‹ La philosophie chrétienneChapitre 185 sur 249 · DÉFINITION ET ESSENCE DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

DÉFINITION ET ESSENCE DE LA LIBERTÉ

jouir de lui : Creatus est homo ut Deum intelligeret, intellUjendo amaret, amando possideret, possidendo fnieretur.

Dieu pouvait, sans doute, créer Tliomme dans l'état de pure nature; mais puisqu'il plut à sa bonté de le créer en l'état de nature intègre, cette fin de l'homme, déposséder Dieu dans une autre vie, découle de la nature dont Dieu lui a fait don, est conforme à cette nature, est déterminée par elle ; et dès lors cette fin est nécessaire, invariable et immuable : en sorte que l'homme n'est pas maître de ne pas appeler par tous ses instincts, partout son être, la vérité et le bien en général, la vérité et le bien absolus, la vérité et le bien universels et infinis. Dieu.

En effet, l'homme ne se contente pas des choses vraies, des choses belles et des choses bonnes : il veut, et pour toujours, tout ce qui est vrai, tout ce qui est beau, tout ce qui est bon. C'est au point qu'il ne peut accepter l'erreur qu'en tant qu'il se la représente comme la vérité, sub ratione vert; il ne peut aimer la laideur qu'en tant qu'il y trouve du beau , sub ratione pulchri ; et ne peut s'attacher au mal qu'en tant qu'il l'envisage comme bien, sub ratione boni. 11 cherche le vrai absolu, le beau absolu, le bien absolu. Il veut tout savoir, et garder toujours ce qu'Usait; il veut aimer toute beauté, et posséder à jamais ce qu'il aime; il veut jouir de tout, et prolonger indéfiniment ses jouissances; il appète, avec un transport que rien ne satisfait ni n'arrête, la vérité, la beauté et le bien sans bornes et sans fin. Mais, encore une fois, la vérité, la beauté, le bien sans bornes et sans fin, c'est Dieu. Donc, dans tout ce qu'il désire, l'homme ne désire implicitement que Dieu ; et lors même qu'il se livre aux créatures qui l'éloignentde Dieu, comme il ne s'y livre qu'en vertu de son instinct immortel et indomptable qui le pousse vers Dieu, il ne poursuit que le Créateur. Même par ses égarements dans les voies d'un faux bonheur, il atteste que sa fin naturelle, nécessaire, n'est que Dieu, et que la connaissance et la possession de Dieu forment son vrai bonheur et sa véritable félicité.

Mais il n'en est pas de même des vérités contingentes, des biens finis. Pâles reflets de la Vérité et du Bien infinis , ces vérités et ces biens n'ont pour l'homme que la raison de moyen et non pas de fin. Ils ne sont pas des exigences uniques, dé-

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