‹ La philosophie chrétienneChapitre 199 sur 249 · AU SUJET DE LK LIBKRTK HUMAINE · texte numérisé non relu

AU SUJET DE LK LIBKRTK HUMAINE

l'appétit intellectif, par la raison que les objets extérieurs sont tous déterminés, tiniS;, et que nul objet déterminé et fini ne saurait vaincre la force d'une puissance telle que la force de la volonté, qui embrasse l'infini et ne peut être maîtrisée que par lui. L'appétit sensitif, mù nécessairement par les objets extérieurs, peut bien oser toucher à l'appétit intellectif; mais il ne saurait l'ébranler. Il peut bien se révolter contre lui : Repugnare leqi mentis mex ; mais il ne saurait renverser son empire, ni le dépouiller de sa souveraineté : Sub te erit appetitus tmts , et tu dominaberis iUins. Il est essentiellement faux que l'homme soit nécessité par les objets sensibles , qu'il soit déterminé par un principe extérieur ci vouloir ou à ne pas vouloir, et qu'il ne soit pas libre de la liberté intérieure, de la liberté de la nécessité.

Mais voici encore quelques remarques sur l'argument dont nous venons de faire justice, afin qu'on soit complètement édifié sur sa portée. Cet argument , comme on vient de l'apprendre , n'est fondé que sur le principe : «Que les idées ne sont que des sensations. » Mais les sensations étant des impressions particulières et sensibles, dire que les idées ne sont que des sensations;, c'est dire qu'elles sont des conceptions particulières et sensibles; c'est dire qu'elles n'ont rien d'intelligible et d'universel ; c'est dire que les idées ne sont pas des idées.

Il est vrai que l'école qui professe une pareille doctrine a l'air d'accorder à l'intellect l'avantage d'appréhender l'universel et l'infini; mais l'universel et l'infini, que cette école veut bien permettre à l'intellect de concevoir, n'est que la conception d'agrégats d'individualités particulières, de biens finis. Or un agrégat d'individualités ou de biens, quelque nombreux qu'ils soient, n'est jamais l'Universel ni l'Infini ; car ni l'Universel ne peut jamais surgir d'un agrégat d'individualités particulières, ni l'Infini d'un agrégat de biens finis. C'est donc l'idée de la multitude et de la grandeur, non celle de l'universalité et de Vimmensité , que, d'après l'école de Locke, l'intellect humain a le pouvoir de se former. Mais la perception de la multitude et de la grandeur ne suppose que la faculté d'imaginer : c'est pourquoi elle peut être atteinte même parla brute; car la brute distingue, elle aussi, le nombre de l'unité, le grand du petit. Si donc l'idée n'est

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que sensation, l'intellect n'est que fantaisie. Voilà donc la même école, qui ne laisse à l'homme que la spontanéité ou l'instinct sous le nom de liberté de contrainte, ne lui laissant que les sensations sous le nom d'idées, et la fantaisie sous le nom d'intellect, la voilà ravalant la faculté intellective jusqu'à la passivité, jusqu'à la grossièreté de la faculté sensitive , et l'homme jusqu'à la bête. Ce n'est donc pas de la science que la philosophie de cette école , mais bien plutôt une conspiration ignoble , un attentat sacrilège contre la grandeur, la dignité et la majesté humaines, un crime de haute trahison et de lèse-humanité.

En voilà assez contre l'ignorance, la contradiction, les faux principes, les sophismes et les absurdités sur lesquels reposent les objections anciennes et modernes contre la liberté de l'homme. Quant à ce dogme lui-même, pierre angulaire de l'édifice de la religion et de la philosophie, il n'a pas besoin d'être longuement discuté pour être victorieusement démontré. Qu'image fidèle de son Créateur, comme tout être intelligent, l'homme ait été, d'après la belle expression de l'Écriture, confié aux mains de son propre conseil {Eccli. XV, 14); qu'il ait le libre choix du bien et du mal, de la vérité et de l'erreur ; qu'il soit, intérieurement, le maître absolu de tous ses actes : tout cela n'est pas seulement une croyance inébranlable de son esprit, c'est aussi un sentiment intime, profond, indestructible de son cœur ; c'est une condition essentielle de sa nature, c'est la raison de son existence, c'est le fond même de son être. « Que « chacun de nous s'écoute et se consulte soi-même, dit Bossuet, « et il sentira qu'il est libre, comme il sentira qu'il est raison- « nable. En elfet, nous mettons grande différence entre la vo- « lonté d'être heureux et la volonté d'aller à la promenade. Car o nous ne songeons pas seulement que nous puissions nous émet pêcher de vouloir être heureux, et nous sentons clairement « que nous pouvons nous empêcher de vouloir aller à la pro- « menade. De môme, nous délibérons et nous consultons en « nous mêmes si nous irons à la promenade ou non , et nous ne a mettons jamais en délibération si nous voudrons être heureux a ou non ; ce qui montre que, comme nous sentons que nous « sommes nécessairement déterminés par notre nature même à 0 désirer d'être heureux, nous sentons aussi que nous sommes

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