COMPOSE NATUREL. LA MAIIERB ET LA FOBMK
substance seulement que peut avoir lieu un changement substantiel : les substances immatérielles ne changent (\n' accidentellement, mais substantiellement elles ne changent pas, et demeurent toujours les mêmes.
Nous mangeons du pain et buvons de l'eau ou du vin , et ces substances matérielles se changent en nous, par la digestion, en chair et en sang, et en cent autres substances diverses, qui n'ont plus rien de commun avec le pain, l'eau et le vin. Un véritable changement substantiel, une espèce de transsubstantiation, s'opère en nous de ces substances en d'autres substances.
Mais, quant à noire âme, qui est une substance immatérielle, elle n'est changée que par rapport à la qualité, à la quantité, à Vaction, à la passion, a toutes les modifications représentées par les prédicaments. Mais on a vu que les modifications prédicamentales, celle de la substance exceptée, sont des modifications accidentelles. Notre âme ne change donc qu'accidentellement; caria grâce divine, les vertus théologales, la science, les habitudes, la conversation, l'expérience, ne lui donnent que de plus ou moins grandes facilités à opérer dans l'ordre surnaturel ou dans l'ordre naturel et humain; mais, quant à sa substance, elle reste toujours la même substance et ne change d'aucune manière. Revenons à la matière.
Or, ce sujet de tout changement dans l'ordre matériel, ce sujet apte, c'est-à-dire indifférent à passer d'un état à un autre, et réellement distinct du terme qu'il quitte et du terme qu'il atteint dans le changement, est ce qu'on appelle la Matière première, ou simplement la matière, le premier élément de tous les corps.
En s'appuyant sur certains passages de saint Basile, de saint Ambroise et de saint Chrysostome, quelques philosopheschrétiens ont pensé que Dieu avait d'abord créé la matière première tout à {à\t informe, h Véi'àiôe pure possibilité de recevoir toutes formes; qu'ensuite il lui avait donné différentes formes et en avait formé tous les corps. Mais, dans l'article premier de la 66« question de la première partie de sa Somme, saint Thomas a démontré victorieusement que cette opinion est fausse, et que la vérité sur ce point se trouve du côté de saint Augustin, affirmant que Dieu a créé en même temps la matière première et ses formes différentes: en sorte que la matière première n'a jamais été séparée de
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tonte forme, n'a jamais existé sans formes. Quant aux autres SAINTS (c'est ainsi que saint Thomas appelle les Pères de l'Église) qui paraissent soutenir qu'en sortant du néant ^ la matière était tout à fait informe, le Docteur angélique prouve qu'ils ont parlé d'une informité, excluant la forme extérieure, la beauté et le décorum dont nous voyons revêtue la créature corporelle, et non pas d'une informité, excluant ioufe forme intérieure et substantielle (1). « Car, créer, dit saint Thomas, c'est établir en acte une chose qui n'était qu'en puissance ; le terme de toute création est l'être en acte, et cet acte n'est que la forme. En créant donc la matière. Dieu lui a donné l'acte ou la forme. Dieu l'a créée avec sa forme ; et dire que la matière a pu être créée et exister pendant quoique temps sans sa forme, c'est admettre en acte, un être, n'ayant point d'acte, ce qui est contradictoire (2). »
En vain, ajoute saint Thomas, dirait-on « que Vinformité de la matière première se trouve attestée par l'Écriture, elle-même, qui nous apprend que la terre de la première création était dépouillée et vide de toute forme, et que ce n'était qu'un abîme, un chaos, enveloppé de ténèbres et noyé dans l'eau (Gen. I),» Cette informité se rapporte seulement aux formes extérieures. Et en effet, plongée dans les eaux, manquant de la lumière et de l'habillement qui lui vient des herbes, des plantes, des animaux, la terre était vraiment dépouillée de toute beauté de forme et de toute forme de beauté. Mais puisque, même dans un tel état, la terre n'en était pas moins de la vraie terre, et le ciel et l'eau n'en étaient pas moins de l'eau vraie et du vrai ciel, tout cela était de la matière première en acte, de la matière première, aithstance, de la matière première, ayant déjà des formes propres et distinctives, par lesquelles la terre n'était pas eau, et la terre et l'eau n'étaient pas ciel.
(1) " Alii s\NOTi accipiiint informifatem, non sprnndiim qiiod o\<lii(tit om- « Hcm formam , sed socundiini «luod oxcliidit istnm lormositatom et decorem, n (jui nunc apparot in corporoa creatnra. (Loc. cil.) »
('/) " Si iiiatcria infonnis pravossil diiratione, li.iec erat jam «irlii; hoc cnim <■ crcalio importai; crcationis enini tcrniiniis est eus aetii (ipsiim auleiii quod i< est actus, est lornia). Dicere ij^itnr « materiam praicederc sine forma » est di- '< ocre : Ens aclu, sine actu, quod iniplicat contradictionem. (Ibid.) »