LES CONSÉQUENCES FUNESTES DU CARTÉSIANISME
«contre l'Église, sous le nom de philosophie cartésienne.» On ne peut donc comprendre qu'il ait donné lui-même dans une des plus grossières erreurs de cette même philosophie, dont il avait deviné la mauvaise nature et prévu les funestes effets.
Ce que nous nous expliquons très-bien, c'est la confusion des idées les plus simples, c'est l'oubli des notions les plus communes, ce sont les contradictions, les non-sens, les sophismes que nous venons de combattre. L'erreur ne peut être défendue que par de tels moyens et à ces conditions , et le génie lui-même ne saurait échapper à celte loi.
Ce que nous nous expliquons encore mieux, c'est que le cartésianisme, dès l'instant de son apparition, ait fait bien du mal en France. Heureusement laigle plane trop haut pour être atteint par la chauve-souris. Mais ce n'est pas la faute de ce sombre système de n'avoir pu que piquer au talon du génie, de n'avoir pu faire tourner la tête à un grand homme de l'Eglise, et de n'avoir pu accomplir, à son égard, l'oracle de ce même homme, que « la philosophie cartésienne aurait porté malheur à l'Rglise. »
Ce que nous nous expliquons encore davantage, ce sont les conséquences dangereuses qu'on pouvait tirer et qu'on a tirées, en effet, de cette nouvelle doctrine. Car il est évident que, s'il était vrai, comme l'a enseigné Descartes, que les fantômes ouïes conceptions intentionnelles et immatérielles ne sont reçus que dans la matière du cerveau de la brute, il pourrait aussi être vrai, pour certaines têtes, que les idées ou les conceptions universelles et immatérielles peuvent être reçues dans la matière du cerveau de l'homme. Il est évident que, sentir n'étant que connaître, si la matière peut sentir et connaître, on pouri ait en conclure qu'elle peut aussi penser. Il est évident que la théorie de la matière sentante de Descartes a été la préface de la doctrine de la matière pensante de Locke, et que le matérialisme du dix-huitième siècle, loucliant l'âme humaine, est sorti tout naturellement, comme Minerve du cerveau de Jupiter, du matérialisme du dix-septième siècle touchant l'âme des brutes.
Maintenant nous allons résumer cette longue et importante discussion sur l'inmiaterialité de l'âme de la plante et de la
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brute, et nous en ferons rejaillir de nouveaux traits de lumière en faveur de l'iinmatérialité de l'âme humaine.
§110. Ap/iltcation des doctrines exposées, sur l'immatérialité de V âme des brutes et des plantes, à la thèse de la spiritualité de l'âme humaine. — Arguments sans réplique en faveur de cette thèse, résultant des choses établies touchant la vertu géncralive des plantes et la /acuité sensitive et la force estimative des brutes.
Les partisans de Terreur de la pluralité des âmes dans l'homme, que nous avons réfutés plus haut (chap. viii) , n'ont pas compris que, de même que, d'après le proverbe, une petite somme est renfermée dans une plus grande somme d'argent, summa minor contiiielur in majori , de même toute force ou toute vertu inférieure est renfermée, est supposée exister dans une force, dans une vertu supérieure. Ainsi donc l'âme humaine, étant la plus noble, la plus puissante de toutes les formes unies à la matière, renferme en elle-même toute la vertu, toute la force, tous les actes des formes inférieures; et, tandis que les formes des composés inorganiques n'accomplissent, comme on l'a vu, que trois actes; tandis que la forme végétative, plus noble que ces formes, en exécute six ; tandis que la forme sensitive, plus noble encore , est capable de neuf actes ; l'âme intellective, la plus élevée, en dignité et en force, parmi toutes les formes substanlielles, dispose à elle seule de douze actes, et n'a pas besoin d'autres formes substantielles dans le même sujet, mais se suffit à elle-même, pour être à la fois forme substantielle, forme végétative, forme sensitive, et, de plus, forme intellective du composé humain.
En réunissant la vertu, la puissance de toutes les formes intérieures, l'âme humaine réunit en elle toutes les vies; et, comme l'a dit saint Thomas, par sa vie végétative, l'homme partage exactement la vie des plantes; par sa vie sensitive, il communique à la vie des brutes, et, par sa vie intellectuelle, il a la même vie que les anges et que Dieu lui-même. Tout ce qui est essentiellement propre à la vie des plantes et à la vie des brutes appartient donc essentiellement à l'homme aussi, en tant qu'être végé-
BÉSLLTANT DES PHÉBOGATIVES DE l'AME DES BRUTES. 409
tatif et être seiisitif. Par conséquent, tous les arguments par lesquels nous venons de prouver l'immatérialité de l'âme végétative et de rame sensitive, prouvent encore davantage l'immatérialité de l'âme intellective, et élèvent encore plus haut sa grandeur et sa dignité.
Être réellement végétatif, la plante engendre dans toute la rigueur du mot; car, par la semence qu'elle dépose dans son fruit, et dont chaque grain renferme une plante tout entière de la même espèce, toute plante produit son semblable hors d'elle-même. Mais, ne sentant pas les objets extérieurs, elle ne peut les connaître ni s'en former la conception intentionnelle en elle-même. En engendrant donc hors d'elle-même et dans l'ordre purement corporel, elle n^engendre rien en elle-même dans Tordre intentionnel.
Ètve végétatif comme la plante, et de plus être réellement sensitif, la brute sent les objets extérieurs ; en les sentant elle les connaît, en les connaissant eWa^'ewîovme, en elle-même, l'image intentionnelle ou la conception incorporelle. Elle engendre donc non-seulement hors d'elle-même et dans l'ordre purement corporel, comme la plante; mais aussi en elle-même et dans l'ordre incorporel et intentionnel. Mais, n'ayant pas d'intellect ou de puissance universalisatrice , tout en pouvant se former le fantôme ou l'image immatérielle, elle ne peut se former la conception universelle, l'idée des objets extérieurs. Assez puissante donc pour engendrer, non-seulement hors d'elle-même et dans l'ordre purement corporel , mais aussi en elle-même et dans l'ordre intentionnel, elle est impuissante à rien produire, à rien engendrer dans l'ordre purement intellectuel ou universel.
Être végétatif comme la plante, sensitif comme la brute, et, de plus, être réellement intellectif comme l'Ange, et même conmie Dieu, l'homme non-seulement sent les objets extérieurs, mais les comprend ; non-seulement il les connaît dans leur individualité physique, mais aussi dans leur espèce, dans leur genre, dans les caractères universaux de leur nature et de leur essence; non-seulement il s'en forme le fantôme ou l'image immatérielle dans sa fantaisie, mais il s'en crée aussi la conception universelle, l'idée dans son intelligence.
Seul, l'homme, donc, parmi les composés vivants, non-seule-