‹ La philosophie chrétienneChapitre 189 sur 249 · G. DE L\ LIBERTÉ HL'MAIXE · texte numérisé non relu

G. DE L\ LIBERTÉ HL'MAIXE

qui opère, en vertu de la connaissance, fait un jugement véritable; mais ce jugement n'est pas libre : Quœdam agunt judicio, sed non libéra, sicut brûla animalia. C'est d'abord parce que, n'ayant pas d'intellect ou d'aptitude pour l'universel et l'infini {quibus non est inlellectua], elle n'est pas déterminée par son essence à l'universel et à l'infini, mais, au particulier et au fini ; et comme toute détermination, sortant de l'essence, est nécessaire, la brute est nécessairement déterminée au particulier et au fini. Ainsi, par la vertu estimative qui lui tient lieu d'intellect ou qui est le seul intellect dont elle soit capable, en appréhendant les intentions de la convenance ou de l'inconvenance, de l'utilité ou bien du dommage que peuvent lui causer les objets connus, elle n'appréhende que des intentions singulières et déterminées, les intentions non de L'avantage, mais de CET avantage, non DU préjudice, mais de CE préjudice; et, en les appréhendant nécessairement, parce qu'elle y est déterminée par la nature, elle ne peut s'empêcher de les suivre. Ensuite, n'ayant pas l'intellect possible, ni une provision de principes universaux, d'idées, elle n'a pas de raison, et, comme on l'a vu, ses raisonnements, manquant de la prémisse universelle, ne concluent que du particulier au particulier. Elle ne peut donc discerner entre plusieurs particuliers possibles qui peuvent lui être utiles ou préjudiciables. Elle ne connaît que le particulier qui frappe son imagination, qui commande à son appétit sensitif, et détermine irrésistiblement son mouvement. Elle est donc aussi pou libre dans ses jugements sur le particulier, que l'homme l'est dans ses jugements sur l'universel. Elle n'a pas la liberté du choix et du jugement à l'égard de ces actes particuliers ; elle n'a pas la liberté, car la liberté n'est que l'indétermination, l'indifférence de l'appétit, touchant les choses particulières et finies, et le jugement libre touchant les actions qui s'y rapportent, liberum de uctione judicium. L'homme, au contraire, ayant, par sa qualité essentielle d'être intellectif, la faculté de raisonner touchant les biens particuliers et finis, et pouvant en juger librement, est essentiellement libre, est libre au même titre auquel il est raisonnable; la raison est la racine, le principe immédiat de la liberté; et nier sa liberté c'est nier sa raison, son intelligence; c'est nier que l'homme est homme et affirmer qu'il n'est que brute.

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