ET L EXISTENCE DE LA LIBERTÉ HCMAINE. 49'J
de la liberté qu'on a soutenu que les lois de la providence de Dieu sont inconciliables avec le droit naturel et la liberté de l'homme.
Troisièmement, dire : « Ce qui est gouverné n'est pas et ne « peut pas être libre , )^ c'est formuler une erreur plus grossière encore. Car, comme saint Thomas l'a fait remarquer, là où il y a pluralité d'êtres libres, il n'y a pas d'ordre, et, par conséquent, il n'y a pas de liberté, à moins que l'un d'eux ne gouverne et que les autres ne soient gouvernés : Ubi phira sunt, necesse est ut aJiquid sir regulans et alia regulata, 'ut sit ordo. En effet , une famille sans chef, un État sans prince, ne sont pas des sociétés, mais des agrégations d'individus livrés au désordre et, partant, à la plus affreuse servitude , la servitude de l'anarchie. Loin donc que le gouvernement, en général, exclue la liberté, même politique, il en est la condition sine qua non; il en est la base : car il n'y a pas de liberté politique possible sans gouvernement. Même, donc, au point de vue social, le gouvernement de la Providence non-seulement se concilie très-bien avec la liberté universelle de l'espèce humaine, mais il en est le fondement et la règle.
A plus forte raison , il ne détruit pas mais conserve la liberté particulière, la liberté individuelle de chaque homme. Les princes vraiment dignes de ce nom, les princes vraiment habiles, vraiment grands et vraiment bons, ne sont pas ceux qui gagnent des batailles et font des conquêtes, mais ceux qui savent atteindre leurs fins, assurer l'ordre, la paix, le bien-être et la puissance de l'État, sans le moindre sacrifice des libertés légitimes de leurs sujets. C'est là le secret du grand art de bien gouverner les hommes. Problème difficile et rarement résolu; aussi l'histoire a-t-elle conservé le nom de plusieurs princes, demeurés immortels dans le souvenir et la reconnaissance des peuples, pour avoir su concilier les intérêts de leur propre grandeur et de leur propre gloire avec le maintien des libertés publiques. Pourquoi donc Dieu ne pourrait- il pas faire, dans le gouvernement du monde, ce que de simples mortels peuvent faire, et ont fait comme ils l'ont pu, dans le gouvernement de leur État ?
Qu'on remarque encore que, d'après l'Écriture, ce n'est que par l'inspiration de Dieu que certains princes régnent sur leurs peuples, et r les oppriment pas ; que ce n'est que par un reflet