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LA FANTAISIE CONSERVE SPIRITUELLEMENT LES FANTOMES

ments de joie ou de tristesse, de sympathie ou d'horreur, que lorsqu'ils nous ont impressionnés dans leur réalité.

Or il est évident que les fantômes ne sauraient produire aucun de ces phénomènes, s'ils n'étaient que des impressions purenients matérielles, sur lesquelles l'âme serait appelée à jeter un regard. Il est évident qu'ils ont quelque chose d'intentionnel, de spirituel; car, seul, ce qui est spirituel et intentionnel peut représenter en réalité et en action le sentiment, l'acte, la parole parlée, la parole entendue, les rapports des êtres, les sensations, les espèces, les idées, parce que tout cela est souverainement intentioimel et spirituel.

La brute rêve, pendant le sommeil, aussi bien que l'homme. Le chien dormant aboie ou se plaint, prend un air doux ou menaçant, se montre triste ou gai et fait des mouvements qui attestent qu'il est impressionné par les fantômes des mêmes objets qui déterminent ses aboiements ou ses cris plaintifs, sa docilité ou ses emportements, sa tristesse ou sa gaîté et tous ses mouvements lorsqu'il est éveillé. Il en est de même des poules, des oiseaux, qui poussent des cris j)endant le sommeil, et d'autres animaux, qui, par leur attitude et jiar leurs mouvements, nous laissent deviner que, tout en dormant, ils rêvent le pénible ou le délectable. La brute a donc une fantaisie aussi réelle et même plus vive que celle de l'homme ; dans sa fantaisie les fantômes des objets extérieurs s'impriment même d'une manière plus profonde, plus tenace, plus ineffaçable, et, par conséquent aussi, d'une manière aussi dépouillée de toute matérialité que dans la fantaisie humaine.

Mais le matériel ne saurait conserver en lui l'immatériel, pas plus qu'il ne saurait le produire. Des intentions, des conceptions, des espèces , des idées , des rapports , même d'êtres particuliers et sensibles, ne sauraient demeurer imprimés sur le cervelet, ou sur les nerfs cérébraux ou sur une partie matérielle quelconque du corps.

Comme tout récipient corporel ne reçoit que d'après la grandeur de sa capacité, tout récipient spirituel ne reçoit que d'après la nature de ses facultés. Comme donc une puissance universelle ne peut recevoir le particulier que d'une manière univers elle, une puissance immatérielle ne peut recevoir le matériel

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que d'une manière immatérielle. C'est pourquoi, ainsi que nous l'avons fjrouvé, comme les espèces des objets particuliers ne sont reçues dans l'âme inteliective qu'après que Vintellect agissant les a transformées en conceptions universelles, en idées; les impressions des objets matériels ne sont reçues dans l'âme sensitive qu'après que le sens intérieur les a transformées en fantômes ou en conceptions immatérielles. De même donc que, de ce que Vintellect-pomble , qui est en quelque sorte la fantaisie de l'àme inteliective, ne reçoit et ne conserve en lui que des conceptions univers(;lles, on conclut, de toute nécessité, qu'il est puissance universelle; de même, de ce que la fantaisie, qui est en quelque sorte l'intellect possible de l'âme sensitive, ne reçoit et ne conserve en elle que des conceptions immatérielles, on doit, de toute nécessité, conclure qu'elle aussi est puissance inmiatérielle.

On pourrait opposer que saint Thomas parle de la fantaisie comme dune puissance toute corporelle ; mais il faut faire attention d'abord que, comme nous l'avons fait remarquer d'après saint Thomas lui-même, tout ce qui est corps est bien corporel, mais que tout ce qui est corporel n'est pas corps, et moins encore matière. Car on dit corporel non-seulement tout corps, nwis encore tout ce qui, n'étant pas corps, a cependant un rapport quelconque au corps : comme rintellect humain, qui n'est certainement pas corps, se dit pourtant corporel, parce qu'il est destiné à être uni au corps et qu'il a un rapport de natiu'eavec le corps; tandis que l'intellect angéhque, qui, n'ayant aucun rapport naturel avec le corps, non-seulement n'est pas corps, pas'plus que l'intellect humain, mais est aussi incorporel. Or la fantaisie est une puissance qui a rapport au corps, parce qu'à la différence de l'intellect, qui n'emploie aucun organe corporel pour accomplir la fonction de comprendre, elle se sert de l'organe corporel du cerveau pour recevoir les espèces sensibles et les conserver; donc elle est, et saint Thomas a bien pu l'appeler « corporelle », sans que, pour cela, elle suit corps o& matière elle-même.

En second lieu, dans le langage scholastique, le moi fan/ a isie, aussi bien que le mot sens, tantôt signifie la faculté et tantôt l'organe par lequel elle s'exerce. Or, dans ce second sens, on

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