SELON SAINT THOMAS ET LES SCOLASTIQLES
terminées, invariables, nécessaires, de son essence, mais des objets multiples, indéterminés, variables, contingents, de ses facultés, et, n'épuisant et ne pouvant épuiser l'activité infinie des facultés, les laissent toujours à l'état de 'puissance ou d'indifférence à leur égard.
Ainsi il arrive à l'homme dans les choses o.gibles ce qui lui arrive dans les choses spéculatives. Le Bien est, avec sa volonté, dans les mêmes rapports que le Vrai est avec son intellect. Comme, seul, le Vrai en général domine son intellect et le force à l'admettre; ainsi, seul, le Bien en général subjugue sa volonté et l'oblige à l'aimer. Mais comme les vérités particulières laissent son intellect maître de les adopter ou de les rejeter, ainsi les biens particuliers laissent sa volonté maîtresse de les poursuivre ou de les dédaigner. C'est un fait que, seules, les vÉBiTÉs-PRiiXciPES, et celles qui en approchent par leur évidence, agissent sur l'intellect de manière à ce qu'il ne puisse leur refuser son assentiment, qui est l'amour de Tintellect. Et pourquoi? si ce n'est parce que, fidèles images des conceptions de l'hitellect incréé, de telles vérités sont des vérités universelles, infinies, qui nous représentent la Vérité infinie à laquelle l'intellect estordonné par son essence, comme à sa fin. Et c'est un fait aussi que, seuls, les biens futurs ou éloignés, les biens qu'on ne possède pas, et qu'on espère posséder, les biens qu'on se représente comme devant nous procurer un bonheur complet et durable, modifient la volonté de manière à ce qu'elle ne puisse leur refuser son amour, qui est l'assentiment de la volonté. Et pourquoi? sice n'est parce que, simulant les conditions et les attraits du Bien infini, de tels biens nous laissent entrevoir quelque chose de la Bonté infinie, vers laquelle, en vertu de sa nature, la volonté humaine tend nécessairement comme vers son terme.
Au contraire, comme c'est un fait que toutes les autres vérités, ou les VÉRITÉS-CONSÉQUENCES, quclque exacte et complète que soit leur démonstration, ne créent pas dans l'intellect la nécessité d'y croire; de même tous les autres biens, quelque grands que soient leurs charmes, ne violentent pas la volonté à les embrasser.
Voilà ce qu'a voulu dire saint Thomas par cette remarque : « Comme, lorsqu'il s'agit des choses contingentes dans l'ordre
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« spéculatif, l'intellect peut également admettre l'une ou l'autre « de deux propositions contradictoires ; de même , lorsqu'il « s'agit des biens particuliers, dans l'ordre pratique, la volonté « peut également se déterminer à l'un ou à l'autre de deux actes «opposés.» Voilà encore pourquoi le même docteur a défini le libre arbitre im jugement libre touchant U action.
§ 126. Coniirmafion du même svjet .- on prouve encore davantage que In liberté n'est que u; .iicemi.nt i.ir.iu: i>e l'action. — Comment In liberté est du ressort de la raison, et comment l'homme n'est libre que parce qu'il est raisonnable.
Notre lecteur sait déjà qu'après avoir extrait du fantôme particulier la conception universelle de la cliosc perçue, et s'en être formé l'idée, l'intellect agissant dépose celte idée en lui-même, et que cette partie d'elle-même, ou cette faculté dans laquelle l'âme intellectivc reçoit les idées que l'intellect agissant lui a confiées, c'est rintellect possible ou la mémoire intellect ive.
Notre lecteur sait aussi que ce n'est qu'après les années de travail qui séparent le jour où lintellect agissant commence à agir de l'âge de la raison, que l'intellect possible passe de la puissance à l'acte, et, desimpie intellect^xî/'cefan^ qu'il était, devient intellect composant ou divisant, ou intellect combinant ensemble les idées reçues, et, en en déduisant d'autres, c'est-à-dire intellect raisonnant; car on ne raisonne que sur la base des principes, des conceptions générales, des idées. Par conséquent, point de raison sans idées, et la raison ne commence à poindre, à paraître dans tout son éclat, qu'après que, par l'opération ineffable que nous venons de rappeler, l'intellect possible a fait une riche provision d'idées.
Mais, d'après l'admirable remarque de saint Thomas, tant que l'intellect possible ne fait que recevoir les idées que lui transmet l'intellect agissant et n'est qu'intellect simplement percevant, il n'est que passif; il est informé de la forme de l'espèce intelligible, de l'idée qu'il a reçue, comme le sens l'est de la forme de l'espèce sensible qui l'a impressionné ; comme la cire l'est de la forme du cachet dont elle a subi l'empreinte. C'est pourquoi,
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tant que l'intellect ne fait que percevoir, il est toujours dans le vrai : Intellectus sinipliciter percipiens semper est verm. Mais lorsqu'il commence à composer ou à diviser les idées, à raisonner, et devient la raison, il est actif, il agit lui-même, il met quelque chose du sien dans son opération, et ce quelque chose étant contingent, et pouvant être autrement, la possibilité de l'erreur s'ensuit. C'est pourquoi, dit toujours saint Thomas, l'erreur n'est que dans l'intellect composant ou divisant : Error est in inteUectii componente vel dividente. En d'autres termes , l'intellect est infaillible, la raison ne l'est pas.
On a vu aussi que la brute n'a qu'une seule espèce à' appétit, l'appétit sensit if ou Vinstinct, parce qu'elle n'a d'autre principe intérieur de connaissance que la fantaisie, qui est une puissance sensitive; tandis que l'homme, outre l'appétit sensitif, qu'il a commun avec la brute, possède l'appétit intellectif ou la volonté, parce qu'au-dessus de la fantaisie il a l'intellect.
Mais, intellectif ou sensitif, l'appétit, nous le répétons ici encore, est toujours une puissance aveugle, et il a tellement besoin d'être éclairé par la connaissance afin de se déterminer, que la plante, quoique être vivant, elle aussi, n'ayant pas de connaissance, n'a pas d'appétit, et que, d'après l'axiome scolastiquc, rien ne saurait être appété sans être connu : Nihil voliium, quin prœcognitmn.
Tout être qui opère imprime le cachet de sa vertu, de sa nature dans son opération. L'intellect simplement percevant, étant infaillible, éclaire certainement l'appétit intellectif, la volonté humaine, et la détermine d'une manière nécessaire. Mais l'intellect composant ou divisant, ou la raison, étant sujet à l'erreur, n'éclaire qu'incertainement la volonté et ne la détermine que d'une manière contingente.
Or deux jugements différents, pratiques, de la part de l'appétit intellectif, ont lieu dans tous les actes humains : l'un est le jugement que, toutes les fois qu'il doit se déterminer, cet appétit prononce, touchant le bien universel, absolu, infini ; et comme il forme ce jugement sous l'empire absolu de l'intellect, ce jugement est nécessaire. L'autre est le jugement qu'il émet touchant ce bien particulier qu'il se décide à suivre, ce mal particulier qu'il se hâte de repousser. Et comme ce second jugement