‹ La philosophie chrétienneChapitre 162 sur 249 · DOCTRINE DE SAINT THOMAS SUR LA GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

DOCTRINE DE SAINT THOMAS SUR LA GÉNÉRATION

l'âme. La scie ou la hache n'ont pas en elles-mêmes la forme accidentelle qu'elles donnent au bois scié ou haché, mais seulement une certaine motion ou une disposition capable de produire cette forme dans le bois. De même la forme substantielle ou l'agent générateur n'a pas en lui-même l'àme de l'être engendré , mais seulement la vertu active de produire en lui cette forme ou cette âme Or produire dans un autre cette forme ou cette âme qui n'y était pas, c'est vraiment engendrer. Il n'est donc pas plus nécessaire que cette vertu active ait un organe en acte, afin de produire l'âme nouvelle de l'être engendré, qu'il n'est nécessaire que la scie ou la hache aient un autre moyen, afin de donner au bois une forme accidentelle qu'il n'avait pas. Comme l'aptitude de la scie à scier n'est que dans une certaine forme qu'on a donnée au fer dont elle est formée, de même l'aptitude de l'agent générateur à engendrer n'est que dans un certain esprit renfermé dans la semence , et qui la rend spumeuse, ainsi que sa blancheur l'atteste.

« En outre, cet esprit est chaud, et cette chaleur lui vient de la vertu des corps célestes; car c'est aussi par cette vertu que les corps terrestres exercent leur action par rapport à la reproduction des individus de leur espèce. Et c'est précisément parce que l'esprit en question est le résultat de la vertu de l'âme de l'agent générateur, combinée avec les influences du ciel , que l'on dit: «L'homme estengendré parl'homme et parle soleil. » Quant à la chaleur élémentaire, elle ne concourt que conmie un instrument avec la vertu génératjve, aussi bien qu'avec la vertu nutritive de l'âme (1). »

(1) « Virtus illa activa, quae est io semirie ex anima generanlis derivata, est « quasi quijedain motio ipsius aniniœ generautis, uec est anima aut pars auimae, « nisi in virtute : sicut, in serra vel securi, non est forma secti, sed motio qnae- « dam ad talem formam. Et idée non oportet qnod ista vis activa tiabeat aliqiiod « organum in actu ; sed fundatur in ipso spiritu incluso in semine, quod est Il spumosum, ut attestatur ejus albedo; in quo spiritu est quidam caler ex vir- '< tute cœlestiuni corporum quorum etiam virfuto ageiitia inf^riora agunt ad « speciem. Et quia in liujusmodi spiritu convenit virtus animœ cum virtute <( (o-lesti, dicitur « Quod tiomo générât liominnii e\ sol ». Calidum antem ele- " mentare sehabet instrumentaliter ad virtutem anima» sicut etiam ndvirtutem " nutritivam (Ip,, q. 118, a. 2, adtertium). »

428 § 119. ORIGINE DIVINB DE l'aME HUMAINE.

Ainsi «la vertu active renfermée dans la semence n'est qu'une certaine impression, dérivant de l'dme de celui qui engendre. Cette vertu ne peut donc être plus puissante que l'âme même de laquelle elle découle : Yirlus activa quœ est in semine, est quœ- (iamimpressio, derivata ab anima generantis. Unde non potest esse majoris virtutis quant ipsa anima a qua derivatur.

« Voici donc, dit toujours saintThomas, comment, d'après l'opinion commune des physioloj^istes, les choses se passent dans la génération. La puissance génératrice de la femme est trèsimparfaite, en comparaison de la puissance génératrice de l'homme. Par conséquent, de même que, dans la formation artificielle des choses, l'art plus grossier et d'une condition inférieure ne fait que disposer la matière, et l'art plus noble et d'une condition supérieure lui donne la dernière forme ; de même, dans la conception, la vertu génératrice de la femme fournit la matière, et la vertu active de l'homme fait de cette matière préparée le corps humain (1). »

Afin de rendre encore plus claire et plus satisfaisante cette doctrine sur la génération du composé animé, saint Thomas ajoute : «Dans les animaux parfaits, qui sont engendrés par l'accouplement, la vertu active est dans la semence du mâle; la femelle ne fournit que la matière. Mais, puisqu'elle est en acte dès le premier instant, cette matière a, de toute nécessité, une forme, car rien de matériel n'est en acte que par une forme. C'est la forme ou l'âme végétative, œuvre de la vertu génératrice de la femelle, et par laquelle la femelle concourt, elle aussi, à la génération. On a vu que I'acte est premier ou second; que l'acte premier est I'ètre; le second, I'opération. Dès le commencement, l'âme végétative ne se trouve, dans la matière fournie par la femelle, qu'à l'acte premier, à l'acte par lequel la matière est cette matière, à l'acte séparé do toute action, comme l'âme sensitive se trouve dans les animaux qui dorment. Elle ne

(I) « Poteiitia generativa in fœniina est iniperfecta respecta potentia3 genera- <c tivse quae est in mare. Et ideo, sicut in artibus ars inferior disponit materiam, << arsautem superior inducit formani, sicut dicitiir in 2 Physic; ita etiam vir- « tus generativa fœminae prœparat materiani;\irlus autem activa maris format « materiam praeparatam (UI p., q. 32, art. 4). »

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