SELON SAINT THOMAS ET LES SCOLASTIQUES
sieurs idées, mais de l'instinct seul, n'est pas un jugement libre. Il en est de même de tout autre jugement des autres animaux (1).
« Mais l'homme agit d'une manière toute différente. En vertu de sa faculté cognoscitive, il juge, lui aussi, qu'il doit fuir un objet ou le chercher. Mais puisque ce jugement ne découle pas en lui, comme dans la brute, d'un instinct naturel vers le particuliei' OPÉRABLE, mais qu'il est l'œuvre du rapprochement des idées que fait la raison, l'homme agit en vertu d'un jugement hbre, et demeure toujours maître de se porter vers des objets différents.
« C'est que (comme nous le voyons dans les argumentations des dialecticiens et les déclamations des rhéteurs) lorsqu'il s'agit de choses contingentes , ou de choses qui peuvent ou ne peuvent pas être vraies, notre raison est prête également à admettre l'une ou l'autre de deux propositions opposées. Or les choses particulières opérables sont en quelque sorte des choses contingentes. Par conséquent , à l'égard de ces choses, le jugement de la raison n'est pas déterminé à l'une plutôt qu'à l'autre, mais il est également maître d'admettre Tune ou l'autre de deux choses diverses. Donc, par cela même que l'homme est un être raisonnable, il jouit et il doit de toute nécessité jouir du hbre arbitre (2). »
Voilà comment et pourquoi la liberté humaine n'est qu'un ju-
(1) « Quœdam agunt absque judicio, sicut lapis movetur deorsum, et simi- « liter omnia cognitione carentia. Qu.Tdara autem agunt judùio, sed non li- «bero, sicut animala hrula. Judicat enim ovis, videns lupum, eum esse « fugiendum, natuiali judicio (id est delerniinato ad unum), non libère, qnia « non ex collalione, sed ex natiirali instinttii hoc judicat, et siniile est de « quolibet judicio biutoruin aninialiuni (I p., q. 83, art. I). »
(2) « Sed homo agit judicio iibero ; quia, per \ini cognoscitivam, judicat ali- « quid esse fugiendum vel proscquendum. Sed quia judicium istud non est e\ « natuiali instinctu in particulari operabili, sed ex coUationc quadam rationis, « ideo agit iibero judicio, potens in diversa Cerri. Ratio enim, circa contingen- « tia, babet \im ad opposila, ut patet in diaieclids syllogismis et rlietoricis « pcrsuasionibus. Particularia autem op-^rabilia sunt quiicdani contingenta. Et « ideo, circa ea, judicium rationis ad diversa se babet et non est determinatura « ad unum. Et pro tanto necesse est quod homo sit libèri arbittli, ex hoc ipso « quod rationalis est [Ibid.). »