ÉTAT DE LA. QUESTION. ERREURS ET VÉRITÉS
cette philosophie, l'homme est naturellement indépendant de rhomme; nul homme n'a le moindre droit, comme homme, de violenter, de contraindre corporellement un autre homme. Si le pouvoir domestique a le droit de la verge au sein de la famille, ce n'est qu'en tant qu'il est revêtu de l'autorité et chargé de continuer l'action du Dieu créateur à l'égard des individus. Si le pouvoir politique a le droit de Fépée dans l'État, ce n'est qu'en tant qu'il tient la place du Dieu conservateur à l'égard des individus et des familles. Si le pouvoir religieux a le droit de la crosse dans l'Église, ce n'est qu'en tant qu'il a la mission d'exercer les hautes fonctions du Dieu sanctificateur à l'égard des individus, des familles et des peuples. Car, d'après les principes de la religion, et par conséquent aussi de la philosophie chrétienne, tout pouvoir légitime vient de Dieu, omnis potestas a Deo est (Rom. xiii), non-seulement parce qu'il a sa raison d'être en Dieu, mais aussi parce qu'il exerce une action propre à Dieu. Lors donc que les pouvoirs humains exercent la contrainte extérieure à l'égard de l'homme, en le corrigeant, en le punissant, dans son propre intérêt, ou dans l'intérêt de la société domestique, politique ou religieuse, ils ne le font qu'au nom de Dieu, en qualité de délégués de Dieu, d'après les règles de la justice de Dieu. Et malheur à eux si, dans leurs rapports avec l'homme, qu'ils sont chargés de gouverner pour le rendre heureux, ils méconnaissent le Dieu qu'ils représentent, ses volontés, qu'ils doivent accomplir, ses lois, qu'ils doivent suivre, et s'ils créent à l'homme la moindre peine d'après leurs propres intérêts et leurs caprices ! Ce n'est pas un droit qu'ils exercent alors : ce n'est qu'un brigandage, une injustice, une infamie, et même presque un sacrilège, dont ils se rendent coupables. Car l'homme est et doit être une chose sacrée pour l'homme. Ce sont les principes et les maximes de la philosophie chrétienne; c'est-à-dire que, d'après cette philosophie, l'homme est, par la volonté de son Auteur, libre de la liberté de coercition, et naturellement maître de ses mouvements extérieurs.
Il l'est aussi de la liberté de nécessité. Et voici les grands principes sur lesquels la philosophie chrétienne étabht ce libre arbitre de l'homme et l'affranchissement naturel de sa volonté de toute nécessité intérieure. Cette exposition sera une preuve nou-