ET DE SES RAPPORTS AVEC LA UAISON
toute la force du mobile demeure assujettie à la force du moteur. Or^ pour être entièrement assujettie au Bien universel et parfait, la force de la volonté humaine ne l'est pas à tout bien particulier et imparfait. Ainsi donc, par cela même que la puissance du Bien universel et parfait , dépassant de beaucoup la puissance de la volonté, la. meut nécessairement; ainsi, par cela même que la force du bien particulier et imparfait est au-dessous de la force de la volonté, elle ne peut la subjuguer, ne peut la mouvoir nécessairement, et la laisse, par rapport à lui, maîtresse d'ellemême. Or les biens qui ne constituent pas essentiellement la béatitude, les biens qui n'ont pas avec elle un rapport nécessaire, et même les biens dont le rapport nécessaire qu'ils ont avec la béatitude n'est pas clairement aperçu par l'intellect, ne sont pour la volonté que des biens particuliers, imparfaits ou contingents; donc ils ne meuvent pas nécessairement la volonté ; elle ne les appètc pas nécessairement , et, à leur égard, elle demeure toujours libre (1). »
Mais l'examen, le rapprochement, la comparaison, l'appréciation des rapports que ces biens secondaires, imparfaits, et, dès lors, contingents, particuliers et finis, peuvent avoir avec la béatitude, ne sont pas du ressort de l'intellect ^^oss/ô/e, mais de l'intellect raisonnant. C'est à la raison et non à l'intellect à les peser, à les juger, et à transmettre sa décision à la volonté. Voilà donc pourquoi, d'après saint Thomas, l'homme doit nécessairement avcir le libre arbitre, non parce qu'il est un être intellectuel , mais parce qu'il est un être rationnel : Pro tanto necesse est quod homo sit liberi arbitrii, ex hoc ipso quia rationâlis est.
Par ces explications on comprend pourquoi la brute n'est pas libre et ne peut l'être. La brute, ainsi que saint Thomas vient de nous le dire, juge, elle aussi, parce que ses mouvements spontanés sont déterminés par la connaissance, et que tout ce
(1) « Moverts, tune ex necessitate causât motuni in mobili, quando potestas « laoventis excedit mobile ; ita quod tota ejus possibilitas nioventi subdatur, « Ciim autem possibilitas voluntatis sit, respeetu boni universalis et perfecti, '< non snbjicitur ejus possibilitas tota alicui particulari bono, et ideo non ne- « cessitate movetur ab illo; et ideo quœ nec beatitudinem constituere possunt, « nec cum ipsa necessariam liabet connexioneni, saltciu ab ialelicclu claie cu- « gnitam ex necessitate non appétit voluntas (l p., q. 82, art. 2). »