‹ La philosophie chrétienneChapitre 183 sur 249 · J76 § 125. DÉFINITION ET ESSENCE DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

J76 § 125. DÉFINITION ET ESSENCE DE LA LIBERTÉ

gement libre touchant l'action, liberum de actions judicium. Voici d'autres éclaircissements sur ce raisonnement, aussi profond que solide, du Docteur angélique.

Dans tout être créé, les puissances, les facultés, les forces sont réellement distinctes de la nature ou de l'essence. Ainsi donc ce qui constitue la nature ou l'essence de tout être, ce qui en découle ou qui s'y rapporte est déterminé, fixe et invariable ; mais l'objet des puissances, des facultés, des forces, est indéterminé, mobile et variable, et même contradictoire et opposé.

L'essence ou la nature de l'homme, par exemple, étant d'être à la fois une substance intelligente et sensible, ces deux constitutifs de l'essence de l'homme sont déterminés, fixes et invariables; car l'homme est et sera toujours un être intelligent et sensible. S'il pouvait cesser d'être sensible en demeurant intelligent, il deviendrait un ange; s'il pouvait cesser d'être intelligent en demeurant sensible, il deviendrait une brute. Il n'est et ne peut être homme qu'autant qu'il est être intelligent et sensible en même temps.

Riais les objets de ses puissances, de ses facultés, de ses vertus, de ses forces essentielles, de sa puissance d'entendre et de celle de sentir, sont indéterminés, mobiles, variables, et même contradictoires et opposés. Car, toujours être intelligent, l'homme n'entend pas toujours; et, toujours être sensible , il ne sent pas toujours non plus. 11 est capable d'entendre et de sentir une infinité d'objets différents, variés, et même contradictoires et opposés; car il peut comprendre le vrai et le faux, le bien et le mal, comme il peut sentir le froid et le chaud, le blanc et le noir, le doux et l'amer, et peut concevoir ou sentir ces objets de différentes manières. Comme ce qui est déterminé par l'essence est un, ce sur quoi s'exerce la faculté est multiple.

Les mots mêmes de puissances et de facultés disent assez qu'il en est et qu'il en doit être absolument ainsi j car la puissance ou \& faculté n'est pas Y acte j mais l'aptitude, la possibilité d'accomplir un acte ou tous les actes propres de telle puissance, de telle faculté. Mais, par cela même que la puissance est apte à tous les actes qui lui sont propres, elle n'est fixée par rapport à aucun d'eux. Par cela même qu'elle est prêle à les accomplir tous, elle est indifférente à tous; et ses objets sont, par consé-

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