J8 § 130. LK DOGME DE LA PROVIDENCE
est ainsi formulée : a Ce qui est gouverné n'est pas libre ni ne peut Têtre. Mais le monde moral, aussi bien que le monde physique^ est gouverné par la Providence. Donc le monde moral n'est pas libre, ni les êtres intelligents qui le composent, non plus. Car comment seraient libres des êtres dont la volonté doit plier sous le régime absolu de l'action providentielle, qui eu dispose comme il lui plait, pour la faire servir à ses fins?»
Cette objection sort d'un tas de sophismes, elle aussi. Ceux qui la font abusent d'abord du mot liberté, et confondent la Vihev[é sociale ei 2^oli/ique avec la liberté individuelle ou psychologique; choses si évidemment différentes qu'elles peuvent exister et existent en effet l'une sans l'autre. Car, pour être privés de toute liberté sociale ou politique, les peuples soumis au régime despotique n'en sont pas moins, en tant qu'hommes, des intelligences qui conservent leur liberté individuelle et psychologique; et, pour n'être pas libres de la liberté extérieure de coaction, ils n'en sont pas moins libres de la liberté intérieure, ou de nécessité, naturelle à Ihomme.
Deuxièmement, Cicéron avait défini la liberté sociale, la faculté DE FAiBE CE Qu'oN VEUT : Facultas facieudi quodvelis. Kt comme tout être, soumis à une loi, n'a pas le droit de faire ce qu'il veut, Cicéron en conclut que les lois providentielles sont incompatibles avec la liberté du monde ; aussi non-seulement niat-il hardiment la Providence, comme la prescience de Dieu, mais se permit-il des plaisanteries sacrilèges à son égard, et tourna-t-il en ridicule la PaosoïA {Providence) des Stoïciens. Mais rien n'est plus faux que cette prétendue définition de la liberté commune. Si la liberté de l'être social consistait dans le droit de faire ce qu'il veut, chaque être social aurait aussi le droit d'attenter, si l'envie lui en prenait, à la liberté des autres; la liberté commune ne serait autre chose que la liberté pour personne, ne serait que la licence ou la guerre de tous contre tous , ne serait que l'absence de toute liberté et même de toute société. La liberté commune n'est que le droit de l'être social de faire ce qui n'est pas contraire à la justice des lois communes; car la loi n'est «qu'un précepte « juste, promulgué par l'autorité qui a soin de la communauté : « Prxcepturn justum,latum ab eo qui curam communilatis habet «\S. ÏHOMAsj. » Ce n'est donc qu'en se formant une idée fausse