‹ La philosophie chrétienneChapitre 144 sur 249 · BBREUR ET VERITE PAR LE MEME AUTEUR · texte numérisé non relu

BBREUR ET VERITE PAR LE MEME AUTEUR

qui a plané si haut dans les régions de la théologie, ne s'est pas trop élevé au-dessus des étranges opinions de son temps, touchant la philosophie. N'avons-nous donc pas un droit plus légitime et plus incontestable que notre adversaire, de dire à notre tour : // n'y a pas de controversiste plus grand que Bossuet; mais son autorité comme philosophe est bien moindre. Le système de Descartes sur l'âme des brutes, même amoidé par Bossuet , ne mérite pas une foi aveugle : et ici nous sommes libres de nos critiques et de notre choix. Je ne crois donc pas manquer de respect à ce grand esprit, en discutant sa théorie sur les animaux.

En second lieu, quelque grand que soit l'esprit de Bossuet, il est toujours , personne n'osera le contester, à une énorme distance du grand esprit de saint Thomas. Sans parler des Tertullien et des Origène, les Bellarmin et les Suarez valent bien Bossuet. Saint Thomas est sans rivaux parmi les docteurs chrétiens. Bossuet est l'un des plus brillants anneaux de la tradition catholique: saint Thomas est, en quelque sorte, à lui seul, toute cette tradition; c'est, comme on l'a dit, la science caiholique incarnée, et le reflet le plus fidèle et le plus co./ipleù de la Hévélution; c'est à ce titre que le concile de Trente lui a accordé l'hoimeur unique de placer sa Sommk à côté de la Bible. Or, si le semi-rationalisme s-'esl. proclamé libre de ses critiques à l'égard de saint Thomas philosophe, et n'a pas cru manquer de respect envers ce grand esprit en discutant sa théorie sur la connaissatice ; pourquoi ne serions-nous pas libre de nos critiques à l'égard de Bossuet philosophe, et ne pourrions-nous pas, sans manquer de respect à un si grand esprit, discuter sa doctrine sur les brutes ?

Troisièmement , on a vu que, dans ses critiques à i'éga/d de saint Thomas, et dans sa di.'^cussiou de la théorie de la connaissance de. ce grand esprit, le semi-rationalisme n'a eu d'autre but que de démolir la vraie doctrine de saint Thomas sur les idées, au profit de la doctrine erronée de Malebranche sur le même sujet, condanmée pur l'Église : tandis que nos observations sur certaines doctrines psychologiques de Bossuet n'ont d'autie but que d'éclaircir et d'al'fermii' davantage la vraie doctrine du genre humain, de tous les philosophes chrétiens et de la Bible elle-même, sur l'âme des brutes, considérée dans ses

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vrais rapports avec l'âme humaine. Pourquoi donc ne nous serait-il pas permis, à nous autres aussi, de faire, dans l'intérêt d'une importante vérité, ce que le semi-rationalisme s'est cru autorisé à faire, dans l'intérêt d'une colossale erreur?

Quatrièmement, si cet examen ne tourne pas à la plus grande gloire du savoir philosophique de Bossuet, à qui la faute, si ce n'est aux imprudents amis de ce grand homme, qui font , d'une de ses opinions les moins réfléchies, une arme contre une des plus universelles et plus constantes croyances de l'humanité, et qui , voulant élayer une grande erreur de Descaries par le suffrage de Bossuet, compromettent Bossuet, sans parvenir à réhabiliter Descartes? Quant à nous, nous avons pour nous le droit et même le devoir qu'a tout défenseur d'une cause juste, d'amoindrir le plus possible, en restant dans les limites de la vérité et du respect , l'autorité de certains témoins à charge que l'accusation s'est donné le tort de faire intervenir dans le débat.

Enfin l'on sait que le Traité de la connaissance de Dieu, etc., ainsi que la Défense de la déclaration, etc., n'ont été publiés que vingt ans après la mort de Bossuet, par son indigne neveu. Peut-être n'était-ce qu'un ouvrage informe, un recueil de noies sur un tel sujet. Dans toui les cas, Bossuet ne l'ayant pas fait imprimer de son vivant, il est évident quil comptait y revenir, le retoucher, et qu'en attendant il ne le jugeait pas digne de la publicité. Ainsi on ne l'a édité, tel quel, que contre l'intention bien manifeste de Bossuet. Or un écrit publié contre l'intention de son auteur ne peut être considéré comme son ouvrage. Moralement il n'est pas à lui, lors même qu'il se trouve écrit de sa main; ce n'est donc pas au vrai Bossuet, mais à un Bossuet d'emprunt, à un Bossuet malgré lui, que nous aurons affaire ici. Par conséquent, encore une fois, nous sommes on ne peut plus libre dans nos critiques, et nous ne croyons pas manquer de respect à un grand esprit en discutant ce qu'on a publié sous son nom touchant les brutes : d'autant plus que nous n'userons (le cette liberté qu'autant qu'il sera strictement nécessaire d'en user pour faire justice de quelques doctrines erronées, et pour éclaircir et affermir toujours davantage une importante vérité.

En parlant de l'instinct des animaux, Bossuet aurait dit; « Il

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