ELLE N EST PAS ENGENDREE, MAIS CREEE
loin. Pour ces philosophes, les trois cames ne sont pas trois formes différentes et distinctes, mais une seule et même forme, une seule et même âme, qui, au commencement, n'est que purement végétative; qui, plus tard, par le développement de la vertu séminale, s'élève, restant toujours elle-même, à la hauteur des fonctions de l'âme sensitive; et qui, enfin, sans cesser d'être ce qu'elle est, devient intellective ; seulement cette dernière transformation du même sujet ne se ferait pas par la vertu active de la semence virile, mais par la vertu d'un agent supérieur, Dieu , qui daigne venir l'éclairer d'une lumière du dehors. C'est ainsi qu'ils expliquent la sentence d'Aristote : « Que l'intellect vient de l'extérieur. » Mais cette doctrine est inadmissible par plusieurs raisons (1).
La première, c'est que nulle forme substantielle n'est capable de recevoir le plus ou le moins, sans cesser d'être ce qu'elle était. L'addition donc d'une plus grande perfection serait une forme d'une autre espèce, dans la série des formes, comme l'addition d'une unité à un nombre en fait un nombre d'une autre espèce, dans la série des nombres. Or il est possible qu'une même forme, selon les degrés de perfection et de puissance de sa nature, accomplisse les actes propres aux formes d'espèces différentes; mais il n'est pas possible qu'une forme, numériquement la même, passe d'une espèce à une autre, et change d'espèce. Par conséquent, comme l'âme de la brute n'est pas son ancienne âme végétative, élevée à la puissance de sentir, mais bien une forme nouvelle, qui y est survenue, plus parfaite que l'âme végétative, et par conséquent capable d'exécuter les actes de la végétation et de la sensation ; de même l'âme de l'homme n'est pas son ancienne âme végétative, devenue sensitive plus tard et enfin intellective; mais elle est une nouvelle forme, des-
(1) '< Aliidicunt, quod illa eadem anima, quœ primo fuit vegetativa tantum, « postmodum , per actionem virtutis quœ est in semine, perducitur ad hoc ut o ipsa eadem liât sensitiva ; et tandem ad lioc ut ipsa eadem (iat intellettiva , « non quideui per virtutem aclivam seminis, sed |>er virtiitem superioris agen- « lis, scilicet Dei, de loris illuslrantis. Et propter lioc Aristoteles dicit ([uoJ in- « telltclus vcnitab extiinseco : sed hoc stare non potest (I p., q. 27, a. 2). ><
^10 § 120. ORIGINE DIVINE DE l'aME HUMAINE;
cendiie d'en haut dans le composé humain , distincte des formes précédentes, par sa substance aussi bien que par sa nature et par son essence, plus parfaite qu'elles, et, dès lors, capable de se passer d'elles, puisqu'elle peut, à elle seule, exercer toutes leurs fonctions, aussi bien que sa fonction spécifique de comprendre (1).
La seconde raison de la fausseté de l'opinion du passage successif de la même âme par différentes espèces, c'est que, dans cette hypothèse, la génération de l'animal ne serait qu'un mouvement continu, procédant peu à peu de l'imparfait au plus parfait, semblable au mouvement qui a lieu dans toute altération ; et par conséquent il n'y aurait pas de véritable génération, car la génération implique que l'agent générateur produise, d'un seul acte, son semblable (2).
La troisième raison, c"est que, d'après la môme hypothèse, le principe générateur ne ferait qu'ajouter une perfection nouvelle à l'ancienne forme, sans la faire disparaître ; car, trouvant la matière de l'embryon constitué en acte par sa forme végétative, il ne ferait que lui commuiquer la vertu sensitive, et, contre toutes les lois de la génération, il l'améliorerait donc, mais ne l'engendrerait pas. Il n'y aurait donc pas non plus de génération proprement dite , parce que la génération n'est que l'acte par lequel l'agent générateur donne à la matière une nouvelle forme, en faisant disparaître celle qu'elle avait (3).
(1) « 1° Quia nuUa forma substantialis recipit niagis vel minus, sed super- « additio raajoris perfectionis facit alùam speciem, sicut superadditio unitatis « facit aliam speciem in numeris. Non est possibile ut una et eadera forma « numéro sit diversarum specicrum. »
(2) « 2° Quia sequeretur quod generatio animalis esset motus contiuuus, « paulalim procedens de, imperfecto ad perfectum, sicut accidit in alteratiouo « (I p., q. 27, a. 2). »
(3) « 3° Quia sequeretur quod generatio hominis, ut animalis, non sit genera- <i tio simpiiciter, quia subjectnm ejus esset ens in actu. Si enim a principio in « materia prolis est anima vegetubiiis et postmodum usque ad perfectum paun lalim perducitnr, erit semper additio perfectionis sequentis, sine corruptione « perfectionis prœcedcnlis, ([uod est contra rationem generationis simpliciter « (Ibld., ad secundum). »