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AVEC LA CONTINGENCE DES ACTES HBBES

infailliblement arriver, change de nature. Or, mes péchés étant des actes contingents, de ce que Dieu les a prévus de toute éternité il s'ensuit seulement que je les commettrai infailliblement; mais il ne s'ensuit pas que je les commettrai nécessairement. Il ne faut pas dire que l'homme ne fait que ce que Dieu a prévu : il faut dire que Dieu a prévu tout ce que l'homme fera, ce qui est bien différent ; en sorte que ce n'est pas parce que Dieu a prévu mes péchés que je les commettrai, mais c'est parce que je les commettrai que Dieu les a prévus. Ce n'est pas la prescience de Dieu qui prédétermine nécessairement mes actions : ce sont mes actions qui, ne pouvant échapper à Celui qui lit dans l'avenir, comme dans le présent et dans le passé, prédéterminent, en quelque sorte, la prescience de Dieu.

« La prescience des choses futures, di*, un illustre théologien (Antoine), est un pur regard spéculatif de ces choses, et qui les présuppose, mais ne les fait pas, ne les change pas, n'exerce pas d'influence ou d'action sur elles : comme notre vision ne change pas la nature des objets que nous voyons, et n'influe pas sur eux : Sicut visio nostra non innnutat rerum visaruin naturam, nec in il/as infiuit(De Deo, cap. v, art. ij.Car, d'après l'enseignement des Pères, poursuit le même auteur, les choses libres n'arrivent pas parce que Dieu a prévu qu'elles arriveraient; mais c'est parce qu'elles doivent arriver que Dieu les a prévues comme devant arriver. La prescience divine des choses n'est pas leur cause, et ne les arrange pas d'après ses prévisions. Elle est semblable à un miroir qui représente les objets dans leur être, de la manière dont ils sont en face de lui, mais qui n'exerce pas la moindre influence sur ces mêmes objets qu'il représente. Comme donc le miroir n'empêche ni ne détruit la liberté des mouvements des êtres qu'il représente, parce qu'il ne fait qu'en recevoir l'image en lui, sans les produire; de même la prescience divine n'empêche ni n ôte la liberté des actes des agents libres qu'elle renferme, parce qu'elle ne fait que les connaître, sans les causer (1).

(1) « Praescientia Dci, cum futura praesupponat, nuilatenus influit in illa, « nec nuUaîenu: esl eoruin causa; sed se liabet iu tar speculi, repia;sentaua tis ea quœ ei objiciimlur, et comoilo quo objiciuntur; nullatenusque in-

496 § 129. CO.NCILIATION 1)K h.S. PllESCIE^CE DIVINE

«Bien plus, loin de la détruire, la prescience de Dieu, continue le même théologien, sui)pose et raffermit la liberté des actes humains. Si Dieu prévoit qu'une chose sera faite librement, par cela même que cette prescience est infaillible, la chose ne pourra se faire que librement. Car Dieu prévoit non-seulement tous les actes libres que l'homme fera, mais aussi la manière dont il les fera ; et si Dieu prévoit que l'homme les fera librement, c'est qu'il les fera librement. Puisque donc la prescience divine ne peut se tromper ni être trompée, tout acte libre connu de Dieu, comme devant s'accomplir lil)rement, ne se fera et ne pourra se faire que librement {Loc. cit.). »

Ainsi, m'ayant créé libre. Dieu a prévu que je ne ferai rien qu'en usant bien ou mal de ma liberté ; il a prévu que tout ce que je ferai, je le ferai libreuïent ; et comme la prescience divine ne peut être éludée, loin qu'elle puisse porter atteinte à ma liberté, elle l'a, en quelque sorte, garantie d'avance. Car Dieu ayant prévu que j'agirai librement, et la prescience divine étant infaillible, je suis infailliblement certain que, dans toutce que je ferai, moi, je serai moi-même, et que j'agirai librement. Cette pensée appartient à saint Augustin, qui a dit : « La prescience divine ne m'enlève pas la liberté, mais la rend plus certaine, parce que la liberté avec laquelle j'agirai a été prévue et arrêtée par Celui dont la science ne peut se tromper : Non igiiur per Ejus prœscienfiam mihi potestas adimitur, qux propterea mi/ii certior ade rit quia Ille, cvjus prœscieniianon fallitur, adfuturam mihi esse prœscivit » {De Lib. arbit., lib, Ilf, cap. iri).

On pourrait objecter encore : « Si Dieu prévoit qu'un tel acte humain se fera absolument, il doit absolument se faire; mais alors ce sera un acte absolument nécessaire, et non un acte contingent et libre. » Cette repartie n'est qu'un sophisme; elle confond la nécessité conséquente et hypothétique avec la nécessité antécédente et absolue. Ce qui arrive indépendanmient de toute

■< iluentis in ea qua- représentât. Sicut igitur spéculum non impedif nec tollit '( liberlatem niotuuin quos rep a'sentat, quia illos pra^sui)ponit, nec in illos in- '( Huit; similitcr pr.Tscientia divina non iinpedit nec tollit lil)erlatem actuuiu « (luos rei)rœscntat, quippe (lua? eos prœsupponit et nullatenus in illos iniluit « [De Deo, cap. v,art. 4}. »

AVKC LA COiN'flNGENCE DES ACTES LIBKKS. 497

détermination libre de la volonté, de manière à ce que nulle cause, complète dans son action, ne puisse Tempêcher, est bien nécessaire, d'une nécessité absolue ; mais ce qui n'arrive et ne peut arriver que sous la condition d'une détermination libre de la volonté, et qui ne peut ne pas arriver^ cette condition posée, n'est nécessaire que d'une nécessité conséquente et hypothétique. Cette espèce de nécessité présuppose donc et demande l'exercice de la liberté.

Ainsi le péché de l'Antéchrist, par exemple, aussi bien que le péché de tout autre homme, aura infailliblement lieu, puisque Dieu l'a prévu, et que la prescience divine est infaillible, mais il n'aura lieu que d'une néce&'tMé conséquente, parce qu'il n'arrivera que dépendaniment de la libre détermination de la volonté de ce monstre, et que son péché n'est prévu que sous la supposition, dépendante de sa volonté, sous la supposition, dis-je, qu'il se déterminera volontairement à le commettre. En prévoyant qu'unhomme péchera, Dieu prévoit que cet homme pourrait absolument ne pas pécher, parce que Dieu prévoit les actes libres futurs comme devant s'accomplir librement, et que les actes libres futurs ne peuvent s'accomplir que librement. Dieu prévoit donc qu'ils se feront de manière à ce qu'ils eussent pu absolument ne pas se faire. Par conséquent Dieu ne les connaît pas comme devant se faire d'une nécessité antécédente , mais comme devant se faire d'une nécessité conséquente , qui présuppose, loin de l'entraver, le libre arbitre; et, dès lors, l'infaillibilité de la prescience divine exige qu'ils soient faits avec une liberté pleine, entière et parfaite. Ainsi donc, loin de porter atteinte à la liberté de l'homme , la prescience divine l'assure et la garantit ; et l'objeclion tirée de la prescience divine contre la Uberté humaine n'est qu'un non-sens et une absurdité.

§ 130. Comme tout bon rjoucernemoif- de Vliomme ne détruit pas, mais maiulient, la liberté politique, à plus forte raison le gouvernement de Dieu ne détruit pas, mais maintient lu liberté morale des êtres intelligents. — Comment Dieu mène l'Iiomme sans blesser sa liberté. — Beaux passages de l'Écriture, expliquant l'ùclion de la Providence et l'existence de la liberté.

La quatrième objection de la philosophie de l'hérésie contre le libre arbitre de l'homme est tirée du dogme de la Providence, el

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