PROUVÉE PAR SA FACULTÉ DE DISTINGUER LES SENSIBLES
vant être partagée, est réellement une. Si donc la faculté du SENS COMMUN u'cst ct nc pcut être qu'une, elle est faculté immatérielle, et l'âme qui en jouit est de toute nécessité immatérielle aussi.
§ 106. Qu'est-ce qïie la FANTAisrE et sa destination? — Les fantômes s'y tracent d'une manière spirituelle. — Preuve que les brûles conservent de In même manière les fantômes dans leur fantaisie. — Triple impossibilité qu'une telle facullé soit le propre de la substance matérielle.
De même que l'intellect non-seulement se forme et distingue, mais encore conserve en lui les conceptions générales, les idées, même dans l'absence des objets particuliers; de même la faculté sensitive de lame non-seulement se forme et distingue, mais encore conserve en elle-même les conceptions spirituelles, les images, les espèces des objets matériels, même lorsque ces objets n'affectent plus ses sens.
Tout homme peut, en effet, quand il lui plaît, se rappeler les images des corps qui autrefois ont frappé ses sens, et penser aux personnes, aux choses, aux lieux connus et dont il se trouve éloigné. Pendant le sommeil ces mêmes o!)jets lui apparaissent et l'émeuvent, comme pendant la veille. Or, dans l'éloignement des objets qu'elles représentent, dans l'inaction complète, dans le repos absolu des sens, ces réminiscences, ces l'eprèsentations ne peuvent être attribuées à des sensations continuées; il faut donc de toute nécessité admettre: I" que les conceptions intentionnelles, les images des choses sensibles, reçues en nous par les sens, demeurent en nous, même lorsque nous ne sommes plus physiquement impressionnés par ces mêmes choses, et 2° que nous avons en nous une puissance, une faculté dans laquelle nous conservons ces conceptions spirituelles, ces images des choses matérielles : connue nous avons en nous la puissance, la facullé dans laquelle nous conservons les conceptions universelles, les idées des choses particulières.
Ainsi donc, comme la vertu intellcctive, la vertu sensitive est double, elle aussi ; et, comme l 'intellect, elle aussi est agissanle et possible. Seulement cette faculté, qui est avec la vertu
3(8 § 106. IMMATÉRIALITÉ DE l'AME SBNSITIVE.
qui forme en nous les images dans le même rapport que VinteUecl possible est avec la vertu qui forme en nous les idées, s'appelle phantasie, même dans le français ancien; et, dans le moderna, fantaisie {\), Ce beau mot, d'origine grecque, lire son étymologie du mot tt.avTâCo[xai, apparaître, parce que c'est dans et par cette faculté que les choses sensibles nous apparaissent sous une forme intentionnelle et sensible : « La destinée de la « fantaisie ou de l'imagination ( deux mots qui signifient la <i même chose), est, dit saint Thomas, celle de retenir les formes « intentionnelles des choses sensibles. Ainsi donc la fantaisie ou 0 l'imagination est une espèce de trésor des formes des choses « perçues par les sens (2). »
Mais ces fantômes ne s'impriment pas dans la fantaisie comme les images des objets se retiacent exactement sur le papier par la photographie. Les images photographiques sont tout à lait matérielles. Elles laissent conjecturer les mouvements, les sentiments, les habitudes, les rapports, la parole et même la vie des objets qu'elles représentent; mais rien ne se meut en elles, rien n'y sent, rien n'y opère, rien ne s'y rapporte, rien n'y parle, rien n'y vit : tandis que les fantômes tracés dans la fantaisie nous rappellent lesol)jets se mouvant, sentant, témoignant des habitudes et des rapports, parlant, raisonnant, agissant, vivant. La preuve en est que, excités dans l'ànie par les organes de la fantaisie pendant le sommeil, ils nous font assister en rêve à toutes les scènes de la vie par lesquelles nous sommes passés, étant éveillés. Ils nous les répètent avec autant de vivacité que nous les avons aperçues la première fois. Naus en éprouvons les mêmes sensations de plaisir on de douleur, les mêmes senti -
(1) On lit dans le Dictionnaire de l'Acaciénùe : « Tant^isie, lima inatioii, n la lacullé imaginalive de, l'Iioinnie. Il n'est guère d'usage, en ce sens, que « dans la didactique, et quelques-uns écrivent p/unilasie, suivant l'étymo- « logie. Lh fanlaisie e.st le réceptacle des images. Ce sens a vieilli. • Tant pis pour la sciene psychologique, et inôiue pour la langue franç;ii.se, qui n'a rien gagné à laisser tomber en di'-suétude un tel sons du tuoi /nu f a isie.
(2) « Ad formaruni sensihiiium reteiitioiiem aul coMser>ationem ordinatur n p/innfasia, sive imaginatio, qi a' i'em suitt. Est aulem plianta^ia, sive iina- « ginaiio, quasi thésaurus quidam lormarum, per sensum acceptarum (Ip., « q 78, ait. 4). »