PROUVEE PAR LES ACTES ANIMAUX
citif exclut donc formellement tout mélange de matière : car, comme l'idée, ou la conception générale, n'apparaît dans l'intellect qu'après que le fantôme dont on l'extrait a perdu toute condition de particularité; de même le fantôme, ou la conception intentionnelle de l'objet matériel, ne se présente à la fantaisie qu'après qu'il a déposé toute condition de matérialité : et, comme l'impossibilité, de la part de l'intellect, de rien accepter qui ne soit universel prouve que la puissance intellective qui détermine la volonté est une puissance universelle; de même l'impossibibité, de la part de la fantaisie, de rien percevoir qui ne soit immatériel prouve évidemment que la faculté sensitive qui meut les organes est une faculté immatérielle.
En outre, on observera que l'animal ne connaît pas d'une manière quelconque l'objet qu'il appète ou repousse; mais que, s'il cherche à s'en approcher ou bien à s'en éloigner par le mouvement, c'est qu'il le connaît déjà dans ses rapports avec ce qui est utile ou bien nuisible à sa propre conservation et à son bien-être; en un mot qu'il le reconnaît comme fin immédiate de ses opérations. Voilà donc la puissance appréhendante de l'animal possédant en elle-même l'objet matériel sous le rapport de fin, c'est-à-dire sous le rapport non-seulement le plus spirituel, mais encore, en quelque sorte, le plus rationnel. Comment donc l'âme de la brute, capable de connaître les objets matériels d'une manière si immatérielle, ne serait-elle pas immatérielle elle-même?
Enfin notre lecteur sait déjà que tout composé vivant a en lui-même le principe du mouvement, et que vivre, c'est se mouvoir en vertu d'un principe intime et intrinsèque à l'être vivant. Mais tous les composés vivants n'exécutent pas leurs mouvements de la même manière. La plante se meut bien en toutes les directions, en vertu d'un principe intime et intrinsèque ; mais elle ne sew/ pas, ne connaît pas son mouvement. La brute se meut bien, elle aussi, en vertu d'un principe intime et intrinsèque, comme la plante , et de plus, elle senf, elle connaît son mouvement; mais elle n'est pas maîtresse du mouvement contraire à celui qu'elle accomplit. L'homme enfin se meut bien extérieurement et intérieurement, en vertu d'un principe intime et intrinsèque comme la plante ; il sent, il connaît son mouvement comme
374 § no. IMMA.TÉRIALTTÉ DE l'AME SENSITIYE
la brute, et, de plus , en se mouvant dans un sens, il demeure toujours maître de se mouvoir dans un sens contraire, et de ne se mouvoir point du tout. Le mouvement de la plante est donc seulement propre à son individualité; le mouvement de la brute d" abord lui est propre, et, de plus, il est spon/ané; les mouvements de l'homme sont à la fois propres, spontanés et libres.
enverra plus loin pourquoi, parmi tous les composés vivants, l'homme seul jouit de la liberté de ses mouvements, et pourquoi le mouvement de la brute ne peut dépasser la spontanéité m atteindre la liberté. Pour l'instant, il nous suffit d observer que, s'il n'est pas simultanément libre comme celui de l'homme, et s'il n'est pas seulement propre conmie celui de la plante , il est au moins essentiellement spontané. C'est, nous le répétons, parce que la brute sent et connaît son mouvement , et que tout mouvement que le composé animé accomplit, en vertu de sa faculté de sentir et de connaître, est spontané.
En effet, laissé à lui-même, libre de toute contrainte extérieure , c'est par lui-même, et sans y être déterminé par aucune force externe, que l'animal change de posture ou de lieu, se couche ou se lève, marche ou s'arrête, court ou va lentement, monte ou descend, mange et boit ou s'abstient de boire et de manger, sort de son habiiation ou y revient, cherche son semblable ou l'évite, poursuit un autre animal ou le dédaigne, s'attache à l'homme ou le fuit, le caresse ou le combat.
Certainement, dans tous ces mouvements, il ne fait qu'obéir nécessairement à son instinct; il est poussé par l'appétit, comme l'appétit est éveillé par le fantôme, par l'image d'une sensation éprouvée ou d'une sensation à éprouver, et il ne peut se mouvoir d'une façon différente de celle dont il se meut. Mais rien de tout cela n'empêche que, sans être libre, son mouvement ne soit pas au moins spontané; en d'autres termes, rien n'empêche que tout animal parfait ne soit lui-même le vrai auteur de ses changements, si nuiltiples et si varies, touchant la situation de son corps ou la place qu'il occupe, et que, tout en manquant de la liberté, l'activité lui appartienne et lui soit essentielle et propre.
Or cette activité répugne essentiellement à la matière. Rien de ce qui est matériel n'est et ne peut être actif par sor. Au