‹ La philosophie chrétienneChapitre 187 sur 249 · DE LA LIBERTÉ HUMAINE · texte numérisé non relu

DE LA LIBERTÉ HUMAINE

s'accomplit à l'aide de la lumière douteuse de la raison, ce jugement est libre; et le libre arbitre est toujours un jugement libre touchant l'action.

Une preuve évidente de cette vérité, que la raison ne violente pas la volonté, dans l'élection pratique de ce bien-ci, plutôt que de ce bien là, est que, très-souvent, la raison est pour ce bienlà, et que cependant nous choisissons ce bien-ci; que nous préférons le bien plus petit au bien qui, de par la raison, est plus gfând, et que, comme maintes fois l'éprouve chacun en soimême, notre raison nous montre le bien, et nous dit qu'il doit l'emporter, et que cepenlant nous nous décidons pour le mal, que notre raison désavoue : Video meliora, proboque, détériora sequor.

Une preuve plus évidente et plus péremptoire encore de la même vérité, c'est que fréquemment notre raison nous présente deux biens opposés, comme également appétibles, deux partis contraires, comme également bons à prendre. Or, si la raison exerçait sur la volonté une autorité absolue, l'élection de l'un de ces deux biens, de l'un de ces deux partis serait, dans de pareils cas, impossible ; et de même qu'une balance, dont on a chargé les plateaux d'un poids égal, ne peut pencher d'aucun côté et reste en équilibre ; et de même qu'un corps, tiraillé par deux forces égales, en deux sens opposés, devient immobile ; de même la volonté, à laquelle la raison indique des motifs d'une même valeur et d'un même poids en faveur de deux actes contraires, devrait nécessairement demeurer irrésolue et se tenir en suspens. Et cependant, malgré et après un instant d'hésilation, la volonté se décide pour l'un ou pour l'autre de ces actes. Mais alors cette élection ne se fait pas en vertu des motifs indiqués par la raison, parce que, balancés les uns par les autres, ces motifs ne décident rien. Elle ne se fait que par la volonté sans la raison : Stat pro ratione voluntas. Donc la raison éclaire l'appétit, mais ne l'entraîne pas; elle le laisse maître de luimême, et le jugement de la volonté, touchant l'action, est toujours libre : Libenim de aclione judicium.

Enfin, « le moteur, dit toujours saint Thomas, ne produit nécessairement le mouvement dans le mobile , que quand sa puissance dépasse ia puissance de ce dernier, tellement qr.c

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