CONFIRMATION DES DOCTRINES EXPOSÉES
tait autre chose qu'une certaine lumière corporelle , et l'ânic humaine n'était ni plus ni moins qu'un rayon de cette même lumière, renfermé dans le corps de l'homme (1).
«La seconde nuance de l'Académie, dédaignant ces platitudes, s'éleva jusqu'à admettre, comme principe des choses, une suhstance incorporelle , mais toujours unie au corps comme forme de ce corps. Varron appartenait à cette école, car, au témoignage de saint Augustin, le dieu de Varron n'était que l'âme du monde, gouvernant le monde par le regard, le mouvement et la raison. Et, puisque l'homme est une petite partie du monde, les philosophes de la nuance dont il s'agit n'hésitèrent pas à faire de l'âme humaine une petite partie de la grande âme du monde. C'est que ces prétendus philosophes spiritualistes n'ont rien compris à la diversité des degrés de puissance et de perfection des substances spirituelles, et qu'ils n'ont su distinguer les propriétés de l'esprit que selon les propriétés du corps. JNIais tout cela n'est qu'un amas d'hypothèses impossibles, d'aftirniations absurdes, qui n'ont besoin que d'être exposées pour être réfutées. Il est donc manifestement faux que l'âme humaine soit de la même substance de Dieu (2).
(1) «Hic error principium liabuisse videtur ex diiabus positionibus antiqiio- « rurn. Primi enim qui iiafuras rerum considerare inceperunt, iniagiuatiouein « U'anscendere non valentes, nihil prœter corpus, esse posuerunt. Et ideo « Deum dicebant esse quoddam corpus, quod alioruin corporuin judicabant esse « priucipium. Et quia aiiiniam ponel>ant esse de natura illius corporis quod di- « cebant esse principium ; pcr consequens sequcliatur quod anima esset de « substantia Dei. Juxta quam positionem etiaiii Manicliaoi Deum esse Uicom '< quamdam corpoream existimaiites, quaindam partem illius lucis auimam esse « posueruut, corpori alligatam (I p., q. 90, art. 1). »
« (2) Secundo vero, proccssum fuit ad boc quod aliqui aliquid iucorporeum « esse apprehenderunt, non tamen a corpore separatum, scd corporis formam. « Unde et Varro dixit quod Deus est anima, muudum intiiitu vel motu et ra- « tione giibernans, ut narrât Augustinus {de Civit. Dei, bb. vu, c. 6). Sic igitur «illius tôt dis aniuiœ partem aliqui posuerunt auimam liomiuis, sicutbomocst « pars totius muudi : non valentes intellectu pertingere ad distinguendos spiri- « tualiuui substanti^rum gradus, nisi secundum di-tinctionem coiporuui. Ha-c « autem omuia sunt impossibilia. Ua e uianil'este l'alsum est quod anima sil de « substantia Dei (Ibid.), »
44S § 1:21. OBIGINE DIVINE DE L'AHE HUMAINE.
« Mais l'âme humaine, reprenaient les partisans de cette erreur, n'est-ellc pas une forme simple, une forme qui actualise le corps sans le concours du corps? Et, dès lors, n est-elle pas aussi un acte pur comme Dieu? Pourquoi donc ne saurait-elle être de la même nature, de la même substance que Dieu? » Il est vrai, répondait saint Thomas, que rame humaine est forme simple selon sa nature , mais elle n'est pas à elle-même son propre être. Elle n'est qu'un être par participation; elle n'a pas toujours été ; elle est passée du non-être à l'être, de l'état de pure puissance, à l'état d'aclc, par une vertu étrangère, par la vertu de Dieu, Elle n'est donc pas un acte pur, elle est à une distance infinie de l'essence, de la nature de Dieu; elle ne peut donc être ni une émanation ni une partie de la substance de Dieu ^1).
Quelques philosophes chrétiens, qui avaient trempé dans la même erreur, cherchaient à s'appuyer sur le passage de la Bible où il c>t dit que Dieu ne donna a Ihomme l'âme cjui le fil vivre, qu'en soufflant sur sa figure: InsufflavU in/aciem ejus spiraculum vitx (Gènes., II). «Or celui qui inspire, disaient-ils, transmet hors de lui quelque chose de sa propre substance. Donc , souffle de Dieu, l'àine humaine est de la substance de Dieu. » Mais cette preuve, reprenait à son tour saint Thomas, ne prouve rien. «D'al^ord, Dieu n'ayant pas de corps, il est absurde de prendre dans un sens corporel le mot inspira de la Dible. Inspirer, pour Dieu, n'est autre chose que faire l'esprit, ou créer l'esprit, et non partager son propre esprit. Ensuite il est faux qu'inspirer, même corporellemeut, ne soit qu'envoyer hors de soi quelque chose de sa propre substance; car le composé vivant n'aspire et ne respire que l'air, qui est une substance différente et étrangère à sa propre substance (2;. »
Il n'est pas moins absurde d'affirmer, comme d'autres philo-
(1) «Et si anima sit lornia .-iin|ile\, secunduin suam essentiam, non taincn « est ipsa suum esse ; sed est ens pcr participatioiie;» ; el ideo non ai actus " purus, s^icut Dens (I p., q. 90, a. 1). »
(?) n Inspirare ton est cor|>oraliter accipiendum ; sed idc;n est Doiiin inspi- "rare, quod spiriluin facere. Qaamvis homo, cor|)oraliter spirans, non « einiltat aliquid de sua subît uitia, sed de natura extra ::ca {llid.). »