CONCILIATION DU DOGMT: DR L\ GRACE
deux choses l'une : ou ces promesses et ces menaces n'auraient rien de sérieux, et alors, en parlant, comme il l'a fait, Dieu aurait trompé sa créature et se sorait moqué d'elle ; ou ces promesses et ces menaces se réaliseraient, et alors Dieu serait injuste de punir ou de récompenser des actes accomplis sous l'empire de la contrainte et de la nécessité. Et comme l'une et l'autre de ces hypothèses est un blasphème , il faudrait dire que Dieu n'a pas parlé dans les Livres saints, et que l'Écriture n'est pas la parole de Dieu. Voilà donc les théologiens de la Réforme, qui ont fait bon marché du libre arbitre de l'homme, obligés de rejeter l'inspiration divine du Code sacré, et de condamner eux-mêmes le Livre dont ils ont (a'û leur unique règle de foi et leur moyen unique de salut ; Menlita est iniquitas sibi.
§ 128. Réponse à l'objection déduite de l'action de la grâce stir l'homme. t — La grâce ne détruit pas, mais élève et perfccHonne la liberté. — Les protestants manquent du sens qui/ait comprendre l'Écriture.
L'argument contre la liberté humaine que les théologiens philosophes de la Réforme ont tiré de l'action puissante de la Grâce sur l'âme de l'homme, n'est pas plus solide, a On lit dans les Proverbes, disent-ils : Le cœur du roi est dans la main de Dieu, qui le tourne comme il veut et vers l'objet qu'il veut : Cor régis in manu Dei : et gvocumque voluerit verlet illud ; et dans saint Paul on lit : C'est Dieu qui opère en nous la volonté et l'accomplissement du bien : Deus est qui operatur in nobis velle et perficere. Or ce qui est mû par un autre n'est pas libre. Mais il est certain, par ces textes, que l'homme est mû par la grâce de Dieu ; donc il n'est pas libre. »
Cette objection est ancienne, elle aussi ; et voici comment saint Thomas y a répondu : « Il est certain que l'homme, se mouvant en vertu de son libre arbitre, ce libre arbitre est la vraie cause seconde et immédiate de ses mouvements. Mais cela ne l'empêche pas d'éprouver l'action de la cause pbemière, parce qu'il n'est pas de l'essence de la liberté que l'être libre soit, lui aussi, la cause éloignée et première de ses actes. Toute cause seconde, pour n'être pas cause première, n'en est pas