LA. DOCTRINE DE SAINT THOMAS SUB L\ GENERATION
prochement, de l'importance de la philosophie scolastique, dans ses rapports avec le dogme catholique, et d'avoir sous ses yeux la démonstration philosophique du plus consolant des mystères chrétiens. Car, lors même qu'elle n'est pas funeste, toute philosophie qui ne conduit pas à la religion et qui ne sert pas h l'expliquer, à la faire aimer et à la répandre, ne vaut rien.
Être singulier et unique, comme il s'est appelé lui-même, iiBE SINGULIER ET UNIQUE dans SOH mystéricux passage sur la terre, afin d'y prendre son humanité [Singulariler svm ego, douée trameam, Psal. 140), le Verbe éternel a dû être vrai homme, mais il a dû être conçu et naître d'une manière différente de celle des autres hommes. Si tout, dans sa conception, avait été naturel et humain, Jésus-Christ n'aurait été qu'un homme comme les autres, et il ne serait pas vrai Dieu; mais si tout, au contraire, dans cette conception, avait été surnaturel, miraculeux et divin , Jésus-Christ serait demeuré Fils de Dieu seulement, et il ne serait pas vrai homme.
Mais si Jésus-Christ n'a pas été vrai homme , il n'y a pas eu d'incarnation , car l'incarnation n'est que l'union personnelle de la personne divine du Verbe avec la nature humaine. S'il n'y a pas eu d'incarnation, il n'y a pas eu de rédemption. S'il n'y a pas eu de rédemption, il n'y a pas eu de péché originel. S'il n'y a pas eu de péché originel , l'homme tient de sa nature toutes les contradictions et les imperfections de son être. S'il en est ainsi, l'homme n'est pas l'œuvre de Dieu ; Dieu n'est pas créateur, et n'est pas Dieu.
On comprend par là pourquoi l'hérésie a toujours combattu, avec un zèle égal, la vérité de la divinité et la vérité de l'humanité de Jésus-Christ, et pourquoi la vraie philosophie des Pères et des Docteurs de l'Église a défendu avec un zèle égal cette double vérité.
La conception de l'Homme-Dieu devait donc avoir à la fois quelque chose de divin et quelque chose d'humain : elle devait, sous un rapport, ressembler à la conception de tous les hommes, afin que le Sauveur fût vrai Fils ds l'homme; et, sous un autre rapport, s'en éloigner, la surpasser infiniment en grandeur et en perfection, afin que ce Fils de l'homme fût le vrai Fils de Dieu, et que s'accomplît la prophétie : Que sa génération tem-
APPLIQUÉE AU MYSTÈRE DE l'iNCABNATION. 453
porelle aurait été aussi mystérieuse et ineffable que sa génération éternelle. Generationem ejus quis enarrabit? (Isa.)
Or ce qui devait être a été. « La naissance temporelle , » dit saint Jean de Damas, «par laquelle Jésus-Christ est venu au « monde pour notre salut^ a été comme la nôtre, et au-dessus « de la nôtre. Elle a été comme la nôtre, parce qu'il est né vrai « homme du sein d'une femme, et après le temps qui sépare la « conception de la naissance de Fhomme. Elle a été au-dessus « de la nôtre, parce que son corps n'a pas été l'œuvre de l'hom- « me, mais l'œuvre du Saint-Esprit et du concours de la sainte « Vierge , au - dessus des lois des conceptions ordinaires. » « Ainsi donc, » reprend saint Thomas, en rapportant ce texte, « ainsi donc la conception et la nativité du Seigneur ont été a tout à fait naturelles de la part de la mère, et tout à fait « surnutnrelles de la part du Saint Esprit. Par conséquent, de « même que le concours de la sainte Vierge n'a pas empêché « l'opération miraculeuse du Saint-Esprit, de même l'opération « miraculeuse du Saint-Esprit n'a pas empêché la sainte « Vierge d'être la vraie mère naturelle de Jésus-Christ (1). »
a C'est, » dit toujours saint Thomas, «que le corps du Seigneur n'a pas été apporté du ciel, comme l'a affirmé l'hérésiarque Valentin, mais qu'il a été pris et formé du sang le plus pur de la Vierge même; et qu'il n'en faut pas davantage pour qu'une femme soit vraiment la mère de son fils. La bienheureuse Vierge est donc vraiment la mère de Jésus -Christ (2). »
(1) «Dicendum quod, sicut Damascenus dicit, Nativitas (emporalis , qua « Christus est natus propter nostram salutem, est quodammodo secun- M duin nos : qitoniam natus est homo ex muliere, et tempore concepdonis <i debito; super nos aulem : quoniam non ex semine, sed ex Spiritu Sancto et « sancta Virgme , supra legeni conceptionis. Sic igitur ex parte matris nati- « \itas-illa fuit naturalis, sed ex parte operationis Spiritiis Sancti, fuit miracu- « losa. Unde B. Virgo est vera et naluralis mater Cliristi (III p-, q. 35, art. 3). »
(2) «Beata Yirgo est yera et naturalis mater Clirisli. Sicut enim corpus c( Christi non est de cœlo allafum, sicut Valentinus liaereticus posuit, sed de « Virgine matre sumptum, et ex purissimis sanguinibus ejus formatuni, et hoc « solum requiritur ad rationem matris; unde B. Yirgo vere est mater Cliristi « {Ibid.). »