieu, s'il est impossible, dit toujours saint Thomas, que nous distinguions les saveurs des couleurs, par exemple, au moyen de différentes facultés ou de différents sens, il est évident querette distinction ne peut être que l'œuvre d'une seule et môme faculté. Car, si elle était ie résultat de facultés différentes, ce serait comme si différents hommes sentaient en nous, Tun les saveurs, l'autre les couleurs; ce ne serait pas une seule et même âme qui distinguerait les saveurs des couleurs, les couleurs et les saveurs des odeurs et des sons, et ce ne serait plus la même qui prononcerait en elle-même cette proposition : «La couleur « est une chose toute différente de la saveur. » Afin donc que ce soit le même individu qui prononce cette distinction, il faut que ce soit le même individu qui la sente. Et, comme il est de toute nécessité que le même individu qui dit les deux choses les connaisse toutes les deux , il est de toute nécessité que ce soit par une seule et même puissance que tout cela se fasse.
Mais l'unité n'appartient à la matière que dans un sens trèslarge et très-étendu; dans le sens vrai et réel, toute substance matérielle, étant divisible en parties, est composée de parties, et dès lors elle n'est pas .une. Seule, la substance immatérielle, ne pou-