‹ La philosophie chrétienneChapitre 175 sur 249 · TA DOCTBINE DE SATNT THOMAS SUR LA GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

TA DOCTBINE DE SATNT THOMAS SUR LA GÉNÉRATION

Car, par rapport au premier, le Saint-Esprit, en descendant en Marie, la puritia toujours davantage. Par rapport au deuxième, le même Esprit divin lui conserva l'ineffable vertu qui la rendit capable d'acueillir en elle-même ou de concevoir le Verbe de Dieu; et par rapport au troisième, l'Esprit-Saint lui donna, en même temps, la vertu générative que les autres mères reçoivent du concours de l'homme, la vertu de pouvoir engendrer, d'une manière non active, mais passive, en demeurant tout à fait vierge (!}. »

Mais cette intégrité virginale ne l'a pas empêchée de fournir, de sa propre substance, la matière suffisante pour une conception humaine, et pour qu'il soit vrai qu'elle a, en véritable mère, engendré Jésus-Christ. Car il est certain, répète saint Thomas, et aucun physiologiste ne saurait le contester, que « la sécré- « tion de l'humeur séminale de la femme n'est pas une circons- « tance nécessaire pour la conception de l'enfant; et que, par c( conséquent, toute femme , tout en restant intègre sous ce « rapport, peut bien devenir mère (2).»

Et qu'on ne dise pas que, si le Saint-Esprit a remplacé le rôle de l'époux, dans cette génération ineffable, il est donc le père du Seigneur selon la chair : car, d'après la belle expression de saint Jean de Damas, citée par saint Thomas, dans cette circonstance, le Saint-Esprit n'est pas intervenu comme agenigénérateur, mais comme agent constructeur, et c'est en cette dernière qualité qu'il a, lui, formé le corps du Seigneur : Corpus Christi, non se-

(1) « nia conceptio tria privilégia liabuit, scilicet: 1° quod essetsine pcocato « origiiibli ; 2" quod esset i)on pure liominis ; item 3° quod es'ct concepfio Vir- " giiiis. Et haec tria habuit a Spiritii Sancto. Ideo, quantum ad prirnum, «licit « Damascenus, quod Spiritus Sanctus super lenit Virgini purgans ipsam. « Quantum ad secundum dicit : Et virlutem susceplivam Verbi Dei tribuens, « id est ut conciperetVerbumDei. Quantum autem ad tertium dicit :SiMixo«^eTO <( et generadvam, ut scilicet, manens Vir^^o, posset generare, non quidem « active , sed passive, sicut aliae matres hoc consequuniur semine viri (III p., « q. 32, art. 1).»

(2) '< Resolutio seminis fu-minae non pertinet ad nccessitatem concepîus. Et « ideo resolutio seminis non ex neressitate requiritur ad matrem (I p., q. 35, « art. 3). »

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minaliier, sed conditive a Spiritu Sancto formatum est. Et saint Augustin a dit, lui aussi : « Le corps du Seigneur a été conçu matériellonent du sang de la vierge Marie, effectivement ou efficiemment, par le Saint-Esprit. Christus conceptus est de Maria virgine matebiauteb, de Spiritu Sancto autem effective {In Enchirid.].)-)

« Remarquez encore, répète toujours saint Thomas, que, d'après le Philosophe, dans la génération de l'animal, la semence du mâle n'entre pas comme matière, mais seulement comme principe agissant de la conception. La matière naturelle, nécessaire, pour cette œuvre, est fournie uniquement par la femme. Par conséquent, de ce qu'il n'y a pas eu de concours de l'homme, dans la conception du corps du Seignerr , il ne s'ensuit pas qu'il lui manqua la matière naturelle et nécessaire pour la formation d'un vrai corps humain, attendu que cette matière a été fournie par le sang très-pur de Marie (l).»

§ 123. Les objections des hérétiques, contre la vérité de l'humanité de Jésus- Christ, victorieusement réfutées par la doctrine de saint Thomas sur la génération. — Comment, conçu sans le coiicours de l'homme et seulement du sang de Marie, le corps du Seigneur a été un vrai corps humain, et Jésus-Christ est vrai fils de l'homme. — Manière claire et précise dont cet ineffable dogme est révélé dans l'Évangile.

Pour échapper à ces conclusions, et soutenir toujours que rien n'a été naturel, mais que tout a été miraculeux dans la conception du Seigneur, et que, par conséquent, il n'est pas vrai homme, quelques disciples de Valentin ont prétendu, poursuit saint Thomas, que la sainte Vierge n'a prêté, elle aussi, qu'un concours surnaturel et miraculeux à la conception de Jésus- Christ; et voici le sophisme sur lequel ils ont fondé celte insidieuse affirmation : Pour qu'une femme soit vraiment la mère de son fils, il est nécessaire qu'elle fournisse de sa substance,

(I) « Semen maris non est siciit mater ia, in conceptione animalis, sed solum « sicut agens; sala autem fœmina materiam subministrat conceptui. Unde « per lioc quod semen maris defuit in conceptione corporis Ctiristi, non sequi- « turquod deCuerit ei débita ma'eria 'l\l p., q. 28, art. 1 ad quintum). »

non-seulement la matière du corps, qui n'est que le sang menstruel, mais aussi l'humeur séminale, qui, mêlée à Ihumeur séminale de l'homme, concourt activement à la génération. Mais il est certain que, la virginité de Marie étant demeurée absolument intacte et parfaite, avant, pendant et après son enfantement, aucune sécrétion d'humeur séminale n'eut jamais lieu dans son corps virginal. 11 est donc nécessaire d'admettre qu'au moment de la conception de Jésus -Christ le sang de sa mère a reçu miraculeusement par le Saint-Esprit cette vertu active, nécessaire à la conception, et que les autres mères obtiennent de la sécrétion de l'humeur séminale (1).

«Mais tout cela est absurde, reprend saint Thomas; car, toute chose qui existe n'existant que pour une fm et une opération à elle propre, si l'homme et la femme n'avaient pas chacun une opération différente, distincte et individuellement propre dans la génération; si la partie active n'était pas propre à l'hom;. e, et si la seule partie passive n'était pas propre à la femme; et s'ils n'agissaient tous les deux que de la même manière, ou activement, la nature n'aurait pas formé les deux sexes, dans lesquels l'opération du mâle est si distincte de l'opération de la femelle; car, dans la génération animale, la vertu de l'agent est distincte de la vertu du patient; de manière que la vertu active est toute de la part du mâle, et que la vertu passive est toute de la part delà femelle. Cela est si vrai que, dans les plantes, où cette double vertu est mêlée (à de rares exceptions près), il n'y a pas de distinction de sexes (2).»

(I) "Quidam clicunt:B. Virçineni aliquid active cooperatam esse in conce- '< plione r.hristi, supernaturali \irtute, qiiia dicunt, ad niatrom requiri qu'd .< non soliini niateriam miiiistref, qusp est tanguis raenstruus, scd etiain scmen, « quod c( nimixtiim yiriliseinini,hal)et \irtutem aclivaniin generatione. El quia » in B. \iiginc nul la fuit (acta resolutio seniinis, proptcr inlegerrimani cjus vir- « giuitatein, dicuiit quod Spiiitus Sanctus supernaturaliter ti tiil)iiit \irtuteni « aclivum in conceptione corporis Clirisli, quam aliœ naatres habent per seinen « rcsolutum (III p., q. 32, art. /i). »

(5) « Scd hoc non potcst slaie, quia, cnm quaîlibet res sit proi)tcr suani opc- « rationcni, natura non distingucret ad opns genetalionis scxuin maris et ùr- « minae, nisi csset disliiicîa oiicratio maris ab operatione fa'inina;. In geuera- <« lione autcm distinguitnr opcratio agentis et paticntis. Unde relinquitur quod

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« Or, la sainte Vierge n'ayant pas été appelée à être à la fois le père et la mère, mais à être la mère seulement de Jésus-Clirist, il s'ensuit que, soit qu'elle ait fait quelque chose, soit que, comme quelques-uns l'assurent, elle n'ait rien fait, elle n'a eu besoin de recevoir aucune puissance active, d'où l'on puisse inférer qu'elle ait aussi joué le rôle de père dans la conception de ce Fils divin; et que, par conséquent, la collation d'une telle puissance à la sainte Vierge eût été sans objet. Il faut donc tenir pour certain que, dans l'acte de la conception de Jésus- Christ, elle n'a eu aucune part active, et qu'elle n'a fait qu'en fournir la matière. Cela n'empêche pas qu'elle n'y ait auparavant coopéré activement, en se préparant (par la pratique de toutes les vertus) à devenir sujet propre pour une semblable conception (1). »

La seconde objection qu'on a faite contre la même thèse est plus spécieuse; la voici : «La matière naturelle, fournie par la femme dans la formation du corps humain, n'est que son humeur séminale, mêlée à son sang menstruel. Donc, de deux choses l'une: ou Marie a réellement fourni une telle matière à l'action du Saint-Esprit, et dans ce cas elle n'est pas demeurée vierge, dans la conception de son divin enfant; ou elle n'a fourni qu'un sang tout pur et sans le moindre mélange de ce qui tient à la concupiscence, et alors elle n'a pas prêté une matière naturelle , et le corps du Seigneur n'est pas de la même espèce que le corps des autres hommes. »

Cette objection repose sur des suppositions que la vraie science,

« lo(a virtus activa sit ex parte maris ; passiva autem ex parte fœmiiice. Pro- « pter quod, in plantis, in quibus utraque vis coniniiscetnr, non est distinctio « maris et fœminœ (III p., q. 32, a. 4). »

(l) « Quia igitur B. Viigo non hoc accepit ut cssct [ater Clirisli, setl mafer ; « consequcns est quod non accepit poteniiam act^am, in conceplione Chrisfi, « sive aliquid egerit, ex quo sequilar ipsam fuisse pafrem Cliristi , sive nihil « egerit, ut quidam dicunt. Ex quo sequitur liujusmodi potentiam activain ei «frustra fuisse coliatam. Et ideo l'icemluni est quod, in ipsa conceptione n cliristi, B. Virgo nihil active operata est, sed so'am materiam miiiistravit. « Operata tamen est an'e conceptionem aliquid active, pra-paraudo materiam ut « esset apta conceptioni {ibid.). »

mêmepaïenne, touchant la génération, a convaincues de fausseté: car l'humeur séminale de la femme, poursuit saint Thomas, n'est pas un principe propre à la génération; mais c'est quelque chose d'imparfait, dans le genre de la semence. Il est donc faux qu'une telle humeur soit une matière nécessaire à la conception. Cette humeur, de la part de la mère, n'a donc été pour rien dans la génération temporelle du corps du Seigneur ; non-seulement parce qu'elle n'est pas d'une nécessité absolue pour la génération humaine, quelle qu'elle soit, mais bien plus encore, parce qu'elle ne convenait pas à une telle génération; car^ quelque imparfaite qu'elle soit, dans le genre de la semence, cependant elle ne se détache du corps de la mère que de la même manière que la semence se détache du corps du père, par un mouvement de concupiscence. Or, dans la conception toute virginale dont il s'agit, tout mouvement de concupiscence n'a pu avoir et n'a pas eu lieu. C'est ce qui a fait dire à saint Jean de Damas cette profonde parole : « Le corps de Jésus-Christ n'a été conçu par aucune semence séminale (1). »

Bien plus, loin d'avoir rien ôté à la vérité de la conception du "Verbe de Dieu selon la chair, l'absence de cette humeur a, par contre, ajouté un degré de perfection à cette œuvre divine. D'après la belle remarque de saint Thomas, l'homme lui-même ne conçoit dans son intelligence son verbe qu>n dehors de toute corruption du cœur; car la corruption du cœur est incompatible avec la conception d'un verbe parfait. En sorte qu'une conception est d'autant plus parfaite que la corruption s'en mêle moins: Vcrbum absque omni corruptione cor dis concipiiur ; quin imo cordis corruptio perfecd verbi coyweptionem non patitur.

Quant au sang menstruel de la femme, ainsi que toutes les au-

(1 ) « Senien foeminae non e>t generationi aptuin, sed est quiddain iniperfectum « in génère seminis. Et ideo taie semen non est inateria quap de necessitate re- « quiratur ad conceptum, sicul Philosophus dicit in libro de Generalione ani- « malium. Et ideo in conceptione corporis Christi non fuit, pr,Tsertim quod, licet « sit iniperfectum in génère seminis, tamen cum quadam concupiscenfia resol- « vitur, sicul semen maris. In iiio autem conceptu virginali, concupiscentia lo- « cum habere non potnit, et ideo Damascenus dicit quod corpu$ Christi non « seminalitcr conceptum est (III p., q. 32, a. 4).»

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très superfluités dont la nature du corps n'a pas besoin, et dont elle cherche à se décharger, il est, ajoute saint Thomas, une substance corrompue et impure. II est donc faux que le corps de l'homme soit conçu d'une pareille matière, car elle est plus apte à corrompre qu'à former la moindre chose. Loin de là, cette sécrétion n'est qu'une purification du reste du sang ; et c'est de ce sang purifié et qui, par une action digestive particulière, est devenu plus pur, plus parfait et mieux disposé que tout autre sang, que la conception se fait. Cependant, n'étant attiré à l'endroit propre à la génération que par le rapprochement du mâle et de la femelle, ce même sang, tout purifié qu'il est dans la conception de tous les autres hommes, est toujours entaché de l'impureté de la concupiscence. Mais, dans la conception de Jésus -Christ, le sang pur de la Vierge, n'ayant été attiré et réuni dans son ventre et formé en corps humain que par l'opération miraculeuse du Saint- Esprit, ce sang conserva toute sa pureté naturelle, et demeura étranger à tout mélange et à toute tache de concupiscence (1).

« Ainsi donc, conclut saint Thomas, de même que la vertu de l'âme, qui est dans la semence de l'homme, par l'esprit qu'elle renferme, forme le corps, dans la génération de tous les autres hommes ; de même la vertu de Dieu par le Saint-Esprit, descendue en Marie, forma le corps de Jésus-Christ. Sicut virtus animx, gux est insémine, per spiritum qui in seniine includitur , format corpus, in generatione aliorum hominum; ita virtus Dei, per Spiritum sanclum,formavit corpus Christi (III p., q. 32, art. 1). »

En vain donc les hérétiques phantasiastes, ou les adversaires de la réalité de l'humanité de Jésus-Christ prétendent que,

(1) « Sanguis autem men^tnius, quern fœminae per singulos menses emittunt, « impuritatem quamdam habet corruptionis, sicut et c;«terae superlluitatHS, qui- " bus nalurauoniadiget, sedeas expellit. Ex tali autem menstruo corruplionem « habente quod natura répudiât, non formalur ci)nceptus,sed Ijoc est purgamen- « tum quoddam illius puri sariguinis qui digestioiie quadam est piœparatus ad « conceplum quasi purior et perfectior alio sanguine. Habct tamen impuritateni « libidinis in conceptione aliorum hominum, in quantum ex ips* commixtione « maris et fœminaî talis sanguis aWocura generationi congruum attrahitur. « Sed hoc in conceptione Cliristi non fuit qma operatione Spiritus Sancti talis « sanguis in utero Virginis adunatus est et lor.iiatus in piolem. »

« n'ayant pas été engendré par l'homme^ ce Sauveur divin n'a pu « être, n'a pas été vrai homme. » Bien qu'il n'ait pas eu de Père sur la terre, Jésus- Christ n'en est pas moins le vrai Fils de Marie ; de même qu'il n'est pas moins le vrai Fils de Dieu, bien qu'il n'ait pas eu de mère dans le ciel. De même que, pour être vrai Fils de Dieu, il lui a suffi d'avoir été engendré de la substance du Père ; de même, pour être vrai Fils de Marie, il lui a suffi d'avoir été engendré de la substance du sang de sa Mère ; et, s'il est le vrai Fils de Marie, il est vrai homme , car, nous le répétons, le fils d'une femme n'est et ne peut être qu'homme.

En outre, le i)lus ou moins d'excellence de la cause efficiente de la chose ne change pas la nature de la cause matérielle dont est formée la chose. Pour être faite par un grand maître plutôt que par un pauvre écolier, une statue de marbre n'en est pas moins une statue de marbre; un ciseau plus habile ne lui a donné qu'une plus grande perfection, mais il n'a pas changé la nature du marbre. Ainsi, en organisant du sang de Marie le corps du Seigneur, le Saint-Esprit n'a fait que former, de ce divin corps, comme s'exprime saint Paul, un Tabernacle plus auguste, plus noble et plus parfait que ceux qui sont formés par l'homme et selon les lois ordinaires de la génération de l'homme : Per amplius et perfectius tubeniaculum, non mamifactum neque hujus creationis (Hebr.) ; mais il n'a pas converti en substance divine la substance humaine, le sang de Marie. Ainsi, dans cette conception unique, Marie fournit la substance de son propre corps, le Saint-Esprit organise cette substance en corps humain, le divin Père y unit l'âme intellectivc, créée par lui du néant, comme il le fait dans toute autre génération de l'homme; et cette humanité si parfaite a été complétée par la personne du Verbe qui l'a prise au même instant où elle a été formée ; de manière que le résultat de cette merveilleuse conception fut dans toute la vérité l'HoMJiE-DiEu. Dieu véritable, parce que le Fils de Dieu était Dieu ; et homme véritable , parce que le Fils de Marie a été vrai homme ; car, on ne saurait assez le répéter, dit saint Thomas : «La semence du mâle ne concourt que comme agent, et non comme matière dans la conception de l'être animé; la tnatière propre à la conception n'est fournie que par la femme. De ce que l'homme ne fut pour rien dans la conception du corps

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du Seigneur, il ne s'ensuit pas que cette conception ait manqué de la matière propre à une vraie génération humaine (I) ; » et de ce que l'absence de l'action génératrice du père a été, dans cette conception ineffable, suppléée par la descente du Saint-Esprit en INlarie, et par la vertu du Tbès-Haut qui l'a enveloppée de son ombre mystérieuse : Spiritus sanctus superveniet in te et virtus AUisshni obumbrahit tibi {Luc.W)', loin qu'on puisse conclure que le Verbe incarné ait été moins homme, il faut en conclure qu'il a été plus homme, ou homme plus complet, plus excellent, plus parfait que le reste des hommes.

On voit bien ainsi que le grand mystère que nous a révélé l'Évangile, touchant la génération temporelle du Verbe éternel, ne renferme rien de contraire à la raison et aux conditions de la vérité de la nature humaine en Jésus-Christ.

Selon les Évangélistes, la génération temporelle du Sauveur remonte bien, par David et Abraham, jusqu'à Adam, jusqu'à Dieu, et Jésus-Christ est vraiment, comme il a daigné s'appeler lui-même, LE fils de l'homme, c'est-à-dire d'Adam : Filins hominis, idest, Adx{passim, Patres, apud C. aLapid.). Cependant les mêmes Évangélistes nous apprennent, dans les termes les plus clairs et les plus précis, que sa divine Mère ne connut point d'homme : Virum non cognosco; que sa grossesse n'a pas été le résultat d'une génération charnelle, mais le prodige de la vertu du Tbès-Haut; Virtus Altissimi obunibrabit tibi; que l'enfant, qui se trouva fait, vivant et complet dans le sein de Marie, dès l'instant de son Annonciation, était l'œuvre du Saint-Esprit : Quod in ea natum est, de Spiritu Sancto est. Saint Matthieu, en particulier, afin de rendre impossible toute autre interprétation des passages qui renferment la révélation du dogme de la virginité de Marie, a eu recours à une admirable formule, et que la vérité du mystère a pu seule lui suggérer. En faisant la généalogie du Sauveur selon la chair, il a dit : « Abraham engendra Isaac; Isaac engendra iacoh; iàcdb engendra Judas;» et

(1) « Senien maris non est sicut materia ia coacej.liono auimali, se l soliim " sicut agens. Sola autciu l'œiiiiiia inatiiiaiu subniinistrat couceptui. Lude {ler hoc « quod semen maris defuit in conceptione corporis Christ!, non sequitur quod « defuerit ei débita maleria (lll p., q. 28, art. 1). »

ainsi des autres jusqu'à saint Joseph; mais, arrivé à ce patriarche vierge, le saint Evangéiiste n'a pas dit : «et Joseph engendra Jésus, » mais il a dit : « Nathan engendra Jacob ; Jacob engendra Joseph, l'époux de Mabie, de laquelle est né Jésus qui s'appelle le Chbist : ISafhan aufem genuit Jacob; Jacob aulem GENUiT Joseph, viRUM mari;e de QUA NATUS EST JESUS QUI YOCAÏUR CHRISTUS. Ainsi donc, dans la généalogie du Seigneur, la génération par le concours de l'homme, commencée en Adam, et continuée jusqu'à saint Joseph, s'arrête à lui; et le fruit divin du vrai et légitime mariage entre ce patriarche et Marie, est né de Marie (ou(e seule, est né d'une mère, sans père sur la terre : Degua natus est ; comme il était né du Père éternel, sans mère, dans le ciel. Encore une fois, il devait en être ainsi, afin que sa génération temporelle fût aussi mystérieuse et aussi ineffable que sa génération éternelle : Generationem ejus guis enarrabit?

Mais si la sainte humanité du Sauveur ne doit rien au concours de Joseph, comment Jésus-Christ aurait-il eu pour ses ancêtres les ancêtres de Joseph? Comment serait-il le vrai fils de David, d'Abraham, et même d'Adam? Cette difficulté ne peut être résolue qu'à l'aide de la théorie de la philosophie chrétienne, sur la génération de l'homme, d'après laquelle la femme seule fournit la matière du corps humain; et, quelle que soit la vertu qui donne à cette matière la forme du corps humain, rien que pour avoir été formé d'une telle matière, il est toujours un corps humain, parce que, formée elle-même de la chair de l'homme, la femme porte en elle-même la chair de l'homme, et, en fournissant cette chair de sa propre chair, elle fournit la matière, ou la base première de la nature humaine. « Ainsi, conclut saint Thomas, c'est en toute vérité que Jésus-Christ est dit le fils de l'homme, ou le fils d'Adam, parce que si, n'ayant pas été engendré par Joseph, il n'a pas été en Adam, selon la raison séminale; cependant, en tant que la matière de son corps, qui a été fournie par la Vierge nière, dérivait aussi d'Adam, et en tant que son divin corps a été formé du sang de Marie, fille elle-même d'Adam, Jésus- Christ a vraiment été en Adam selon sa substance corporelle. Et si la vertu active, qui a bâti cet auguste tabernacle, n'est pas dérivée d'Adam, et si son corps n'a pas été formé par la vertu

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séminale de l'homme, mais par l'opération ineffable dn Saint- Esprit, cela n'ôte rien à la vérité de son humanité; cela prouve seulement qu'une telle conception pouvait seulement convenir à Celui qui est sur toutes choses le Dieu béni pour les siècles des siècles [i). »

Or on ne peut dire que cette belle doctrine, par laquelle on voit aussi clairement que possible dans le grand mystère révélé par l'Évangile touchant la génération temporelle du Verbe éternel, et qui seule, sur ce point important, met la raison en harmonie avec la foi, ait été imaginée par les scolastiques; car elle se trouve en toutes lettres dans le lin'e d'Aristote sur la génération des animaux, dont l'authenticité est attestée par les auteurs païens et mahométans, grands ennemis des mystères chrétiens, et qui a précédé de plusieurs siècles le liwe des Évangélistes. Aristote lui-même n'a pas tiré cette doctrine de son cru; il l'a puisée dans les écrits des savants de l'Orient et des physiologistes les plus célèbres de son temps et de sa patrie. C'est donc une doctrine ancienne et commune. Aristote n'en a été que Forgane et l'écho. Et c'est précisément en cette qualité de témoin et d'interprète d'une telle doctrine traditionnelle, que saint Thomas le cite à chaque instant dans sa belle démonstration philosophique de la vérité du mystère de l'Incarnation.

C'est ainsi qu'à l'aide de la vraie et importante doctrine sur la génération, la philosophie chrétienne a éclairci, à la fois, le premier des mystères de l'homme, l'origine divine de son âme, et le premier et le plus délicieux des mystères dé Jésus-Christ, la ressemblance parfaite de son humanité avec la nôtre. Comment donc excuser, autrement que par l'ignorance complète de cette philosophie, ces ecclésiastiques, dont le zèle pour bien élever la jeunesse n'est pas un calcul, et qu'on voit néanmoins si

(I) "Christus dicitur fuisse in Adam scciindum corporalem suiistantiaiii, « non secundnin seminalcm rationeni, quia matoria corporis ejus, quroinini- « stralaest a maire virpine, derivata est ab Adam; scd virtus activa non est " dcrilata ab Adam, quia corpus ejus non est formatuni per virtutein virilis .< seminis, sed operatione Spiritus Sancti. Talis enim partus decebat Eum .< qui est super omnia benedictus Deus in secula seculorum. »

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