TREIZIÈME CHAPITRE
DE LA DEUXIÈME PHÉRoGÀTIVE de l'amE HUMAIMÎ, d'ÈTRE NATU- RELLEMENT et essentiellbmkl>(t LIBRE.
§ 124. Importance dii dogme de la liberté. — La déesse de la Raison est étrangère à cette discussion. — Distinction de la liberté de Nécessité et de la liberté de Co\cn')y. — Doctrines erronées des philosophes et des hérétiques, touchant la liberté de Vâme humaine. — La philosophie chrétienne est la seule philosophie tutrice de la liberté métaphysique et politique de l'homme.
Lj.a liberté de l'ùme humaine est un dogme non moins sublime dans l'ordre des prérogatives qu'important dans l'ordre des vérités. Par la liberté, l'âme intellcctive s'élève infiniment au-dessus de l'âme sensitive et de l'âme végétative ; et, seule, parmi les formes substantielles ayant des corps organiques ou parmi toutes les autres espèces d'âmes, elle entre de plein droit en rapport de société, de parenté, de ressemblance, avec les substances étrangères à toute matière, à tout corps, avec les anges et avec Dieu même. En même temps, ce dogme est la base sur laquelle est établi le pivot sur lequel tourne l'ordre moral, politique et religieux. Si l'homme n'est pas libre , il n'y a plus ni vrai ni faux, ni bien ni mal, ni lois ni préceptes, ni punitions ni récompenses ; la vie présente est un jeu, la vie future une illusion, la société humaine une injustice, la religion une imposture, l'homme une chimère, Dieu un mot, et l'immortalité le néant.
ETAT DE LA QUESTION. ERREUBS Eï VÉRITÉS. 467
Cependant nous ne serons pas fort long dans l'exposé que nous allons faire, dans ce chapitre, de cette deuxième spécialité de l'âme humaine. De nos jours, la liberté de l'homme n'est que trop admise pour avoir besoin d'être démontrée, plutôt que renfermée dans ses limites naturelles et mise à sa place. C'est même la divinité à la mode, que tout le monde cherche, que tout le monde invoque, que tout le monde révère, et à laquelle on inmiole tout avec un sang-froid épouvantable, le passé, le présent, l'avenir, les biens de la terre et les biens du ciel, la paix et la justice, l'ordre et le bonheur, la religion et la société.
Il est vrai que cette étrange divinité, devant laquelle le monde moderne s'incline si stupidement, n'est au fond que cette déesse de la Maison infâme et brutale à la fois, qu'on ne peut adorer sans abjurer la raison; qui, bien que s'environnant des attraits et des emblèmes de la volupté, ne s'en plaît pas moins dans le sang, et qui, le sourire sur les lèvres et la hache dans la main, n'en demande pas moins à être honorée par des hécatombes de victimes humaines. Il est vrai que celte liberté n'est et ne peut être que la hberté de la brute, puisqu'on lui sacrifie l'homme ; la liberté du mal, puisqu'on lui sacrifie le bien ; la liberté de Satan, puisqu'on lui sacrifie Dieu. Il est vrai, enfin, que ce n'est que la fausse liberté politique, horrible contrefaçon, caricature hideuse de la vraie, et qui n'a rien à faire avec la liberté métaphysique dont nous avons à nous occuper ici. Mais il est vrai aussi qu'on ne prétend établir ses affreux droits que sur les droits de V homme; qu'on ne fonde la légitimité de cette prétendue liberté sociale que sur la croyance universelle à l'existence de la liberté individuelle de l'âme , et que dès lors cette dernière liberté ellemême risque de périr plutôt par les excès du fanatisme de ses adorateurs que par la froideur du zèle de ses apologistes. Ainsi donc, dans cette importante discussion, nous nous efforcerons d'éclairer ceux qui admettent la liberté métaphysique de l'âme humaine , afin qu'ils puissent focilement s'en rendre compte , plutôt que de réfuter ceux qui la combattent.
La liberté mélaphijsiqiie admet plusieurs divisions, dont la principale et la plus commune est la division en libkrté de toute CONTRAINTE, Hbcrtas a coactione, et en liberté de toute né-