‹ La philosophie chrétienneChapitre 184 sur 249 · SELON SAINT THOMAS ET LES SCOLASTIQUES · texte numérisé non relu

SELON SAINT THOMAS ET LES SCOLASTIQUES

quent, indéterminés, multiples, variés et même contraires. Si sa puissance était fixée à un seul acte, elle serait actualisée , elle serait acte elle-même, et ne serait plus ni puissance ni faculté.

Or la FIN des êtres découle de leur nature ou de leur essence; la fin et l'essence s'expliquent mutuellement l'une par l'autre. C'est parce qu'un tel être est destiné à une telle fin qu'il a cette nature ou cette essence; et pareillement c'est parce qu'il a cette nature et cette essence qu'il est destiné à une telle fin. Mais les tnoyens d'arriver à la fin ne découlent pas de la nature ou de l'essence de l'être : ils ne sont que l'objet des facultés ou des puissances. Par conséquent, tandis que la fin de tout être est déterminée, fixe, immuable, les moyens de l'atteindre ne le sont pas.

Comprendre, on le sait déjà, c'est saisir l'universel ou l'infini. Et comme tout être, capable de connaître, est nécessairement apte à appéter de la même manière qu'il connaît, tout être capable de comprendre l'universel par la connaissance est apte aussi à s'y unir par l'appétit, qui, dans l'être intelligent, s'appelle volonté et amour.

Or ce à quoi l'être est apte par son essence ou par sa nature est sa fin. Donc la fin de tout être intelligent, tel que l'homme, est la connaissance de la vérité universelle et infinie, et l'amour du bien universel et infini, c'est-à-dire de Dieu. Car la vérité universelle et infinie, ou la vérité absolue, comme le bien universel et infini, ou le bien absolu, n'est que Dieu.

Tant qu'un être n'atteint pas safiU; il est en mouvement, en action, en travail, en souffrance, et il n'est pas heureux. Car, d'après la belle parole de saint Augustin, le bonheur de l'être est dans le repos ou dans la satisfaction de ses tendances, de ses appétits naturels: Deatitudo est in quielafione appetitus. C'est pourquoi, ajoute le même Père, l'homme a beau changer, varier, multiplier les objets de ses appétits, de son amour, il n'y trouvera toujours que le malaise et la peine; car Dieu seul est son repos: Ver^a et reversa : dura snnt omnia, et Deua soins requicr- La fin de l'homme donc et sa béatitude, c'est, comme nous l'a dit plus haut le même grand docteur, de comprendre Dieu (comme il lui est possible de le comprendre), et, en le comprenant, de l'aimer, et, en l'aimant, de le posséder, et, en le possédant, de

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