‹ La philosophie chrétienneChapitre 165 sur 249 · DOCTBINE DE SAINT THOMAS SUR LÀ GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

DOCTBINE DE SAINT THOMAS SUR LÀ GÉNÉRATION

si la génération était le fait de la matière séminale seicle, l'homme aurait plus d'affinité avec les végétaux et les brutes, dont il serait engendré, qu'avec ses parents g'i^n 'ont engendré; ce qui n'est, ni par rapport à la matière, ni par rapport à la forme de l'être humain. » De là ces conclusions de saint Thomas : « La ressemblance de l'être engendrant avec l'être engendré ne résulte pas de la matière, mais de la forme de l'agent qui engendre son semblable. — L'affinité ou la parenté ne tient pas à l'identité de la matière, mais à l'identité de la vertu de la for me, qui , des parents , est passée dans la matière du corps de leurs enfants (I). »

La voilà donc, cette magnifique doctrine de saint Thomas sur la génération, doctrine dont rien n'approche, même de loin, dans les physiologistes modernes. C'est pourquoi la génération est devenue un mystère incompréhensible de nos jours, tandis que, au temps des philosophes chrétiens, nos pères, elle ne rétait pas. En marchant sur les traces de saint Thomas, la philosophie chrétienne avait tout connu, tout expliqué, même ce qu'il y a de plus abstrait dans les sciences naturelles, et dont les modernes n'ont fait qu'augmenter l'obscurité et les mystères. De quel côté est donc le progrès?

On peut objecter qu'en admettant que c'est de l'âme, et non du corps de l'agent générateur, que la vertu séminale tient la puissance de produire l'âme sensitive ou végétative dans l'être engendré, il est toujours incompréhensible que lame produise l'âme ; car, de deux choses l'mie : ou l'âme de l'agent générateur détache d'elle-même l'âme de l'engendré, et alors celle-là n'est pas simple, et, se morcelant par la génération, après avoir engendré plusieurs fois, elle devrait finir par se détruire ellemême; ou elle ne détache pas d'elle-même l'âme qu'elle produit, et alors elle la fait de rien, elle la crée. Or lune et l'autre chose est absurde.

En expliquant saint Augustin, saint Thomas a, en deux mots

(1) «■ Assimilatio generantis ad genitum non fit propter niateriam, sed pro- « pter forinam agentis, quod gênerai sibi siiuile. Atfinitas non atteutiit'ir se- <( cundum materiam, sed secuadum derivationem rormiie. »

432 § 120, ORIGINE DIVINE DE L'àME HUM4INE;

d'une immense portée, fait justice de cette objection : «Les raisons éternelles de l'Intellect divin, dit-il, non-seulement sont le type exemplaire des formes substantielles des choses créées, comme l'idée de l'architecte est le type exemplaire de la forme accidentelle de l'édifice qu'il construit; mais elles sont encore, en quelque sorte, les semences de ces mêmes formes, que la puissante parole de Dieu a déposées dans les choses qu'elle a créées. L'âme de celui qui engendre ne produit donc l'âme do l'engendré ni d'une portion d'elle-même ni du néant ; mais, par la vertu du mouvement qui lui est propre, elle ne fait que développer ces semences divines déposées dans la matière corporelle, et les faire passer de la puissance à l'acte (1). C'est ainsi qu'à l'exception de l'âme intellective, qui est une création divine, par la génération toute âme produit d'autres âmes, et toute forme produit d'autres formes.

§ 120. Belle et lumineuse démonstration donnée par saint Thomas de la thèse : Que seule l'âme humaine est créée immédiatement par Dieu. — Différentes phases du Fœtus humain. —Absurdité de l'hypothèse: Que la même âme , sensilive d'abord , devient intellective dans la suite. — Comment l'homme engendre vraiment l'homme, quoique son âme soit l'œuvre immédiate de Dieu.

Ces principes posés, il a'été facile à la philosophie dont il s'agit de prouver l'impossibilité que l'âme intellective de l'homme soit engendrée; ei,T^aTtant, la nécessité absolue d'admettre qu'elle ne doit son origine qu'à l'immédiate et seule action créatrice de Dieu.

Voici la belle et profonde démonstration que saint Thomas a donnée de cette thèse. Le sujet en est de la plus haute métaphysique. Nous tâcherons de la rendre le plus clairement que possible :

« Tout ce qui est, en dehors de Celui qui est I'Êtbe même , n'est pas de la même manière; mais autre est la manière d'être

(1) '( A rationibus iutellectus divini etiain l'ormaruni êcmina sunt rebns creatis « indila : ut, per motum, in actum «duci iwssiul (l p., q. 65, art. 4, ad se- « cundum). »

ELtE NESl PAS ENGENDBÉE, MAIS CBÉÉE. 433

de l'accident, autre celle de la substance; et, parmi les substances elles-mêmes, autre est la manière d'être de la substance ne subsistant qu'rtufc une autre substance, et autre la manière d'être de la substance, subsistant par elle-même. Les accidents, ou la quantité et les qualités des êtres, ne sont que d'une manière fort impropre; car ils n'ont pas d'être propre à eux, mais seulement ils font que ce qui est soit, par eux, d'une manière plutôt que d'une autre; et ce n'est que fort improprement qu'ils sont dits : Des êtres [entia). Ainsi la blancheur, par exemple, n'est dite « un être {ens) » qu'en tant que, par elle, un corps, qui est, est blanc plutôt que noir. Les accidents sont donc des modifications de l'être, plutôt que des êtres véritables.

Les substances sont d'une manière tout à fait différente. Elles ne sont pas dans un sujet, comme les accidents : elles sont en elles-mêmes, elles subsistent, en quelque sorte, dans leur propre être et possèdent l'être. C'est pourquoi, seules, les substances sont de vrais êtres [entia), des êtres au sens propre et réel.

Mais les substances elles-mêmes varient, elles aussi , dans leur manière d'être. Les substances ou les formes substantielles qui ne subsistent qu'avec la matière, comme la forme substantielle des métaux avec la matière métallique, l'âme des plantes avec le corps végétal, et l'âme des brutes avec le corps animal, en partageant l'être de la substance à laquelle elles sont unies et avec laquelle elles subsistent , n'ont qu'un être propre partagé, un être propre par moitié ; n'ont qu'un être propre dont elles ne peuvent jouir qu'en compagnie de la matière à laquelle elles se trouvent attachées.

Mais l'âme humaine, substance intelligente qui, tout en étant dans la matière (dans le corps), n'est pas avec la matière, parce qu'elle comprend ou opère sur la matière, sans la matière, subsiste toute seule en elle-même et par elle-même; elle a donc un être tout entier à elle seule, un être propre, un être qui sert de support au corps sans être partagé avec le corps ; elle est proprement elle-même.

Or, comme c'est un canon certain de la vraie philosophie : Que la manière propre d'opérer d'un être, suit sa manière d'être; operatio sequilur esse; c'est aussi un canon, non moins certain, de la même philosophie : Que les choses qui se dhcnt faites, diffè-

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