LAME DES BRUTES EST ENGENDRÉE
causes secondes^ et ne tiennent qu'indirectement à la cause PREMIÈRE. Notre lecteur sera bien heureux, nous en sommes sûr, de rencontrer, encore cette fois, dans saint Thomas, le philosophe profond, le grand dialecticien, le maître souverain de la science, qui n'affirme pas, mais qui prouve, venge, affermit toute vérité, par des démonstrations éminemment rationnelles, directes, tirées des principes éternels et de la nature même des choses.
a Certains philosophes, dit-il, ont affirmé que même les âmes sensitives des animaux sont créées immédiatement de Dieu. Nous n'aurions rien à dire contre cette doctrine, si l'âme sensitive de la brute était (comme l'âme intellective de Phomme) une chose subsistante par elle-même, et ay?nt en elle-même son être et son opération. Car l'origine de toute chose doit être conforme à sa manière d'être et d'opérer, et toute chose ayant l'être et l'opération par soi doit être supposée avoir commencé par soi. Or commencer par soi, c'est commencer en soi, et ne pas sortir d'autre chose qui soit, c'est commencer par création; ainsi toute chose simple et subsistante par elle-même ne peut naître que par création. Si donc l'âme sensitive était vraiment une chose subsistante par elle-même, et opérante elle-même, non-seulement on pourrait, mais on devrait admettre qu'elle n'est produite que par création. Mais l'hypothèse que l'âme de cette espèce ait par soi et en soi, et indépendamment du corps, son être et son opération, est fausse, et la preuve en est qu'elle se corrompt et périt avec le corps (1).
a Puisque donc l'âme des brutes n'est pas une forme subsistante, sa condition d'être est égale à la condition d'être de toutes les autres formes corporelles auxquelles n'est pas dû et ne peut convenir l'être par soi. Et qu'on ne dise pas qu'elles sont
(1) «Quidam posuerunt animas sensitivas animalium a Deocreari. Quœ po- « sitio conveniens esset, si anima sensitiva esset res sribsistens, habens jjer se « esse et opcrationem. Sic enim, sïcutper se liaberet esse et operationem, ita « per se deberetur ei fieri. Et cum res simplex et subsistens non possit fieri « nisi per creationem; sequeretur quod anima sensitiva procederet in esse per « creationem. Sed ista radix est falsa, scilicet quod anima sensitiva iiabeat esse «et operationem; non enim corruraperetur, corrupto corpore (I p., q. 118, « art, 1). »
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par ces mêmes formes par lesquelles tous les composés subsistants so7it; car elles ne sont que pour le composé, dans le composé, et avec le composé; et par conséquent elles doivent se produire d'une chose préexistante comme tout le composé lui-même (1).
« Et puisque tout agent générateur est et doit être semblable à la chose engendrée, et que ces composés sont corporels, il est de toute nécessité d'admettre qu'ils sont produits par des principes corporels, et que, par conséquent, lésâmes sensilives, aussi bien que toutes les formes d'un ordre inférieur, reçoivent leur être par des agents , agissant corporellement , et faisant passer la matière de la puissance à l'acte, en vertu de quelque chose de corporel qu'ils ont en eux-mêmes : ce qui exclut toute idée de création (2). »
Voici donc comment, d'après saint Thomas, sont faites les âmes des brutes et celles des plantes : « Autant un agent est plus puissant, autant il peut étendre à une plus grande distance son action; comme autant un corps est plus chaud, autant il peut chauffer à une plus grande distance d'autres corps. Les corps inorganiques, inanimés et non vivants, et par conséquent naturellement inférieurs en puissance aux corps organiques, animés et vivants, engendrent bien, eux aussi, leurs semblables, mais par contact immédiat, par eux-mêmes, et non à distance ou par un intermédiaire quelconque : comme le feu engendre le feu par contact, immédiatement et par lui-même. Il en est autrement des corps animés et vivants ; car , plus puissants que les corps inanimésetnon vivants, ils engendrent leurs semblables, non-seulement immédiatement et par contact, mais encore médiatement ou par quelque moyen. Ils agissent immédiatement dans tout ce qui appartient à la nutrition, dans laquelle la chair pro-
(1) <c Et ideo, cum non sit forma subsistens, liabet se in essendo, ad modum « aliarum formarum corporaliuin : quibus per se non debetur esse ; sed esse H dicunlur, in quantum composita subsisteutia per eas sunt. Unde etipsiscom- « positis debetur /te;i (I p., q. 118, a. 1). »
(2) « Et quia generans est simile generato, necesse est quod natiiraliter tam » anima sensitiva, quam aliœ bujusmodi l'ormae, producantur , in esse, ab ali- « quibus corporalibus agentibus, trausmutantibus materiam, de potentia in « actum, per aliquam virtntem corpoream, quœ est in eis (Ibid.). »
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duit immédiatement la chair. Et ils accomplissent médiaiement l'œuvre de la génération; car cette otmvre ne se fait par l'âme de l'agent générateur, que par une certaine vertu active, passant de son âme dans la semence de l'animal ou de la plante: comme rien ne se fait instrumentalement que par une certaine vertu motrice, passant de l'agent principal dans l'instrument. Et de même qu'une chose, faife instrumentalement, tout en étant, dans le langage ordinaire, indifféremment attribuée tantôt à l'agent et tantôt à l'instrument, n'en est pas moins faite par la vertu motrice de l'agent; de même l'âme engendrée, tout en étant, dans le langage ordinaire, indifféremment attribuée tantôt à l'âme engendrant et tantôt à la vertu génératrice, n'en est pas moins engendrée par la vertu qui, de l'âme de l'agent générateur, dérive dans la semence (l). » C'est ainsi que toutes les âmes, celle de l'homme exceptée, sont engendrées et non pas créées. Car la vertu générative, qui est la même selon le genre, n'est pas la même selon l'espèce, dans les êtres générateurs. Elle s'y trouve plus ou moins puissante, selon que leur âme est plus ou moins parfaite. Et autant l'âme est plus parfaite, autant sa vertu générative est capable de produire de plus nobles effets. C'est ainsi que, tandis que la vertu générative de la plante , le plus imparfait des êtres générateurs, ne peut engendrer que la plante, et que la vertu générative de la brute n'engendre que la brute, seule la vertu générative de l'homme engendre l'homme (2).
(1) « Quanto autem aliquid agens est poteiitius, tanto potest suam actionem « distendere ad magis distans; sicut, quauto aliquod corpus est magis calidum, » tanto ardentius calefactionem producit. Corpora non viventia, quœ sunt in- « feriora, naturae ordine, générant quidem sibi simile, non per aliquod médium, « sed per seipsa : sicut ignis per seipsum générât ignem. Sed corpora viventia, « tanquam potentiora, agunt ad gcnerandum sibi simile, et sine medio et per <i médium. Sine medio quidem, in opère nutritionis, in quo caro generatcarnem ; « cum medio vero , in actu generationis , quia ex anima generantis derivatur « quœdam virtus activa, ad ipsum semen aninialis ac planta;, sicut a principali « agente derivatur quœdam vis motiva ad instrumentum. Et sicut non refert « dicere, quod aliquid moveatur ab instrumento , vel a principali agente ; ita « non refert dicere , quod anima generati causetnr ab anima generantis , vel a « virtute derivata ab ipsa, quœ est in seraine (I p., q. 118, a. 1). »
(2) «Virtus generativa plantae générât plantam; virtus vero generativa ani-
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§ 119. Magnifique doctrine de saint Thomas sur le mystère de la gt^nération animale. — L'esprit est la vertu de la semence, dérivé de l'âme. Toute forme supérieure détruit la forme inférieure et la remplace. — Différente manière dont le mal", et la femelle concourent à la génération Cest l'âme qui engendre l'âme sensitive et comment?
Tontes les fois qu'il aborde une question importante, saint Thomas Fépuise; et non-seulement il met à l'abri de toute attaque la solution qu'il en donne , mais il l'enrichit d'explications de tout genre, et, en même temps qu'il en défend la vérité, il en facilite l'intelligence. En combattant il instruit, il donne du substantiel, du solide ; il fait de la vraie philosophie. Voici , en efïet, d'intéressants aperçus dont il a accompagné sa théorie sur l'origine des âmes, et les lumières qu'il a répandues sur l'un des plus grands mystères de la nature , la génération animale.
Ce qui est commun est dans le même rapport avec ce qui est propre et déterminé, que Vimparjait l'est avec le parfait; c'est pourquoi nous voyons que dans la génération de l'être animé , c'est l'animal qui est engendré d'abord, et puis l'animal devient cet animal, l'homme ou le cheval. C'est ainsi que l'aliment reçoit, au commencement de la digestion, une forme ou vertu commune qui le rend capable de s'assimiler à toutes les parties du corps en général, et ce n'est que lorsque la digestion est finie, que le même aliment transformé est déterminé à s'assimiler à cette partie du même corps en particulier (1).
« Cette vertu active, poursuit saint Thomas, qui, de l'âme de l'agent générateur, est passée dans la semence, n'est qu'une certaine motion de l'âme du même générateur et non pas son âme elle-même, ni une partie de son âme , à moins qu'on ne veuille appeler « partie de l'âme » la vertu , la 'puissance de
« rtialis gênerai animal. Quanto cnini anima fuerit perfeclior, lanto virtus ojus " gencrativa ordinatiir ai pevfectiorem clfectiim (I p., q. 118, a. \,al sec). » (1) «Commune se habet, ad Proprlum et Detcrminatum, nt Imporfeclimi ad « Pcrfecf um . Et ideo vidcmus , quod , ia gencratione inuinalis , prius genei atu;- « animal, quam liomo et cquus. Sic igitur et ii)sum alimentum ; pi imo qiiidem « accipit quamdam virtulem comraunem, rcspectu omnium partium corporis, « et in fine dcterminatur ad banc partem {TUd., art. t). »